Présentation

Ammara BEKKOUCHE (Auteur)
15 – 18
Extensions urbaines et défis environnementaux
N° 108 — Vol. 29 — 30/09/2025

Dans le contexte des mutations rapides que connaissent les villes du Maghreb, la question des extensions urbaines et de leurs effets sur les structures spatiales, sociales et environnementales constitue un enjeu central pour les chercheurs, les aménageurs
et les décideurs publics. Ce numéro d’Insaniyat s’inscrit dans cette problématique en réunissant des contributions qui explorent, à partir de cas algériens, les dynamiques urbaines contemporaines. Leurs implications environnementales soulèvent des défis en termes de gouvernance et de développement durable. Le concept d’extension urbaine en lien avec les formes spatiales, ouvre un champ central pour l’exploration des études urbaines actuelles rapportées aux structures sociales et les environnements locaux. Dans ce contexte d’une urbanisation accélérée, l’Algérie affronte depuis les années 1970, les facteurs de causalité, en l’occurrence la croissance démographique, l’industrialisation, l’exode rural et les politiques d’aménagement volontaristes. C’est ainsi que la production de vastes programmes de construction, souvent en rupture avec les tissus existants, a visiblement marqué les périphéries urbaines par des transformations morphologiques
et sociales. Elle a également mis en évidence des difficultés de gestion urbaine et de protection environnementale, tout en générant de nouvelles formes résidentielles et de stratégies d’appropriation des espaces.

Les contributions réunies à ce titre considèrent ces processus à travers des approches pluridisciplinaires combinant urbanisme, architecture, géographie et analyse environnementale. Elles proposent des lectures croisées des formes urbaines émergentes, des logiques foncières, des stratégies d’acteurs et des impacts environnementaux liés à l’expansion urbaine. Ces contributions sont majoritairement issues de thèses de doctorat. Les articles de ce numéro se distinguent par l’originalité des sujets développés et la solidité des enquêtes de terrain sur différentes études de cas des villes algériennes. En ce sens, l’examen des mécanismes de production de l’espace urbain, a diversement questionné les formes résidentielles émergentes, les stratégies d’appropriation et de sécurisation des espaces, ainsi que les impacts environnementaux et sociaux. En mobilisant des cadres théoriques et méthodologiques adaptés aux contextes étudiés, il en ressort un état des lieux critique de certaines tendances de l’urbanisation récentes en Algérie.

Dans une première partie, deux articles interrogent les formes résidentielles et les stratégies d’appropriation de l’espace en soulignant leurs effets sur la fragmentation du tissu urbain et les logiques sécuritaires sous-jacentes. À partir d’études de cas à Oran, l’article de Abdelali Bendeddouche, Lakhdar Yamani
et Ali Aït Amirat porte sur les stratégies de production
et d’appropriation de l’espace urbain dans les lotissements
et coopératives d’habitat individuel à Es-Senia. L’analyse de l’évolution des productions urbaines dans des lotissements individuels, conjugue le cadre législatif et les pratiques des habitants dans un contexte marqué par la décennie noire des années 1990. Il met en évidence comment les préoccupations liées
à l’intimité et à la sécurité ont façonné les modalités d’aménagement des espaces privés et publics, contribuant
à produire des paysages urbains spécifiques. Cette étude offre ainsi un éclairage pertinent sur les logiques d’adaptation des citadins à un contexte social et politique fluctuant.

D’autre part, l’article de Hakima Zellat, Malika Kacemi
et Mohamed Nabil Ouissi est consacré aux aspects morphologiques des enclos résidentiels à Oran appliqués à des enclaves résidentielles fermées. Cette problématique des formes résidentielles et de leur rapport au tissu urbain environnant est également au centre de l’évolution des pratiques d’habiter dans un contexte marqué par l’instabilité sociale et les recompositions territoriales. Les auteurs y analysent l’émergence de lotissements fermés réalisés par des promoteurs privés, caractérisés par leur homogénéité et leur repli sur eux-mêmes. À partir d’outils d’analyse morphologique et d’entretiens avec des architectes concepteurs, cette contribution interroge la pertinence du concept de « lotissement défendable ». Elle montre comment ces opérations participent à la fragmentation du tissu urbain tout en répondant
à des logiques sécuritaires et socio-économiques.

La deuxième partie du numéro se concentre sur les relations entre urbanisation, environnement et santé publique. Les articles évaluent l’intégration des espaces verts dans l’expansion urbaine planifiée, identifient les carences des politiques environnementales et analysent les risques sanitaires induits par la pollution urbaine.

Ces contributions mettent en évidence l’insuffisante prise en compte des préoccupations écologiques dans les politiques urbaines et appellent à une révision des cadres conceptuels
et opérationnels. La question des effets environnementaux de l’urbanisation rapide est abordée par Amina Kalbaza
et Farida Naceur qui proposent une évaluation de l’intégration des espaces verts dans l’expansion urbaine de Tiaret. En mobilisant les principes de l’urbanisme biophilique et le cadre législatif algérien en matière de protection de l’environnement, les auteures élaborent un dispositif d’analyse multicritère appliqué à cinq quartiers. Les résultats révèlent une faible intégration des espaces verts et une conception souvent uniforme et rigide des tissus urbains. Ils confirment ainsi l’hypothèse d’une approche conceptuelle peu soucieuse de la préservation des milieux naturels et de la diversité paysagère.

Dans un registre complémentaire, Brahim Yahiaoui s’intéresse aux risques de pollution environnementale et à leurs incidences sur la santé humaine et les écosystèmes urbains. L’auteur procède à une identification des principales sources de pollution en milieu urbain. Il examine ensuite leurs conséquences sanitaires
et écologiques dans un contexte de croissance urbaine
« mal maîtrisée ». Cette contribution souligne l’urgence de repenser les politiques environnementales et les modalités de gestion urbaine afin de limiter les effets cumulés de la pollution
et de l’expansion urbaine incontrôlée.

Enfin, la dernière partie aborde les dynamiques urbaines post-catastrophes et le renouvellement des tissus informels. À travers les exemples de Chlef et d’Alger, les auteurs retracent les processus de reconstruction et de transformation urbaine après les séismes. Ils démontrent l’intérêt des outils d’analyse spatiale et participative, notamment les Systèmes d’Information Géographique (SIG), pour accompagner des projets de renouvellement urbain inclusifs
et durables.

L’article de Khalifa Benzakhroufa et Hadj Mohammed Maachou propose un retour sur les dynamiques urbaines et les transformations spatiales de l’agglomération de Chlef, ville marquée par les séismes de 1954 et 1980. À partir de sources documentaires, de statistiques et enquêtes auprès des institutions, les auteurs retracent les processus de reconstruction des quartiers décimés. Ils croisent ainsi les dynamiques de l’évolution des formes urbaines aux implications sociales et spatiales. L’étude met en lumière les mutations progressives qui ont conduit à la densification des espaces entre le centre ancien et les nouveaux quartiers périphériques, révélant les enjeux spécifiques des villes confrontées à des catastrophes naturelles. Pour leur part,
Imane Hamdi, Mariam Chabou-Othmani et Larbi Bengana développent une réflexion sur les apports des Systèmes d’Information Géographique (SIG) dans le renouvellement urbain d’un quartier informel à Alger. En s’appuyant sur le cas du quartier Boubsila, les auteurs démontrent l’intérêt de ces outils pour diagnostiquer les configurations spatiales, identifier les besoins des habitants et élaborer des scénarios d’aménagement adaptés. Cette approche intégrative et participative s’inscrit dans la perspective d’un développement urbain plus inclusif et durable, prenant en compte les spécificités des tissus auto-construits.

Dans leur ensemble, si les contextes et les objets d’étude diffèrent, les travaux qui composent ce numéro mettent en lumière plusieurs problématiques transversales : la fragmentation croissante des tissus urbains, l’insuffisante intégration des préoccupations environnementales, les logiques sécuritaires à l’origine de formes résidentielles fermées et l’importance des outils d’analyse spatiale pour repenser les territoires urbains.

Ces éclairages sur la diversité des dynamiques urbaines contemporaines en Algérie ont montré quelques aspects des multiples enjeux qu’elles soulèvent. Somme toute, l’articulation des thématiques abordées, ambitionne de stimuler la recherche sur les conditions d’une urbanisation plus maîtrisée et plus résiliente, soucieuse des spécificités sociales et environnementales à l’échelle territoriale. Elle implique de poursuivre la recherche de nouveaux paradigmes de développement urbain adaptés aux défis de la transition écologique et aux transformations sociétales contemporaines.

استشهد بهذا المقال

BEKKOUCHE, A. (2025). Présentation. إنسانيات - المجلة الجزائرية في الأنثروبولوجيا و العلوم الاجتماعية, 29(108), 15–18. https://insaniyat.crasc.dz/ar/article/presentation-108