Éclats de fête. 2018,Socio-Anthropologie, 2èmesemestre, Éditions de la Sorbonne, 188 p.


Insaniyat|N°82 | 2018 |Texte romanesque : espace et identité|p.121 - 123| Texte intégral



La revue Socio-Anthropologie a l’habitude d’aborder les phénomènes socio-culturels à partir de deux notions que sont les déstructurations et les recompositions qui caractérisent le tournant de ce nouveau millénaire. Le contenu des numéros est composé de textes classiques, réflexions méthodologiques et études sur les pratiques et les représentations. Ce numéro thématique intitulé : « Éclats de fête », s’insère dans le champ de l’héortologie qui étudie les fêtes sous tous angles afin d'expliquer l’apparition, le contenu et les traditions qui leur sont associées.

L’étymologie du mot fête vient du latin festa dies, c’est-à-dire, jour de fête qui est une période de réjouissance où on assiste à un regroupement de personnes invitées par un hôte à des fins de socialisation, de conversation et de récréation dans le cadre d'un festival ou d'une autre commémoration d'un événement spécial. En général, la fête est accompagnée par de la nourriture, des boissons, souvent par de la musique, de la danse et d'autres formes d’amusement. La fête peut devenir une obligation sociale et/ou nationale. Il existe des fêtes publiques, qui font appel à la société, mais il y a aussi des fêtes privées. Certaines sont d'origine civile, d’autres d’origines religieuses. Cependant, la laïcité a introduit le terme de jour férié pour désigner les jours de fêtes reconnus par la loi.

Concernant ce numéro, on constate qu’au niveau conceptuel, les articles proposés sont développés autour des concepts tels que terrain festif contemporain, festivals, la fête en soi, la fête pour soi, tourisme festif, actions caritatives, marchandisation, danses, communauté émotionnelle, migration, fête éclatée, le locale, modulation de la fête, carnavals, la ville, l’incertitude. Tout d’abord, Emmanuelle Lallement rappelle que l’époque n’est plus propice à la fête, en raison des guerres et des misères du monde... Pour y faire face, il faut, selon elle continuer à faire la fête et à occuper les espaces publics. En somme, la fête n’est pas toujours synonyme d’éclat, car en ces circonstances, elle devient un acquis à défendre et à préserver. C’est pourquoi les notions d’’institutionnalisation et de politisation des fêtes sont au cœur des réflexions de nos jours.

Ainsi, il est légitime de penser la fête dans ses formes institutionnalisées. Cette approche nous permet de la saisir dans sa variété et sa contemporanéité. De prime abord, elle peut être considérée comme un moyen de résistance pour les migrants. Dans ce sens, Alice Alerianus-Owanga interroge le rôle des pratiques musicales et dansées pour la composition des appartenances et des frontières d’une communauté sénégalaise en migration. Dans un monde où l’argent, le pragmatisme et la rentabilité donnent du sens aux pratiques sociaux-culturelles, Kateriana Seraidari, analyse des fêtes grecques et turcs à Bruxelles et de leurs activités commerciales. Il s’agit ici de « fêtes promotionnelles », dont les logiques de calculabilité et les mécanismes de singularisation sont mises en avant. Les fêtes actuelles hésitent en permanence entre l’originalité et les recettes commerciales mais le rendement marchant de la fête ou l’économie de la tradition n’entrave en rien sa re-production.

Les possibilités mises en place par la technologie, les réseaux sociaux et les moyens de communication… font en sorte que la fête n’est pas seulement l’apanage du local. L’article collectif concernant : « la fête au marché des cerises de la Roque-d’Anthéron (Bouches-du-Rhône) », parle d’une fête éclatée, dispersion du public et un éclatement dans l’espace local des activités proposées. Aujourd’hui, beaucoup de fêtes proposent de nouveaux produits en relation avec les nouvelles valeurs issues du capitalisme et du néolibéralisme. C’est le cas de la fête du Nouvel An Luni-Solaire en Mongolie où jadis la préparation des centaines de gâteaux en forme de semelle, représentant les traces de pas dans la neige des visiteurs attendus, garantissaient le bonheur. Cependant, cela disparait peu à peu au profit des bonbons, Coca-Cola et billets de banque pour les enfants, faisant de ces produits la nouvelle conception contemporaine mongole du bonheur familial. Dans un autre contexte, celui des quartiers de Dakar et de Nairobi, Edgar Charles Mbanza aborde la question de l’imbrication des formes de l’hyper-modernité technologique et les bricolages de la précarité. Ici, la télévision organise l’espace et dispose les corps avec ingéniosité entre espace familial et espace public.

La mondialisation a rendu les fêtes des phénomènes transnationaux. Le cas du spring breakest un exemple à prendre en considération. Il s’agit d’un phénomène festif lié au monde des étudiants. Apparu aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, il émerge en Espagne dans les années 1980. La mise en scène de l’excès, permet l’incorporation des normes de genre et d’âges et la reproduction du « dispositif contemporain ».

En dernier, il est important d’insister sur deux éléments d’ordre conceptuel : premièrement, l’imprévisible qui demeure à l’horizon de chaque fête (Gerard Dubey). Deuxièmement, le besoin de rituels qui donnent à la fiction sa place indispensable dans notre vie (Michel Agier).Contrairement à la l’idée selon laquelle la fête favorise une identité individuelle stable, la cohésion sociale et les normes de groupe, nous pouvons aussi considérer la fête comme fondamentalement transgressive. La transgression est le moment où les participants déconstruisent les illusions des normes ou des cadres normaux, sociaux et rationnels, et expérimentent directement, la force créatrice de la nature vivante au sein de chaque individu. Malgré ces violations transgressives, la fête conserve son caractère fondamental, car elle est un moment essentiel du processus de création par lequel nous affirmons et nous célébrons la vie face à sa nature finalement tragique. Les fêtes peuvent apaiser des situations tendues et renforcer les systèmes de sens communs, en particulier les valeurs morales, politiques, religieuses et autres.

Mohamed HIRRECHE BAGHDAD

 

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