Lionel MENEY, (2025). La sociolinguistique entre science et idéologie : une réponse aux Linguistes atterrées. 2ème édition, Presses de l’Université Laval, 128 p.

Aïcha BENAMAR (Auteur)
Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle, 31 000, Oran, Algérie. ° ORCID : 0009-0003-2889-1589
143 – 150
L'Algérie au prisme de la décolonialité
N° 112 — Vol. 30 — 30/06/2026

Lionel Meney linguiste et lexicographe, il est professeur honoraire à l’université Laval (Québec). Spécialiste des idéologies linguistiques et des variétés de français, il est l’auteur de nombreux ouvrages dans le domaine du langage dont Le naufrage du français, le triomphe de l'anglais : enquête parue en 20241. Dans La sociolinguistique entre science et idéologie, Lionel Meney, propose une critique d’une publication du collectif des Linguistes Atterrées (LA) intitulée Le français va très bien, merci : un court manifeste2 paru en 2023. Il alimente un débat entre la norme académique et la réalité de l’usage, débat auquel nous ne pouvons pas rester insensibles.

Le titre Sociolinguiste entre science et idéologie pose d’emblée le cadre du conflit qui l’oppose aux (LA). Il est construit sur une opposition qui suggère un déséquilibre à corriger. Si la science représente l’objectivité et la rigueur, nous déduisons de son argumentaire que la sociolinguistique devrait être une discipline scientifique qui préserve la clarté et la structure de la langue. L’idéologie apparaît, dans le discours de l’auteur, comme un terme utilisé de manière péjorative. Il pourrait sous-entendre, a priori, que les (LA) ne font plus de la science mais de la politique. Le mot « entre » pourrait indiquer une frontière poreuse suggérant que la sociolinguistique pour les (LA) a quitté la science pour l’idéologie politique. Les affirmations des (LA) exhiberaient des glissements entre faits linguistiques et jugements de valeur : l’assertion scientifique devenant prétexte à un plaidoyer social ou politique ! Le lecteur attentif pourrait relever également l’utilisation du féminin dans « attérées » : une forme engagée pour souligner la présence des femmes au sein des (LA) et contester la règle de la prééminence du masculin.

La thèse des (LA) dans leur manifeste

La langue n’est pas un monument figé qu’il faut protéger, mais un organisme vivant qui évolue. Les fautes d’aujourd’hui sont souvent les règles de demain. Ils rappellent que l’orthographe française est l’une des plus complexes d’Europe, non par logique mais par héritage historique. Par ailleurs, disent-ils, « elle est devenue un marqueur social. En France, on juge l’intelligence d’une personne à sa capacité à accorder un participe passé complexe ». Les (LA) plaident pour une déculpabilisation : la langue appartient à ceux qui la parlent. Les anglicismes ou les néologismes ne sont pas des « pollutions », mais des signes de vitalité : une langue qui n’emprunte pas est une langue morte. L’idée-clé est qu’on ne « casse pas le français, on le pratique. Le standard unique est un mythe. La langue est un outil de communication avant d’être un objet d’examen. Ils défendent une sociolinguistique engagée où le scientifique assume un rôle militant.

Les principaux éléments du débat

Si les (LA) apparaissent comme des optimistes du changement, Lionel Meney représente une voix critique. Pour lui, l’évolution de la langue n’est pas toujours un signe de vitalité mais peut être le symptôme d’un relâchement. Les LA abordent dix sujets, qui selon Meney, sont des réfutations d’idées reçues ou de « contre-vérités ». La critique se concentre sur les inexactitudes, les contradictions et le manque de contextualisation des arguments avancés.

Sur le français et son appartenance

« Le français n’est plus « la langue de Molière ». Les (LA) démontrent que le français de Molière est éloigné du français contemporain. Meney considère cela comme un « scoop » et une confusion entre une idée reçue et une simple figure de style. Il examine l’affirmation selon laquelle le français d’aujourd’hui se serait tellement modernisé qu’il ne serait plus la continuation de l’héritage classique. Il nuance cette idée en rappelant les dynamiques historiques de toute langue vivante. Il existe une continuité historique entre le français classique et contemporain.

« Le français n’appartient pas à la France ». Meney relève une attitude anti-française en particulier anti-parisienne dans cette affirmation. Il souligne l'anticolonialisme sélectif des (LA), qui critiquent la France, sans mentionner la politique linguistique coloniale3. L’auteur discute la conception de la langue comme entité nationale exclusive, rappelant la nature pluricentrique du français ; autrement dit la coexistence de normes variées. La langue est un bien commun qui nécessite une certaine stabilité pour assurer la compréhension entre tous ceux qui la parlent. Si chacun suit son propre usage ou ses propres néologismes, la langue se fragmente en dialectes. Il soutient que la norme n’est pas une prison mais un code de circulation nécessaire. Contrairement aux (LA) qui voient les emprunts comme une richesse, Meney y voit souvent un manque d’effort créatif ou une soumission culturelle.

À propos de la menace de l’anglais

« Le français n’est pas « envahi » par l’anglais ». Les LA minimisent ou ignorent l'impact de l'anglais sur le français, rejetant la notion même d’anglicisme, affirmant que le « franglais n'existe pas en Europe » et n’a « pas d’assise linguistique ». Ils décrivent l'anglais et le français comme des « langues cousines ». Meney réfute ces points en citant une étude selon laquelle 91% des emprunts actuels viennent de l'anglais. Il détaille les anglicismes touchant non seulement le lexique (mots, sens, phraséologie) mais aussi la grammaire (préfixes, suffixes, constructions syntaxiques). Les (LA) doivent reconnaître que l'anglais est « la langue dominante à l'échelle planétaire ». Il conteste la minimisation faite par le manifeste des emprunts et impacts de l’anglais dans les domaines éducatif, administratif ou médiatique, soulignant l’importance de la géopolitique linguistique. Il souligne que les (LA) « traitent avec désinvolture » la question de l’anglais « envahissant » le français. Leur livre, dit-il, s’attache à minimiser les emprunts à l’anglais et le franglais. Ils semblent totalement ignorer la géopolitique linguistique : dans l’enseignement comme dans la diplomatie, l’anglais réduit le français à la portion congrue. Le plus bel exemple en est l’Union Européenne dans laquelle il est la langue largement dominante alors même que depuis le Brexit aucun pays membre ne l’a choisie comme langue officielle.

« J’ai montré dans un livre récent4, dit-il, que le français a perdu des territoires entiers (diplomatie, recherche, commerce, etc.) au profit de l’anglais. Prétendre que « dans la vie scientifique », le français est « hégémonique » sans fournir aucune preuve documentée, c’est faire preuve de méconnaissance ». Selon le Baromètre français de la Science Ouverte (BSO), pour les sciences humaines et sociales, le pourcentage des publications en français est passé, de 2013 à 2020, de 23% à 16%. Pour l’ensemble des publications françaises, en 2023, 83% étaient en anglais, 17% en français. Selon les grandes bases de données internationales (Scopus, Web of Science, etc.), au niveau mondial, l’anglais représente plus de 80 à 90% des publications ; le français ne dépasse pas les 2 à 3%. La situation est encore pire dans les sciences dures, celles de la nature et la médecine, où l’anglais jouit d’un quasi-monopole, même parmi les chercheurs francophones.

En ce qui concerne l’académie française

« Le français n’est pas réglementé par l’Académie française». Les (LA) cherchent à décrédibiliser l’Académie, la décrivant comme incompétente. Meney rappelle que l'Académie a joué un rôle historique constant dans les adaptations orthographiques (notamment pour les Rectifications de 1990) et que l'importance des écrivains français dans la formation de la langue ne doit pas être minimisée. Il reproche également aux (LA) leur contradiction : « ils critiquent l'Académie mais citent en modèle l'Office québécois de la langue française (OQLF) », une institution jugée encore plus « puriste ». Il défend l’idée que l’existence ou non d’une académie ne détermine pas l’existence de normes linguistiques ; ces dernières étant produites aussi par des usages sociaux et des publications de référence. La norme est une nécessité fonctionnelle pour la communication et l’enseignement. Contrairement à une vision relativiste, Meney soutient que la norme est nécessaire pour la transmission, l’enseignement et la cohésion sociale. Le refus de la norme mène, dit-il, à l’insécurité linguistique. L’absence d’académie dans les pays anglophones ne signifie pas l’absence de normes linguistiques, et de pressions pour les faire respecter », (p. 40).

À propos de l’orthographe et de l’écriture numérique

« Le français n’a pas une orthographe parfaite ». L’auteur reconnaît la critique de l’orthographe française formulée par les Linguistes atterrées mais la replace dans une réflexion sur l’histoire et la fonction des normes orthographiques. L’orthographe est imparfaite mais joue un rôle structurant et social. Il contredit l'idée que la valorisation de la maîtrise de l'orthographe soit propre à la France. Il présente des données de la DEPP (Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance) montrant une nette régression de la maîtrise de l'orthographe chez les élèves de CM2 entre 1987 et 2021, infirmant l'idée des (LA), selon laquelle « les jeunes n'écrivent pas de plus en plus mal ».

« L’écriture numérique n’@bîme pas le français ». Meney démontre que le langage SMS est en réalité contraint techniquement (160 caractères, clavier alphanumérique) et manque de normes partagées, posant de graves problèmes de lisibilité et de compréhension. Des chercheurs belges cités par les (LA) ont d'ailleurs constaté l'incompréhensibilité de nombreux SMS et ont dû les transcrire en français standard pour les analyser, ce qui est cocasse.

« Le français n’est pas en « péril » face à l’extension du féminin ». C’est un des chapitres les plus discutés : il porte sur la féminisation des noms de professions et les enjeux de genre en linguistique. Meney critique certains arguments du manifeste et réintroduit des perspectives grammaticales et sociolinguistiques classiques. Le français n’est pas en « péril » face à l’extension du féminin ». Les (LA) traitent ce sujet de manière très brève (quatre courtes pages) et sans clarification des notions complexes de « genre grammatical » et de « genre social ». Ils/elles affirment, de manière inexacte selon la critique, que « le français n’a pas de genre neutre » et que « l'anglais ne connaît pas de genre grammatical ». Meney réfute ces deux points par une analyse grammaticale détaillée : l'anglais distingue le genre par les pronoms he, she, it, et le français possède un genre neutre morphologiquement marqué par le masculin. Dans ce même chapitre, il aborde également le rôle central de l’assertion des (LA), selon laquelle le neutre n’existerait pas en français, et consacre plusieurs pages à démontrer l’inverse (p. 59-68), rappelant notamment la thèse communément admise que le neutre français adopte la morphologie du masculin (p. 62-64). En ce qui concerne l’écriture inclusive, il s’étonne que le Tract n’y consacre qu’une place très réduite (un paragraphe !), Il souligne leur embarras à reconnaître que l’écriture inclusive rend la lecture moins fluide (p. 68) mais demeurent pour autant persuadés qu’il ne s’agit que d’une question d’accoutumance.

« Linguiste, c’est un métier » (p. 68-75). Ce dernier chapitre remet en question les généralisations faites dans le manifeste à propos de la profession linguistique et de sa capacité d’autorité. Pour Meney, le linguiste doit d’abord produire des analyses fondées sur des données. Il a une responsabilité pédagogique. Il doit trier, conseiller et préserver « le bon usage » pour éviter que la langue ne s’appauvrisse ou ne se fragmente.

Synthèse : La langue française entre statisme et évolution

La fracture est relativement nette entre les (LA) pour lesquels le changement est inhérent à la langue. Une langue qui ne change pas est une langue morte. Ils prônent une approche descriptive : la science doit observer ce qui est, sans juger. Pour eux l’orthographe actuelle est un frein social qu’il faut simplifier pour libérer l’expression. Si pour les (LA) la « norme » académique est une idéologie conservatrice visant à maintenir une élite au pouvoir par la maîtrise d’un code complexe, Meney, pour sa part, dénonce le « laisser-faire » qu’il qualifie d’idéologique. La science doit préserver la cohérence du système car la simplification excessive mène à un appauvrissement de la pensée et à une perte de prestige culturel. Il accuse les sociolinguistes modernes de faire de la politique sous couvert de science. Cette accusation nous interpelle quand nous pensons aux travaux de Philippe Blanchet, « le théoricien de la « discrimination linguistique », qui apporte des éléments importants à ce débat avec son concept de glottophobie5. Pour Blanchet, la langue n’est pas seulement un outil de communication, c’est un outil de pouvoir. Blanchet va plus loin que les (LA). Pour lui la norme n’est pas utile elle est arbitraire. Il dénonce l’idéologie du « monolinguisme » français qui veut qu’il n’y ait qu’une façon correcte de parler. Il répond ainsi à l’obsession de la norme qui crée de l’exclusion sociale et de la souffrance. Il défend la légitimité des français régionaux et des français du monde au même titre que le français standard. En ce qui concerne la sociolinguistique, pour Blanchet, elle « permet une approche sociale des phénomènes linguistiques et une approche linguistique des phénomènes sociaux ». Dans ce cadre, les pratiques linguistiques sont considérées et observées comme des pratiques sociales hétérogènes en continuité (sans frontières entre des « langues ») et non comme des codes linguistiques normés
et séparés les uns des autres6. Imposer une seule façon de parler est une violence sociale. Pour Blanchard, in fine, la question n’est pas de savoir si « on écrit bien » mais de savoir qui a le droit de définir ce qui est bien. Il milite pour un droit à la différence linguistique.

Ce débat opposant Lionel Meney, défenseur d’une norme protectrice, aux Linguistes attérées, prônant une approche évolutive, reflète une certaine fracture, dans le rapport à la langue française. Ce débat, qui est loin d’être clos, ne porte pas tant sur la grammaire que sur la fonction de la langue dans la société. Certes, la langue en tant qu’outil de cohésion sociale nécessite un code commun facilitant l’intercompréhension mais en tant qu’organisme vivant, elle n’est pas immuable. Elle évolue, sans doute lentement, de manière souvent imperceptible, à travers le temps et l’espace. La maîtrise de la langue ne doit pas servir à la stigmatisation sclérosante de celles et ceux qui parlent différemment. L’association des sociolinguistes d’Afrique et du Maghreb enrichirait à coup sûr ce débat, circonscrit à la sphère européenne, comme si le français n’était ni parlé ni enseigné au-delà des frontières tracées par les Linguistes atterrées !

Aïcha BENAMAR

Bibliographie

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Bertolucci, M. (2023). L'Homme diminué par l'IA. Hermann.

Couderc, L. (2018). Data, big data, open data : de quoi parle-t-on ? Regards croisés sur l’économie, 2(23), 41-46.

Jorion, P. (2024). L’avènement de la singularité : L’humain ébranlé par l’intelligence artificielle. Textuel.

Julia, L. (2025). IA génératives pas créatives. Cherche Midi.

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Rastier, F. (2018). Faire sens : De la cognition à la culture. Classiques Garnier.

Vitali-Rosati, M. (2024). Éloge du bug. La Découverte.

 

Notes de bas de page

  1. Meney Lionel (2004). Le naufrage du français, le triomphe de l’anglais. Enquête. Editions Hermann, 280 pages. « Le français subit une véritable déferlante de mots anglais. En France, on entend et l’on voit l’anglais partout. Le français va mal, très mal, au point qu’on peut parler de naufrage. Pour établir ce diagnostic, Lionel Meney a procédé à une large enquête dans les rues de grandes villes françaises, dans les grands magasins, les boutiques de quartier, les entreprises, les médias, sur les sites Web. Le verdict est clair : le français a décroché face à l’anglais. Dans le langage courant, on assiste à une invasion jamais vue d’anglicismes. Plus grave encore, le français a cédé la place à l’anglais dans les secteurs clés des sciences, des techniques, de la diplomatie, du commerce...
  2. Le Manifeste a été publié par un collectif de 18 universitaires internationaux (principalement français et belges, une Canadienne et un Suisse), visant à « rétablir quelques faits face à des contre-vérités » sur la langue. Les Linguistes atterrées, Le français va très bien, merci, Paris, coll. Tracts, n° 49, Gallimard, 2023, 60 pages.
  3. Par ailleurs l’Afrique francophone est complètement occultée (on ne peut pas ne pas noter cela). Meney dit être étonné de ne pas voir d’africains dans le collectif Sous-entendu : soit les (LA) n’ont aucune relation avec des collègues africains et c’est le signe d’un problème, soit ils ont préféré les tenir à l’écart. Meney les accuse même de ne pas avoir choisi de co-rédaction africaine.
  4. Meney Lionel (2004). Idem,. « Le français, dit-il, subit une véritable déferlante de mots anglais. En France, on entend et l’on voit l’anglais partout. Le français va mal, très mal, au point qu’on peut parler de naufrage. Pour établir ce diagnostic, Lionel Meney a procédé à une large enquête dans les rues de grandes villes françaises, dans les grands magasins, les boutiques de quartier, les entreprises, les médias, sur les sites Web. Le verdict est clair : le français a décroché face à l’anglais. Dans le langage courant, on assiste à une invasion jamais vue d’anglicismes. Plus grave encore, le français a cédé la place à l’anglais dans les secteurs clés des sciences, des techniques, de la diplomatie, du commerce... ».
  5. La glottophobie est le mépris, le rejet ou l’exclusion de personnes sur la base de leur façon de parler (accent, fautes de grammaire, usage de mots régionaux ou populaires. « Le terme « glottophobie » désigne les discriminations à prétexte linguistique et inclut le processus de stigmatisation qui conduit à ces discriminations. On entend par stigmatisation le fait de péjorer un trait supposé caractéristique d’une personne ou d’un groupe et de l’ériger ainsi en stigmate. Ce concept de glottophobie a connu une forte diffusion, à la fois scientifique et sociale, à partir de la publication en 2016 du livre de Blanchet qui a connu un large écho médiatique en France et dans d’autres pays francophones (Belgique, Canada). Il a favorisé une sorte de prise de conscience, surtout en ce qui concerne les variations régionales de la prononciation du français. Blanchet Ph. (2019).
  6. Ces codes sont des artefacts élaborés par les grammairiens et autres linguistes non socio que Blanchet appelle structurolinguistes (Blanchet 2018).

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BENAMAR, A. (2026). Lionel MENEY, (2025). La sociolinguistique entre science et idéologie : une réponse aux Linguistes atterrées. 2ème édition, Presses de l’Université Laval, 128 p.. Insaniyat - Algerian Journal of Anthropology and Social Sciences, 30(112), 143–150. https://insaniyat.crasc.dz/en/article/11