Rachid Sidi BOUMEDINE

Ammara BEKKOUCHE (Auteur)
11 – 14
Extensions urbaines et défis environnementaux
N° 108 — Vol. 29 — 30/09/2025

Rachid Sidi Boumedine nous a quittés le 7 novembre 2022, alors qu’il venait juste d’achever un ouvrage et un article
nous livrant, une fois de plus, les reflets de ses aptitudes culturelles et ses compétences discursives. L’hommage qu’Insaniyat rend à sa mémoire, s’allie à tous ceux qui lui ont manifesté estime
et reconnaissance pour l’avoir connu à travers ses travaux, ou l’art de nous surprendre par ses interventions concises et puissantes à l’image de sa vigueur et de sa rigoureuse perspicacité.

En cette même année 2022, il nous légua une dernière réflexion intitulée « Qu’est-ce qui est dit corruption, une subtile gradation », et un dernier ouvrage : Céramiques d’Alger, toute une histoire.
Il nous présenta aussi, deux conférences portant l’une,
« Une autre façon d'aborder l'urbanisme : l'expérience du COMEDOR (1968-1976 », l’autre : « Urbanisme, aménagement : des questionnements »[1]. Année fructueuse donc, couronnant ainsi une œuvre dont la médiatisation, à la mesure de son ampleur, nous invite à l’exploration et à la réflexion sur certains sujets qui impactent la société algérienne[2].

Il n’avait de cesse à réitérer ses appels à renouveler nos conceptions de l’urbanisme en fonction des mutations
socio-économiques et des nouveaux enjeux du fait urbain. Face aux contrecoups de la mondialisation et en tandem avec l’architecte
et urbaniste Tewfik Guerroudj[3], il préconisait une révision des procédures de la planification urbaine et territoriale, telles qu’elles furent élaborées en Algérie depuis les années 1990 (PDAU, POS, PATW, SDAAM, SEPT ex-SRAT, SNAT). Observateur avisé
et commentateur critique des conceptions urbanistiques mises en application, il n’avait de cesse de développer ses arguments sur la transition de l’État providence à l’État libéral. Pour cette conjoncture, il aura exhorté d’appliquer la méthode SWOT en tant qu’outil stratégique pour une vision plus proche de la réalité des faits, parce que, écrira-t-il « … il ne faut jamais perdre de vue que le projet de ville est un projet de société et […] qu’il relève du politique ».

Les hommages rendus à Rachid le sociologue de formation, accréditent l’importance des sujets qu’il a traités en tant que chargé d’études, consultant, écrivain, enseignant, conférencier, … Les circonstances de son parcours professionnel le projetèrent dans le milieu des architectes, urbanistes et géographes avec lesquels il faisait corps lui attribuant le juste titre d’homme de synthèse.
De cette fusion, il devint l’urbaniste de référence par ses actions et les valeurs de compétence professionnelle qu’il a échafaudées avec acharnement et détermination. Une douzaine d’ouvrages, plus d’une centaine d’articles et une cinquantaine de rapports et études, attestent de ses multiples engagements en tant qu’enseignant universitaire et sociologue praticien. En fait, l’envergure de sa carrière, s’étendait au-delà de ses activités universitaires et ses responsabilités administratives. S’étant aussi consacré à la recherche, il a contribué à plusieurs projets sous l’égide de l’UNESCO, notamment pour ce qui concerne les questions de la participation citoyenne à la gouvernance urbaine. Un bilan critique signalait les failles de la décentralisation [qui] a pour effet la neutralisation du champ politique par technicisation des problèmes, émiettement des espaces de gestion et des champs de compétence (Sidi Boumedine et Le Bris, 2004)[4]. Il a également été consultant auprès de plusieurs walis, mais surtout il a vécu une situation atypique dans l’itinéraire d’un chercheur, en occupant le poste de Directeur Général de l’Etablissement Public de la ville nouvelle de Boughzoul. En même temps chercheur et praticien dans un chantier de construction, il nous fait part de ses appréhensions face à l’épreuve des pouvoirs effectifs de décision. Un jeu d’équilibre peu commode à assumer entre d’une part, les impératifs de l’urbanisme moderne et le poids des pratiques
socio-culturelles ; d’autre part, entre les principes de la rigueur
et les jongleries administratives pour mener à terme les projets engagés.

Pour tout dire, on aura compris que Rachid Sidi Boumedine, cet homme humble a imprégné les esprits par sa généreuse disponibilité, son intégrité et sa capacité d’écoute dont il a fait preuve, avec sincérité. Assurément sa présence et la franchise sans complaisance de ses expertises, manqueront à tous ceux qui le sollicitaient ou bénéficiaient de sa collaboration à la réflexion. En l’occurrence le CRASC lors des Programmes nationaux de recherche (PNR 2010-2014), avait agréé son projet intitulé « Créer un système d’information géographique » qui avait pour ambition de « mettre en place une méthodologie de montage des SIG au profit des chercheurs sur l’urbain et le rural ». Une entreprise multidisciplinaire dont il expliquait le pragmatisme et l’utilité en termes de « nouveaux métiers » de la ville qui se profilaient pour « suivre les effets des plans mis en œuvre par les autorités publiques ».

Aujourd’hui, en m’associant à la Revue Insaniyat, qu’il me soit permis de relater quelques-uns de mes souvenirs pour réaffirmer ma reconnaissance à l’égard du collègue et ami Rachid Sidi Boumedine. La première évocation se rapporte à 1987, lors du colloque sur les tissus urbains[5], durant lequel nous nous découvrîmes en nous opposant sur la question de l’usage de l’eau dans les tâches ménagères à la Casbah : il y voyait un facteur de dégradation du patrimoine tandis que je défendais l’aspect rafraichissant de l’atmosphère recherché par les habitants. En fait, le débat confirmait que l’ambivalence de l’eau était une des problématiques à contextualiser et à devoir poursuivre[6]. Je lui dois aussi mon infinie gratitude pour son soutien en 1988, attentif à mes recherches sur les espaces verts urbains : il m’avait accueillie à Alger et introduite au Comédor qui m’ouvrit l’accès aux archives. C’est ainsi que nos relations professionnelles consolidèrent nos rencontres et fructifièrent mes réflexions tout en m’imprégnant de sa modestie qui mérite tout notre respect.

استشهد بهذا المقال

BEKKOUCHE, A. (2025). Rachid Sidi BOUMEDINE. إنسانيات - المجلة الجزائرية في الأنثروبولوجيا و العلوم الاجتماعية, 29(108), 11–14. https://insaniyat.crasc.dz/ar/article/rachid-sidi-boumedine