[CLOS]

A l’ère de la mondialisation, nous observons un mouvement accéléré des réformes, initiées par différents pays, dont l’Algérie, et ce, dans divers domaines de la vie socio-économique et politique : agriculture, postes et télécommunications, éducation, enseignement supérieur, religieux, sports,… Parfois, ce processus n’est pas décrit seulement par le terme de réforme, mais par des notions s’inscrivant dans le même champ sémantique et conceptuel telles que : changement, transformation, mutation, évolution, ou révolution…

Bien entendu, la plupart des recherches ciblant les innovations dans les politiques publiques et les processus sociaux se focalisent sur les différentes réformes engagées. L’action publique poursuit des finalités diverses, qui ne sont pas seulement sous-tendues par l’idée de changement : elle vise aussi la préservation de la cohésion sociale et la gestion des tensions et des conflits. Ainsi, toute politique publique est à la fois stabilisatrice et innovatrice.

La réforme est proposée, et devient nécessaire, à partir du moment où une structure ou instance ne répond plus à l’attente qui jusque-là légitimait son existence et son fonctionnement habituel. Le décalage entre les objectifs tracés par les pouvoirs publics et les résultats réellement atteints les rend obsolètes, voire contre-productifs ; d’où découlerait la nécessité d’une évaluation/réévaluation.

Réformer consiste, non seulement à rétablir l’équilibre rompu, mais à atteindre d’autres objectifs répondant d’une façon plus pertinente aux nouvelles demandes sociales. Or, les réformes engagées, souvent dans l’urgence et sous la pression sociale, ne s’appuient pas toujours sur des évaluations probantes.

Aussi, le premier objectif d’une réforme réside dans l’efficience des mesures d’ajustement destinées à réduire les dysfonctionnements identifiés. Le second vise, quant à lui, à s’assurer que toute modification structurelle servira effectivement à l’amélioration de la qualité des services offerts aux usagers.

Ainsi, par exemple, l’Algérie disposerait d’un réel potentiel agricole pouvant offrir d’importantes perspectives de développement dans la recherche d’une autosuffisance alimentaire et être générateur d’emplois. En réalité, ce secteur est loin d’avoir atteint les performances escomptées, et ce malgré les nombreuses et importantes initiatives entreprises en vue de sa dynamisation. Comment, à ce propos, les différents acteurs peuvent-ils être approchés à propos de la question (décideurs politiques, entrepreneurs, producteurs, experts…)?

De même en l’an 2000, le secteur des Postes et Télécommunications a fait l’objet d’une réforme dont l’objectif était une amélioration des services offerts à ses usagers avec une ouverture du marché au secteur privé international et une introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Comment les pouvoirs publics ont-ils préparé l’applicabilité de cette réforme et comment les autres acteurs sociaux y auraient contribué ?si le degré d’efficacité au sein de ce secteur dépend des compétences des agents postaux et de la performance des équipements, qu’est-ce que la réforme a prévu en ce sens ?

Dans un autre contexte, les politiques éducatives et de formation se sont multipliées à l’échelle nationale, depuis l’indépendance du pays, mais elles semblent rencontrer de graves difficultés dans l’atteinte de résultats. L’école, tout d’abord, a connu un demi-siècle de réformes présentées globalement comme des remèdes miracles et survenant à chaque fois à travers des changements sporadiques et parfois menées de manière précipitée, toujours sous la pression de l’urgence.

L’université, pour sa part, a connu ces dernières années une instabilité suscitée en partie par une nouvelle entreprise de réforme. La question que nous pourrions soulever est de savoir quel serait l’impact attendu par la mise en place de la réforme sur l’enseignement supérieur et la formation universitaire?

La réforme du sport, que certains assimilent à une révolution, initiée en 1977 est à l’origine de nombreux changements mais aussi de quelques permanences que les contributions peuvent révéler à partir de rétrospectives ainsi que du discours des sportifs et des dirigeants.

Les mêmes questionnements se posent par ailleurs à propos des politiques sociales, économiques voire stratégiques et institutionnelles marquées parfois par de réformes plus ou moins radicales. Il en est par exemple de l’industrie à capitaux publics et avec une gestion plus au moins collectiviste, suivie de l’émergence d’acteurs privés, s’accaparant des parts importantes du marché, ou encore des réformes dans l’administration et la justice, sans oublier l’espace politique relativement transformé depuis l’avènement en 1989 du pluralisme partisan et puis la phase de violence des années 1990.

De nombreux textes juridiques et politiques ont été légiférés, parmi lesquels la constitution, le code de scrutin, la parité politique, le code de la famille, la politique d’insertion des jeunes, les changements dans le domaine de la presse et l’audio-visuel…

Souvent, l’opinion publique impute l’échec de toute réforme au fait que ses bénéficiaires potentiels ne seraient pas consultés ni associés lors de sa conception et de sa mise en place, alors qu’ils devraient en être les acteurs privilégiés. Toute action supposerait en quelque sorte un consensus transformationnel, car la réforme est un acte de restructuration sociale supposant des enjeux mettant en mouvement des acteurs et groupes sociaux.

Où en sommes-nous après ces nombreux bouleversements induits par le paradigme des réformes menées avec un rythme de transformation bousculé sous l’impulsion de technologies qui envahissent notre quotidien ,constamment renouvelées et auxquelles toute société est tenue de s’adapter?

Nous souhaiterions que les différentes contributions proposées mettent en exergue ces différents aspects et sans doute quelques autres non abordés ici. La thématique proposée en effet est loin d’être exhaustive.

Les contributeurs pourraient soumettre leurs textes, dans la langue de leur choix (arabe ou français), accompagnés de résumés avec mots-clés, à la revue Insaniyat au plus tard le 30 septembre 2016.

Il est en outre recommandé aux auteurs de se conformer aux normes éditoriales de la revue qui définissent le nombre maximal de signes graphiques et leur format dans leur projet de rédaction des articles. (Cf. Notes aux auteurs)

P/Le  Comité de rédaction

Aïcha BENAMAR et Ahmed YALAOUI