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La ville : creuset d’une culture nouvelle. (Villes, cultures et société en Algérie)*

Insaniyat N°5 | 1998 | Villes Algériennes | p. 39-59 | Texte intégral


 Towns, cultures and society in Algeria

Abstract : Queries and elements of reflection, stemming from field survey, converge in the hypothesis 0f a new emerging culture in Algerian towns.
For a first test of this hypothesis, the author resorts to an assumption and three illusfrations.
The assumption : The proposition of a non-town like that of urban disorder not resisting to analysis and coming to light as a non-sense.
The illustrations : Residential urban space, women’s home-based labour and associative movements enabling him to show how social groups contribute to the social reconsfruction of urban reality by refering to their own cultural references, performances and imaginary.

Keywords : city, culture, anarchy, urban, transformations


Abdelkader LAKJAA: Université d’Oran, Département de sociologie, 31 000, Oran, Algérie.
Centre de recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle, 31 000, Oran, Algérie.


I. Introduction

En Algérie tout semble indiquer que les chercheurs en sciences sociales et la ville se sont longtemps tournés le dos. Celle-ci n'étant déjà plus comme ceux-là se l'ont toujours représentée, il importe alors de s'interroger sur le sens investi dans les pratiques urbaines qui relèvent de l'invisible social et se révèlent incroyablement plus extensives qu'on le dit.

Les éléments de réponse que je propose dans ce texte sont puisés d'enquêtes de terrain relatives aux modes d'appropriation des espaces urbains à travers la dynamique des transformations / modifications de t'espace résidentiel, au travail informel des femmes à domicile et au mouvement associatif pour ce qu'il dévoile de ses nouvelles tendances. Ce qui ressort comme caractéristique commune à ces trois domaines des pratiques sociales, en plus du fait qu'ils se concentrent majoritairement en ville, réside dans leur déploiement comme « révélateurs grossissants» des manières d'être en ville, de penser la ville et d'agir sur la ville à travers les mille et un petits détails qui font la vie urbaine au quotidien. En effet, si les pratiques des transformations / modifications de l'espace résidentiel renseignent sur la recherche des moyens permettant de satisfaire les exigences d'un habiter identitaire[1] et que l'extension relativement remarquable du travail des femmes à domicile lève le voile sur les représentations / attentes / aspirations propres à l'emploi féminin, l'émergence de nouveaux acteurs sociaux au sein et des flancs du mouvement associatif traduit des rapports nouveaux à la gestion de la chose publique. Si donc les deux premiers domaines de pratiques sociales relèvent des deux fonctions primordiales de la ville selon Max WEBER (l'habitation et l'activité économique) et renseignent sur la manière d'être dans la ville (l'urbanité) le troisième, lui, révèle la nouvelle posture d'être de la ville.

A travers cette approche je vise à souligner en quoi ses pratiques se rejoignent, et ceci en les soumettant au questionnement suivant Si ces pratiques cristallisent les mêmes sens structurants, à quelle rationalité se défèrent-elles? La reproduction de la société, elle aussi, s'efforce de ne rien perdre... mais de tout transformer.

Pour satisfaire à la clarté de l'exposé je me contrains à une première délimitation du concept de ville et à préciser les contours de la dynamique syncrétique de laquelle émerge une culture nouvelle en ville.

II. Du désordre urbain à la non ville : l'impasse.

J’emploie le mot impasse pour deux raisons essentielles

1- L'incapacité à comprendre en quoi le' "désordre urbain" apparent couve un ordre urbain en gestation a conduit à la voie de la facilité la négation de ce nouvel ordre urbain par le recours à la notion de la non-ville (c'est la négation de la négation).

2- La reproduction patiente, ingénieuse et parfois nième douloureuse de ce désordre urbain et de cette non-ville m'amène à un postulat : ces notions de désordre et de non-ville sont des non-sens et ne peuvent être d'aucun apport pour la connaissance scientifique de la société actuelle, c'est à dire une connaissance qui se fixe de s'appuyer sur les particularités locales pour rejoindre l'universel.

Pour Fernand BRAUDEL, par exemple, il est question du caractère universel de la ville qui "est toujours une ville, où qu'elle se situe, dans le temps comme dans l'espace[2]". Cependant, il est vrai que les difficultés de l'objet et son insaisissabilité persistante ne peuvent être tues. Déjà en 1929, aux USA, face à ces difficultés turent lancés des cris d'alarme : "A Chicago, dans le gotha des sociologues de la ville, L. Wirth, un de ses théoriciens les plus brillants, après quinze années de travaux, jette le premier cri d'alarme : il s'inquiète, en 1929, de l'insaisissabilité persistante de l'objet et conclut: "c'est seulement dans la mesure où le sociologue a une conception claire de la ville comme entité sociale et une théorie utilisable du phénomène urbain qu'il peut espérer développer un système de connaissances fiables, ce que n'offre absolument pas à l'heure actuelle ce qui passe pour être de la sociologie urbaine " [3]. Mieux encore, cet ensemble de difficultés propres à l'objet-ville n'est pas décrié par les seuls chercheurs puisqu' "En 1925, dans la situation américaine on est frappé par le fait que les deux milieux concernés par cette mobilisation des connaissances, chercheurs et décideurs, apparaissent 'intellectuellement très en phase. L'accord entre les parties prenantes se fait sur un diagnostic en somme également partagé la grande ville industrielle marginalise certains individus en particulier en déstabilisant les formes élémentaires de la sociabilité, qui prospèrent par ailleurs dans une société rurale ou à l'échelle du village"[4]. Rappelons alors que c'est cette situation propre aux USA et caractéristique de la décennie 1920-1930 qui a vu se constituer la célèbre École de Chicago[5] autour de nouvelles perspectives de recherche.

Près d'un demi-siècle plus tard ce sont ces mêmes difficultés, tant épistémologiques que méthodologiques, qui se retrouvent décriées par des chercheurs tels que P-H. Chombart de LAUWE, Henri LE FEB'RRE, Raymond LEDRUT ou encore Robert CASTELLS[6]. Ces difficultés qui finissent par s'ériger en impasses théoriques résultent de deux champs de la réalité sociale le champ politique et le champ scientifique auxquels il peut arriver de converger. Les nécessités du premier conduisent à refuser le caractère d'urbain à certaines nouvelles réalités sociales. Les pesanteurs du second conduisent à l'incompréhension des ces nouvelles réalités sociales porteuses de sens nouveaux.

II.1. Le refus de la nouvelle réalité urbaine:

Pour l'illustration de ce refus d'essence fondamentalement politique je recours à deux illustrations : la thèse orientaliste à travers les écrits de R. Le TOURNEAU et J. SAUVAGET et la thèse colonialiste à travers Robert THINTOIN.

II 1.1. La thèse orientaliste:

La conception orientaliste de la ville arabo-musulmane est foncièrement négative, Roger Le TOURNEAU écrit dans «Les villes musulmanes de l'Afrique du Nord» (1957) en pensant à Alger «Rien de plus étranger à une ville musulmane du Maghreb que les avenues rectilignes d'une ville romaine ou d'une ville moderne c'est à un dédale, à un labyrinthe que fait penser la photographie aérienne d'une ville musulmane quelconque. Au lieu de s'intégrer dans un ensemble conçu à l'avance, les immeubles ont forcé les voies de communication à très contourner, à se faufiler, tant bien que mal, au milieu d'eux. Il en résulte une multiplicité de voies sans issue et des tracés de rues très rarement rectilignes »[7]. Et Si elle n'est pas maîtrisée sur le plan topographique et urbanistique selon Le TOURNEAU, la ville arabo-musulmane l'est encore moins sur le plan de son administration selon Jean SAUVAGET qui écrit dans un article sur Damas: "Le statut des villes ne fait l'objet d'aucune disposition particulière de la loi islamique. Il n'est plus d'institutions municipales. La ville n'est plus considérée comme une entité, comme un être en soi, complexe et vivant: elle n'est plus qu'une réunion d'individus aux intérêts contradictoires; qui chacun dans sa sphère, agissent pour leur propre compte" [8].

La ville musulmane est ainsi dépeinte comme une non-ville, l'urbanisme musulman comme non-urbanisme... Et à Jean SAUVAGET de conclure à propos de toute l'époque musulmane "elle ne s'accompagne d'aucun apport positif… on ne voit à lui attribuer que la dislocation du centre urbain "[9]. La logique de ce dernier se dévoile totalement : si l'œuvre de l'islam « est essentiellement négative » et que la ville n'est qu « un assemblage inconsistant et inorganique de quartiers » elle devient de ce fait « la négation de l'ordre urbain »[10]

De façon générale, les orientalistes caractérisent les villes arabo­musulmanes par l'anarchie et le désordre ambiants qu'ils illustrent par le dédain apparent pour la ligne droite et l'angle de 900, mais un dédain qui n'empêche pas que la mosquée ait une position centrale et qu'elle soit, comme disent les urbanistes, un équipement structurant (tout comme la cathédrale dans la ville médiévale) attenant à un marché qui lui est généralement lié. A partir de cette caractérisation la grande erreur des orientalistes a consisté à penser la ville arabo-musulmane comme une ville "anomique sinon même anarchique, c'est à dire une non-ville".

II 1.2. La thèse colonialiste

La thèse colonialiste repose essentiellement sur la notion de "ville coloniale" qui veut faire admettre l'idée que la réalité urbaine dans les pays africains est d'origine et d'essence coloniale. Cette vision européocentriste" présente une autre facette à cette réalité urbaine d'essence coloniale l'accès a été refusé aux populations africaines rurales venues s'installer dans les villes "cette réalité a donc été occultée à l'époque par les colonisateurs qui ont volontairement considéré et traité leurs "sujets" comme étrangers à la cité. Le schéma colonial était simple: les Africains sont des ruraux, émigrés vers la ville, ils demeurent des paysans égarés en milieu étranger. Ils n y' sont, par définition, que de passage(...)"[11]. Situations qui conduiront certains à parler de rurbains[12]

Pour le cas de l'Algérie, je cite deux illustrations. La première, relative à Oran, je la dois à Robert THINTOIN qui consigne dans son étude sur "Le peuplement musulman d'Oran" en 1953 ses impressions face à "la soudaineté de la fixation au sol" de la population musulmane dans les bidonvilles d'Oran:

"Ce phénomène n'est -pas particulier à Oran; on le note dans toutes les grandes cités de l'Afrique du Nord, à Alger, à Casablanca, à Tunis; à Port-Lyautey et même dans les grandes agglomérations urbaines secondaires comme Maison-Carrée ou Hussein-dey, dans la grande banlieue d'Alger. On l'observe également dans les cités africaines comme Dakar ou des villes balkaniques comme Bucarest. C'est une physionomie lamentable, conséquence de l'abandon des campagnes et de l'afflux vers les villes des populations rurales, pauvres et désaxées. Cette transplantation volontaire, mais brutale par sa rapidité, sans transition en général, se complique d'une inadaptation complète dans un milieu tout nouveau pour des populations musulmanes, qui, en Algérie, n'ont connu qu'un développement très restreint de la vie citadine jusqu'en 183 1. C'est une des formes les plus graves de la désagrégation de l'organisation tribale ancestrale, face à l'évolution moderne des moyens de communication, des modes de vie et de la concentation grégaire "[13]

Ainsi, donc, pour cet archiviste en chef du département d'Oran le fait urbain et la citadinité sont le propre de la colonisation, à l'image d' "inpouts" modernisants.

Cette même thèse de l'inadaptation des Algériens à la vie urbaine est quelque peu reprise dans l'Algérie post-coloniale, tant dans les discours officiels que dans celui des universitaires. Dans l'étude-bilan "Demain, l'Algérie " que le Ministère de l'Équipement et de l'Aménagement du E Territoire à consacrée en 1996 à l'état et à la reconquête du territoire, on lit à ce propos

"La légalité républicaine est actuellement foulée aux pieds aussi bien par les dépassements que l'on constate vis-à-vis des réglementations de l'urbanisme que par l'incivisme généralisé que l'on constate de la même façon pour l'hygiène et le respect des espaces publics, l'entretien des constructions... ces phénomènes étant évidemment exacerbés dans lés poches d'exclusion des villes, quasiment en marge de toute loi "[14]

Chez les universitaires, dont le discours fait écho à celui des politiques dans l'ambiance d'une "sainte alliance", il est fait preuve de la même incompréhensi9n de ces réalités urbaines mouvantes et, par conséquent, de la même démarche d'exclusion. Fouad SOUFI, conservateur en chef aux archives nationales d'Algérie (Oran), explique de façon incisive, les rapports des universitaires et du pouvoir à travers le cas de la ville d'Oran : «Il en est des universitaires d 'Oran comme de tous ceux des pays du Tiers-Monde (et pourquoi pas ailleurs!). il est difficile de résister aux appels et à la tentation, surtout en période de crise déclarée. La fascination que l'État exerce sur une bonne partie des universitaires fait que souvent leur démarche a pour fondement l'illusion qu 'ils peuvent intervenir et interférer dans la prise de décision. Les appels de la sirène administrative les berce dans leur chimère»[15] Farouk BENATIA, un des sociologues les plus en vue durant les décennies 70 et 80 en sociologie urbaine, donne libre cours à son amertume de citadin envahi par l'incivisme et l'inculture des ruraux:

"... il arrive qu'en ville, c'est le mode de vie "rurale" qui domine. Ceci est le cas lorsque le nombre de ruraux dépasse celui des citadins. Le degré de « ruralité » est supérieur au degré de citadinité».

« L 'ancienne citadinité écrasée par le nombre essaie tant bien que mal de résister en s 'efforçant de récupérer les nouveaux arrivés et de les aider à respecter les limites du moule ancestral».

Enfin, les présupposés idéologiques qui conduisent à percevoir les villes comme ensauvagées, envahies, aboutissent à une vision «statique» des dynamiques urbaines; l'incapacité des immigrés ruraux à s'adapter à la ville n'est pas sans rappeler «le discours colonial dans toute sa splendeur»

«En 1900, un douzième des immigrants est Kabyle~ En 1936, cette proportion est de un tiers (..). Ce « rush » aura pour conséquence immédiate de perpétuer les habitudes rurales ancrées chez les immigrés et transmises de père en fils dans les villes »[16].

II.2-L'incompréhension de la nouvelle réalité urbaine:

Il convient de préciser que cette incompréhension est elle-même fille du refus politique du statut d'urbain à cet «homo ruralis» africain dont le spectre continue de hanter les esprits des aménageurs / planificateurs / urbanistes, des sociologues et autres chercheurs, soit tous ceux qui s'accrochent à la thèse illusoire, -bien confortable intellectuellement- de la ruralisation / urbanisation des villes. Cette persistance des difficultés à saisir l'objet en soi, c'est à dire selon Sa dynamique et ses lois propres, renseigne sur l'absence de perspectives théoriques nouvelles. En effet, selon André Raymond: «Le problème qui se pose ne doit pas être, par une comparaison avec d'autres types de villes (anciens ou contemporains: la ville antique, orientale, la ville médiévale, occidentale), de faire apparaître des déficiences, des manques, qui amènent à la considérer comme une "non-ville" mais de mettre en évidence les éléments spécifiques qui permettent de rendre compte de sa constitution et de son fonctionnement. Bref la ville arabe doit être considérée, elle aussi, comme un système urbain original dont il faut analyser la structure et comprendre le fonctionnement, fut-ce au moyen de principes différents de ceux que nous connaissons et qui ont en effet assuré la vie et, dans certains cas, l'éclat des villes qui nous sont plus familières »[17]. Il s'agit donc de procéder selon une démarche interprétative et identifiante et non plus selon un certain critérium ou référentiel inspirés sinon importés d'ailleurs.

Si ces difficultés de saisir l'objet-ville ont été reconnues pour les réalités urbaines occidentales, pour les villes du Tiers-Monde la situation se révèle encore beaucoup plus complexe. Les conclusions d'un colloque tenu en 1965 à New-york, en vue de dresser un état des lieux des cadres majeurs de la recherche sur l'urbanisation dans plusieurs disciplines (économie, géographie, histoire, sciences politiques, anthropologie sociale et sociologie), méritent d’être rappelées ici tant elles demeurent d'actualité: "Le constat général sur les antécédants et les conséquences de l'urbanisation fut que les lacunes étaient plus importantes que les acquis:

- La plupart des généralisations sur l'urbanisation comme variable dépendante ou indépendante ne reposaient pas sur des justifications empiriques adéquates.

- Ce qu'on connaissait ou croyait connaître restait fondé sur des observations limitées dans l'espace et dans le temps et principalement cantonné dans le domaine des cultures occidentales.

- L'aspect positif' fut la prise de conscience de la nécessité de l'intérêt de promouvoir des recherches interdisciplinaires et comparatives, notamment dans les pays en voie de développement"' [18].

A toutes ces difficultés relatives aux réalités urbaines de façon générale s'ajoute, dans le cas des pays anciennement colonisés, la brisure coloniale. Dans le processus d'urbanisation en Afrique, depuis la période anté-coloniale jusqu'à l'indépendance, cette brisure ressort "comme remarquablement brève en durée, mais 41éanmoins lourdes de conséquences[19]. Mais le fait est que, indépendamment de son intensité, cette rupture est justiciable d'un traitement qui la saisisse dans la dialectique d'un système urbain qui la surplombait de plusieurs siècles [20] Et Si donc le concept de "ville coloniale" est à soumettre à un examen critique c'est parce que ces villes africaines qu'on dit coloniales sont d'abord le fait des Africains eux-mêmes. Par ailleurs, en s'y installant et en s'y adaptant d'autres Africains ont eux aussi agi sur ces villes qui les ont acculturés. Pourquoi alors continuer à refuser le statut d'urbain à des migrants venus s installer dans une ville comme Oran au début du XXè siècle [21] et qui n'étaient pourtant ni plus paysans ni plus ruraux que les ouvriers anglais du XIXè siècle ou français des trente glorieuses (l945~197l)[22]

Face à cette impasse, la perspective qui semble la plus féconde est celle-là même qui repose, d'une part, sur le caractère éminemment acculturateur de la ville et, d'autre part, la dynamique profonde de l'adaptation qui est en même temps création.

III- La ville creuset d'une culture nouvelle:

L'approche des réalités urbaines sous l'angle de la dynamique de synthèse, qui les façonne de façon endogène, offre l'intérêt de saisir celles-ci dans leur mouvement propre. Dans cette dynamique "tout est mis en situation d'effacement, de substitution ou de transformation mais aussi de réemploi de certaines formes reçues du passé" selon Georges BALANDIER pour qui la modernité c'est le mouvement plus l'incertitude. L'incertitude semble être constitutive de cette dynamique de synthèse dans le sens où celle-ci ne s'accomplit ni de façon homogénéisante ou uniformisante ni encore moins égalisante sur le plan de l'évolution sociale, économique et culturelle contrairement à la thèse orientaliste qui veut que les villes arabo- musulmanes se caractérisent par l'harmonie spatiale et l'égalité socio-économique [23]

Dans ce mouvement propre, la dynamique transformationnelle est au fondement même d'un procès acculturateur propre à la ville. Et Si des chercheurs comme HERSKOVITS, LINTON et REDFIELD ont insisté sur la complexité des phénomènes d'acculturation c'est parce qu'ils ont saisi toute l'ampleur de ces phénomènes comme processus en cours de réalisation. Par conséquent, ce qui semble devoir interpeller le chercheur ce sont non pas seulement les résultats des contacts culturels mais aussi ce processus en train de se réaliser[24]. Le constat de cette complexité n'est pas sans renvoyer à l'idée de l'incertitude relative aux produits de cette acculturation qui ne joue pas nécessairement «en faveur» de la culture la plus «avancée», voire la plus dominante. Forts de ce constat et de cette idée, les anthropologues américains ont recouru à la notion de «Tendance» que Edward SAPIR a emprunté à la linguistique afin de souligner que l'acculturation ne procède pas à sens unique, c'est-à-dire comme une simple conversion à une autre culture [25] Face à cette même réalité HERSKOVITS élabore le concept de «réinterprétation » qu'il définit comme «le processus par lequel d 'anciennes significations sont attribuées à des éléments nouveaux ou par lequel de nouvelles valeurs changent la signification culturelle de formes anciennes »[26]. L'intensité de ces flux d'échanges singularise les efforts propres de ce qui nous semble se réaliser comme une créativité adaptative. De ce point de vue, l'adaptation se révèle être la résultante plus ou moins heureuse [27]d'efforts ingénieux, longs et patients par lesquels les sujets reproduisent, ajustent leurs propres comportements ou encore en adoptent de nouveaux. Contraints à s'adapter, ceux-ci sont amenés à « improviser», c'est-à-dire à créer pour se loger, travailler, en mettant au point des stratégies de survie dans un système de contraintes qui leur est imposé. Tout ceci ne pouvant se réaliser ex-nihilo, les migrants en ville se réfèrent forcement à leurs propres repères culturels, à leurs représentations de soi et des autres, du monde et de la vie, du temps et de l'espace, de la vie en société à la lumière desquels ils se meuvent en ville : de cette sorte ils contribuent à la reconstruction sociale des réalités urbaines [28]

Ainsi posée, cette problématique s'inscrit en opposée aux démarches qui saisissent l'urbanisation à l'aune d'une évolution linéaire, à sens unique, dans laquelle les ruraux installés en ville sont « happés» comme objets «travaillés» par la culture citadine. Je ne suis pas seul à défendre un tel point de vue. Bernard LEPETIT par exemple s'interroge à propos des canaux d'insertion dans la cité : «ne sont-ils pas susceptibles de véhiculer et de reproduire des comportements antérieurs à la migration? Comment, alors supposer un mouvement à sens unique (téléologique dans sa tendance à assimiler urbanisation, urbanité et progrès) de diffusion des normes sociales? »[29]. Il importe de rappeler ici qu'il est de plus en plus confirmé aujourd'hui par l'analyse que les institutions et les formes de regroupement social qui leurs correspondent ne puisent leurs sens que des pratiques des acteurs [30] De même, c'est à la lumière de la culture qui définit une singularité collective [31] que chaque société élabore ses propres grilles d'interprétation du réel [32] grilles par rapport auxquelles les anthropologues, les sociologues et autres chercheurs en sciences sociales doivent se positionner.

Si cet ensemble d'éléments de réflexion et de questionnements constituent ce qui semble pouvoir être un enjeu épistémologique, les retombées concernent deux niveaux:

1) L'objectif : il importe d'opérer en vue de produire une interprétation identifiante à la lumière du I des sens que les acteurs urbains «injectent» dans leurs pratiques de la ville.

2) La démarche : l'approche de la ville nécessite d' «inverser la perceptive» : plutôt que de rechercher les critères qui définissent et établissent de façon abstraite le caractère urbain et tout ce que doit renfermer le concept d'urbanité, il importe de s'attacher à décrypter les pratiques et les imaginaires qui donnent sens et cohérence et font ce qui est urbain ici et maintenant. Cette démarche s'inscrit en opposée à celle qui consiste à appliquer un référentiel normatif exogène a la ville algérienne qui évolue pourtant en «catégorie de la pratique sociale» (Marcel RONCAYOLO). Il semble encore que l'image du laboratoire social [33] soit plus représentative de la réalité actuelle de la ville algérienne tant il est vrai que «Les premières ébauches des transformations sociales en milieu urbain sont souvent difficiles à saisir» [34]et que la détection de ces signes a une importance particulière.

C'est en vue de la recherche de ces signes avant-coureurs des transformations sociales, tels qu'ils se laissent saisir à travers les mille et une manifestations de la vie quotidienne, que nous avons conduit des enquêtes de terrain en milieu urbain sur l'espace résidentiel, le travail des femmes à domicile et le mouvement associatif

III. 1. L'espace résidentiel

A travers le type de l'habitat collectif, l'espace résidentiel a été retenu comme objet de recherche pour ce qu'il renseigne sur les pratiques habitantes. Celles-ci ont été approchées essentiellement à travers la dynamique des transformations / modifications que les habitants, tenus à l'écart durant toutes les phases de conception et de réalisation de leur propre « maison», «infligent» à l'appartement dès qu'ils s'y installent. L'éventail de ses transformations I modifications tend à s'élargir chaque jour un peu plus et se présente à première vue comme résultant d'actions disparates et mêmes anarchiques: suppression d'une loggia, récupération d'un balcon. redimentionnement d'une fenêtre, isolement de la cuisine, démolition d'une cheminée, mais aussi pose de "jabiate" à la place et lieu du receveur de douche ou même de la baignoire, substitution du siège "turc" au siège «anglais» dans les toilettes, élévation de murs... L'analyse par laquelle nous avons soui'ais cette multitude d'interventions sur le cadre bâti aux questionnements relatifs à leur sens unificateur et légitimant, c'est à dire leur rationalité, débouche sur l'hypothèse de la recherche de la meilleure habitabilité. Cette recherche, se traduisant par le désir d'une correspondance harmonieuse entre les représentations / aspirations et configuration relatives à la famille et l'habitation, se matérialise par une dynamique soutenue de transformations /I modifications par laquelle on tente de domestiquer cette dernière en souhaitait pouvoir la réintégrer dans la cosmogonie du groupe social dont se réclame famille. Il suffit de porter son regard sur les autres éléments des espaces urbains pour observer cette même mouvance dont parle Michel DE CERCEAU à propos de la ville "dédoublée" : "(..) Mouvance opaque et aveugle de la ville habitée. Une ville transhumante, ou métaphorique, s'insinue dans le texte clair de la ville planifiée et lisible"[35]. Mais cette "mouvance opaque", tant pour l'espace résidentiel que pour tout le reste de la ville, ne se déploie guère selon une évolution linéaire, à sens unique. Nous avons pu relever, en effet, la manifestation d'une multitude de signes d'échanges dialectiques entre les habitants et leur habitation, c'est à dire toute cette dynamique diffuse d'un processus d'acculturation. Face à cette   réalité des modes d'appropriation de l'espace résidentiel en milieu urbain, j'ai été amené à proposer une première interprétation à la lumière de la notion de l'habiter identitaire. De cette complexité nous en avons rendu compte de la façon suivante : "Enfin, parce qu'en Algérie la maison, que nous considérons comme le meilleur registre des transformations culturelles, change, évolue, se recentre de façon objective et remarquable et tout autant discrète et irréversible, il nous semble tout à fait périlleux de conclure par la prédominance du modèle d'aménagement occidental ou du modèle traditionnel. La complexité mais aussi le sens de ce que nous avons vu et écouté à travers cette incurson dans les habitations oranaises milite plutôt pour une hypothèse en termes d'une urbanité en émergence"[36].

La deuxième illustration puise, elle aussi, ses matériaux de cette incursion dans les habitations et renseigne sur la configuration des rôles des femmes dans les familles en milieu urbain, à travers l'exemple du travail.

III.2. Le travail informel des femmes à domicile:

Dans le domaine de l'emploi féminin l'Algérie enregistre l'un des plus faibles taux du monde. Mais les non-dit des statistiques officielles suggèrent l'idée de l'existence d'un "invisible social" tissé de travail informel à domicile difficilement quantifiable. Face de cette difficulté due au caractère impénétrable à cette forme d'activité féminine, à laquelle s'ajoute par ailleurs la particularité d'être flottante, les statisticiens algériens ont été amenés à calculer leurs taux selon une double approche avec ou sans les travailleuses à domicile[37]. En 1995 l'enquête par sondage que la banque mondiale et l'Office National des Statistiques ont consacrée à la mesure des niveaux de vie en Algérie a dénombré 599.000 femmes actives, dont 334.000 occupées, 86.733 chômeuses et 178.267 travailleuses à domicile. Avec un nombre de femmes en âge de travailler (16 ans à 60 ans) estimé à 6.099.000 (population active féminine totale) on obtient un taux d'activité féminine de 9,8%, un taux d'occupation de 8,4% et un taux de chômage de 14,5%. Il suffit de ne pas intégrer les travailleuses à domicile dans la population active féminine pour aboutir à d'autres taux un taux d'activité de ~ un taux d'occupation de 5,5% et un taux de chômage de 20,6%. De même, le poids relatif de la population occupée féminine dans la population occupée totale (5.388.600 en 1995) peut tout aussi se fixer à 7,38% (sans les T.D.) ou grimper à 11,34% (avec les TD.). La persistance de cette difficulté de mesure de l'activité féminine explique largement les différentes tentatives d'adaptation de l'appareillage conceptuel de l'O.N.S. à une réalité de plus en plus "insaisissable" des "femmes au foyer" durant la décennie 60, aux "femmes partiellement occupées" durant la décennie 70, aux "travailleurs à domicile" depuis le début des années 90.

Cette difficulté de mesure de l'emploi féminin, nettement plus accentuée en milieu rural, fait ressortir l'activité féminine comme essentiellement urbaine en 1985 84%[38] des femmes occupées ont été recensées dans la strate urbaine, et les résultats du RGPH- 1987 et ceux de l'enquête main d'œuvre et démographie de 1989 confortent cette même tendance. Mais dix ans plus tard, en 1996, les estimations officielles révèlent au grand jour un remarquable accroissement de l’emploi féminin... mais loin des visées de la stratégie de développement modernisateur : le nombre de femmes travailleuses engagées dans le secteur informel est estimé à plus de deux millions[39]. Cette "reproduction élargie" des activités féminines informelles, largement concentrées dans les espaces urbains, signifie bien que la stratégie de la société en matière d'emploi féminin et la stratégie de l'état se tournent le dos "l'informel naît de l'inadéquation entre les stratégies centrales globales et les stratégies des acteurs sociaux"[40].

Si le travail informel des femmes, principalement sous sa forme de travail à domicile, s'impose à l'analyse comme une des réponses de la société à ses difficultés majeures il l'est assurément à un double niveau. Le premier renseigne sur les difficultés objectives croissantes que les femmes tentent d'atténuer en contribuant un tant soit peu au budget familial. Le deuxième niveau réfère aux exigences identitaires auxquelles les femmes tentent de satisfaire en cherchant manifestement à rendre compatibles aux figures de travail le travail rémunérateur même s'il se réalise à domicile[41] et le travail domestique[42] pour lequel elle est toujours comptable. En s'évertuant à concilier entre les deux, les femmes travailleuses à domicile cherchent assurément à obtenir une "micro-paix sociale" au sein de leur famille au prix de certains compromis. Dans ces négociations au quotidien, le renforcement de la position de la femme comme agent économique détenteur de revenus n'est pas des moindres. Tous ces éléments réunis suggèrent que nous sommes en présence d'un contrat social fondé essentiellement sur la solidarité familiale comme le confirment les résultats d'une enquête de terrain récente "Mais que l'urbanisation n'ait eu apparemment que peu d'impact sur les structures globales des ménages suggère qu'il n'existe pas de relation entre ces deux phénomènes. Ainsi, en dépit des tensions et contradictions qui résultent d'une urbanisation accélérée. la société algérienne préserve un élément fort de son organisation qui repose sur les liens de solidarité au sein de la famille "[43]

Le travail informel des femmes à domicile résulte d'une stratégie de retrait des femmes occupées de la sphère économique publique et, ainsi, il renseigne sur la façon d'être en milieu urbain spécifique aux femmes. Et au su de l'engagement "invisible" des deux millions de femmes dans des activités économiques informelles, loin des discours lénifiants sur la participation des 365.000 femmes employées officiellement au « changement des mentalités», l'on ne peut que répéter que ces pratiques urbaines informelles sont les vraies pratiques sociales[44].

III.3. Le mouvement associatif:

Par son implantation quasi-totalement urbaine[45], le mouvement associatif éclaire sur une autre dimension des mutations urbaines en cours dans l'Algérie actuelle. Par sa relative prolifération (11.000 associations crées entre 1971 et 1987; plus de 15.000 recensées en 1992 contre 2.530 associations crées entre 1933 et 1962)[46], le mouvement associatif semble répondre à des aspirations identitaires qu'il s'ingénie à concilier avec les nouvelles exigences de la vie urbaine. De ce point de vue, il peut être décrypté comme «réaction collective à l'altération de la structure sociale d'une communauté qui s'urbanise [47] Les trois grandes catégories d'associations au sein du mouvement, les religieuses et les sportives dominantes par leur nombre depuis les années 1930 [48] et celles relatives au cadre de vie urbain de plus en plus remarquables sur le terrain, corroborent notre hypothèse. Ainsi dans la Wilaya d'Alger, en 1992, les 2163 associations recensées se répartissent entre associations de parents d'élèves (676), associations sportives : (538), associations de quartiers (271) et associations religieuses (264); dans la même wilaya qui comptait en 1997 3934 associations 15% représentaient des comités de quartiers[49]. Dans la Wilaya de Béchar qui abritait en 1992,480 associations 200 étaient à caractère culturel et sportif, 54 à caractère social et 105 à vocation religieuse[50]. L’échelle nationale enfin, les 424 associations créées durant l'année qui suivit l'«intifadha» d'Octobre 1988, comptaient 122 associations professionnelles (cadres gestionnaires du secteur public, cadres de la santé, travailleurs de l'éducation, maintenanciers, retraités, ingénieurs, taxieurs, journalistes), 75 associations « sociales», 55 associations culturelles, 44 associations revendiquant de nombreux droits, 42 associations religieuses, 21 associations scientifiques, 40 associations relatives à l'environnement et l'habitat, 21 associations à caractère politique et 4 sportives[51] . Ces grandes catégories de préoccupations qui font s'associer les Algériens en milieu urbain ne sont pas nouvelles puisque de 1933 a 1962 il ressort de l'étude que HANIFI Samia a consacrée au « Sport algérien à travers les âges» que «la classe (d'associations) la plus importante est la classe « social » suivie de près par la classe « sports» puis la classe «culture »[52]. La jonction entre l'espace religieux et l'espace sportif était dictée par l'affirmation de l'appartenance communautaire et avait déjà délimité le quartier comme support socio-spatial à cette même affirmation «le club, l'association... sont avant tout le lieu de regroupement d'une même communauté. C'est le sentiment d'appartenance a un même groupe ayant des caractéristiques identiques (conditions sociales, religion, âge, situation de colonisé et surtout quartier) [53].

Depuis 1987, période pour laquelle DAHAK Bachir note que Le gros des associations existantes en Algérie est au moins trentenaire ~ pour certaines beaucoup plus [54] la génération d'associations nées durant la dernière décennie marque plus nettement le passage de l'âge communautaire du mouvement à un âge sociétal urbain. Des tajmaât et leur Amokrane N'Tadert des villages kabyles, le Majliss au M'zab, l'Amenokal chez les Touaregs du Roggar et du Tassili, à l'émergence des associations propres aux catégories professionnelles nées de l'industrialisation (travailleurs d'une branche ou d'un secteur, retraités, chômeurs, cadres, experts...), aux catégories sociales « nouvelles» nées de l'urbanisation (les femmes, les handicapés, les malades, les scientifiques, les vieux, les enfants, les habitants de quartiers, les amis des villes, les défenseurs de l'environnement contre la pollution et autre écologistes...).

Il y va des associations comme de toutes les autres formes d'organisation sociale il n'y a point de générations spontanées[55], et «ainsi, pour partie sans le savoir et sans le vouloir, les sociétés font du vieux » avec du neuf et du neuf avec du vieux »[56]. L'expérience des associations de la Wilaya de Tizi-Ouzou qui en compte près de 400 illustre fort bien ce syncrétisme entre le vieux et le neuf, ces échanges dialectiques entre les différentes générations d'acteurs sociaux : s'il a été souligné que depuis 1990 le plus grand nombre d'associations est né dans les villages « Cela a naturellement généré une certaine confusion quant aux attributions de l'association et de tajmaat. Aussi des conflits de générations ont-ils surgi, mettant face-à-face les anciens et les jeunes, la tradition et la modernité. Mais peu a peu, une décantation a commencé à se faire. De nombreuses assemblées de villages sont devenues moins rigides dans leur fonctionnement [57].

Conclusion

Au terme de ce dédale, escarpé par les dynamiques qui font les nouvelles réalités urbaines, tout semble converger dans le sens de l'hypothèse de l'émergence d'une nouvelle culture urbaine collective. Bernard LEPETIT s'inspirant certainement de LAVOISIER note à ce même propos : "ainsi à partir des conditions du moment de leurs équilibres et de l'ensemble des "valeurs dormantes" (l'expression est de Fernand BRA UDEL) que les espaces citadins contiennent, les sociétés urbaines sont engagées au présent, dans un processus de réaffectation et de revalorisation de leurs espaces d'hier, qui engage pour partie l'avenir des formes, des pratiques, des valeurs citadines"[58].

L'émergence des nouvelles réalités urbaines, produit de processus syncrétiques, viennent rappeler que le pouvoir politique, hier comme aujourd'hui, n1a la capacité de changer ni la ville ni la vie [59]. Les trois illustrations que nous avons synthétisées dans ce texte, les modes d'appropriation de l'espace résidentiel en milieu urbain le travail informel des femmes à domicile et le mouvement associatif, il ressort que toutes les formes de volontarisme visant à transformer la société s'avèrent vaines comparées au travail de la société sur elle-même. Et de cette façon; dans ces trois espaces l'observateur se trouve en face de ce que Jean COPANS appelle dans son «Introduction à l'ethnologie et à l'anthropologie» l'intimité de notre monde moderne que permet de saisir l'investigation socio-anthropologique, non sans rappeler au passage «l'impuissance» de la sociologie face à la complexité des contradictions et des dynamiques de l'urbanisation.

Si la ville et la société sont deux réalités coextensives, qui ont fini même par se confondre. En Algérie la première relève encore des réalités les moins analysées, elle demeure le grand « impensé» dans les sciences sociales. La ville concrète est superbement contournée par les spécialistes qui la survolent à la recherche de la ville perdue ou encore en la niant parce que non conforme à la ville représentée venue d'ailleurs. Il y va de la ville comme de la société... «car les villes sont redevenues aujourd'hui, en tout ou en partie, ce que leurs habitants en font et ce qu 'ils en feront à l 'avenir. Ni un bien, ni un mal: un fait irréversible, où se jouera le futur de ces sociétés, qu'ils s'agissent du regroupement de ses habitants en classes, en associations, de la constitution de langues, de formes artistiques, de concepts, tous assurément fortement connotés par l'influence occidentale, mais celle-ci apprivoisée, intériorisée et repensée par des citadins dont nous ne connaissons pas encore grand chose »[60]

Si on doit cesser de chercher la ville idéale[61] c'est parce qu'elle n'a jamais existé et qu'il importe de se contenter de connaître et comprendre la ville d'aujourd'hui et d'ici sous peine de ne rien comprendre à l'authenticité culturelle de nos villes, l'authenticité de l'urbanité des Algériens.

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31.TINTHOIN, Robert.- le peuplement rnusulman d'Oran, in Bulletin de la Société de géographie et d'Archéologie de la Province d'Oran, Oran, 1953.


Notes

[1]- Cf. L'habiter identitaire de LAKJAA, Abdelkader dans lequel il est rendu compte d'une recherche de terrain sur les pratiques habitantes en milieu Oranais.- Oran, Ed. CRASC, 1996.

[2]- Les structures du quotidien.- Paris, 1979.- p. 423, cité par COQUERY­VIDROVl'FCH, Catherine.- Histoire de l'urbanisation africaine. La ville coloniale «lieu de colonisation» et métissage culturel.- In Panoramas Urbains. Situation de l'Histoire des villes, collectif sous la direction de BIGET, Jean-Louis et RERVE, Jean-Claude.- Paris. E.N.S. Editions Fontenay / Saint cloud, 1995. Pour beaucoup d'aspects des réalités urbaines africaines et des villes arabo-musulmanes abordés dans ce texte, je suis très redevable au texte de COQELRY-VIDROVITCH, Catherine ainsi qu'à celui de RAYMOND, André.­- Ville musulmane, ville arabe : mythes orientalistes et recherches récentes.- ln Panoramas Urbains...

[3]- SAUVAGE, André.- Au nom de l'urbain.- in Sciences de la Société, Les cahiers du LERASS, La ville en question, N0 30, université de Toulouse m, l993.-p. 27.

[4]- GAUDIN, Jean pierre.- Mobilisation de la recherche et politiques urbaines, in Sciences de la Société, Les cahiers du LERASS, N030.- op.cité.-p. 188.

[5]- Voir alors toutes les implications épistémologiques d'abord et les orientations méthodologiques ensuite de telles perspectives de recherche.

[6]- A titre indicatif se référer à La révolution urbaine d'Henri LEFEB'RRE (Gallimard, 1970) ; Le retour de la dialectique, du même auteur, (Editions Sociales, 1986). La fin des villes, de Paul-Henry CHOMBART DE LAUWE (Calman-levy, 1982); Transformations sociales et dynamique culturelle, sous la direction de Paul-Henry CHOMBART de LAUWE, (Editions du CNRS, Paris, 1981) et du même auteur, Transformations de l'environnement des aspirations et des valeurs (CNRS, Paris, 1976).

[7]- Cité par RAYMOND, André.- Ville musulmane, ville arabe mythes orientalistes et recherches récentes.- in Panoramas urbains...- op.cité.- p.314.

[8]- Esquisse d'une histoire de la ville de Damas, REI, 4, 1934, cité par RAYMOND, André in Ville musulmane... .- op.cité.- p. 315.

[9]- Ibid.

[10]- SAUVAGET, Jean.- Alep. Essai sur le développement d'une grande ville syrienne.- Paris, 1941, cité par A RAYMOND.- in Ville musulmane...- op.cité.­p.315.

[11]- COQUERY-VlDROVITCH, Catherine.- Histoire de l'urbanisation africaine. La ville coloniale « Lieu de colonisation» et métissage culturel.- in Panoramas Urbains....- op.cité.- p. 28.

[12]- Ainsi Abed BENDJELJD n'hésite pas à noter à propos des classes moyennes à Oran que «la société a bien souvent fini par imposer ses valeurs et ses traditions qui demeurent malgré tout, marquées par la ruratité (...)» Anthropologie d'un nouvel espace habité « enjeux fonciers et spatialités de~ classes moyenne à Oran et sa banlieue (Algérie) », Espace habite vécus domestiques et formes d'urbanité.- in INSANIYAT N02, automn~1997, Oran, CRASC.- p.p. 5 à 26.

[13]- Le peuplement musulman d'Oran, extrait du Bulletin de la Société de Géographie et d'Archéologie de province d'Oran.- Oran, 1953.- p.20

[14]- République Algérienne Démocratique et Populaire, Demain, l'Algérie 2 Vol. L'état du territoire (vol. I), La reconquête du territoire (vol. II). Ministère de l'Equipement et de l'Aménagement du Territoire. - p.321.

[15]- Une ville dans la crise Oran, Communication au colloque Crises et contestations au Machraq et au Maghrab, ParisVII, 30 et 31 Mai 1996 et CRASC -Oran, Octobre 1997. L'« absorption» des élites urbaines par les sphères du pouvoir semble se révéler être une des constantes des villes arabes. Dans son compte-rendu du livre de Ira Marvin LAPIDUS, Muslim cities in the later Middle ages, Lucette Valensi note à propos des villes d'Islam du XIII au XVIè siècles : «Mais même en Syrie, le régime n'est guère ébranlé par ces mouvements populaires. La collaboration fondamentale entre l'État et l'élite urbaine privé le peuple de ses leaders et le réduit à l'impuissance». Annales­ Economies, sociétés, Civilisations. Numéro spécial, Histoire et Urbanisation, 25ê année n0 4. juillet-Août 1970.-p. 931.

[16]- Alger agrégat ou cité, SNED, Alger, 1980, P.39. cité par Rachid SIDI BOUMEDIENE, La citadinité une notion impossible? ln La citadinité en questions, ouvrage publié sous la responsabilité scientifique de Michel LUSSAULT et Pierre SIGNOLES. Collection Sciences de la ville N0 13, Fasicule de recherche; N029 URBAMA. Tours, 1996.- p.p. 49 a' 56.

[17]- RAYMOND, André.- ville musulmane, ville arabe...- op.cité. -p.324.

[18]- COQUERY, Michel.- Histoire urbaine des Etats-Unis apports d'une approche historiographique.- in Panoramas Urbaines....- op.cité.-p.p. 110-111.

[19]- COQUERY-VIDROVrTCH, Catherine.- Histoire de l'Urbanisation africaine... .- in Panoramas Urbains....- op.cité. -p. 16.

[20]- Entre autres illustrations se référer au livre de André RAVEREAU.­La Casbah d'Alger, et le site créa la ville.- Paris, Ed. Sindbad, 1989.

[21]- Sur ces aspects des dynamiques migratoires voir René GALISSOT.­Les villes du Maghreb, in Panoramas Urbains...op.cité.- p.p. 337 à 348.

[22]- COQUERY-VIDROVTCH, Catherine.- Histoire de l'urbanisation africaine....- Op.cité.

[23]- RAYMOND, André .- Ville musulmane, ville arabe....-op.cité.- p.p. 327, 330, 331.

[24]- Pour une mise au point récente autour des concepts de culture et d'acculturation, se référer à l'ouvrage de Denys CUCHE, La notion de culture dans les sciences sociales, Paris, La découverte, 1996.

[25]- Ibid.

[26]- Cité par CUCHE, Denys.- La notion de culture....-op.cité.- p.55.

[27]- SAPIR, Edward parle. lui, d'Ajustement et de Mésajustement, Anthropologie, T.2, Culture.- Ed. de Minuit.- p. 168.

[28]- Dans Marianne et le prohète, Soheib BENCHEIKH en donne des illustrations relatives aux pratiques quotidiennes des immigrés musulmans vivant en France et a' leurs apports a' l'enrichissement de la notion de laïcité:

«La présence de l'Islam met la laïcité à l'épreuve, en vérifiant et en confortant sa solidité, et s'il participe à sa définition, il l'orientera davantage vers l'universel ».- Paris, Ed Grasset, 1998.- p.27.

[29]- LEPETIT, Bernard.- La ville moderne en Franc~ Essai d'histoire immédiaté, in Panoramas urbains....-op.cité. p.188.

[30]- LEPETIT, Bernard.- La ville moderne....-op.cité. p. 183.

[31]- AUGE, Marc .- Le sens des autres, Actualité de l'Anthropologie. Paris, Ed. Fayard, 1994.-p.90..

[32]- Ibid

[33]- Voir à ce propos comment la ville de Chicago a été présentée dans le prospectus de l'Université de Chicago, au début de la constitution de l'Ecole de Chicago, comme laboratoire social a' ciel ouvert aux étudiants des années 20, quelques années plus tard l'université de New York fit de même.

[34]- CHOMBART de ~ Paul Henry.- la fin des villes.- op.cité. - p.159.

[35]- L'invention du quotidien- l. Arts de faire, Ed-Gallimard, 1990, P. 142.

[36]- Voir la revue INSANIYAT N02, dans lequel j'ai livré un premier compte rendu de cette recherche sur les modes d'appropriation de l'espace résidentiel en milieu urbain sous le titre «L'habiter identitaire-Eléments pour une problématique d'une urbanité en émergence». Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales- Oran, CRASC, n02 Automne 1997.- p.p.77 à 103.

[37]- Voir à ce propos les différentes publications de l'Office National des Statistiques. ONS

[38]- BOULARBEL, B.- Communication sur l'emploi situation actuelle et perspectives- Atelier « Politique sociale et programme d'ajustement structurel», organisé par le Ministère du Travail et de la Protection Sociale et l'Institut National d'Etudes de Stratégie Globale.- Alger 10-11 et 12 Octobre 1995.

[39]- El Watan, quotidien national, 7 Octobre 1996.

[40]- HENNI, Ahmed.- Essai sur l'économie parallèle- Cas de l'Algérie.- Alger, Ed.ENAG, 1991.-p.148.

[41]- Les travailleurs à domicile produisent aussi bien pour les entreprises économiques que les particuliers. Lire à ce propos l'analyse des résultats de l'enquête Main d'œuvre de juin 1989. Collections Statistiques, N027. Travailleurs à domicile en Algérie. ONS «Presque tous les travailleurs à domicile fournissent des biens et services pour les particuliers et les entreprises (94,43%). Certains cependant ne travaillent que pour les particuliers (92,84 %) tandis que d'autres (5,57%) ne travaillent que pour les entreprises. Cette caractéristique est beaucoup plus forte chez les hommes». -p. 11.

[42]- ADEL. Faouzi.- Le travail domestique, revue lNSANIYAT N01.- Oran, CRASC, Printemps 1997. - p.p. 7 à 20.

[43]- GUErrA, Maurice.- Urbanisation et structures familiales en Algérie (1948-1987).- in Revue Français de Sociologie, vol. XXXII, 1991.

[44]- HENNI, Ahmed.- Essai sur l'économie parallèle... .-op.cité.

[45]- La Kabylie semble constituer l'exception puisque selon El-Watan du 19-02-98 «et remarquable phénomène, le plus grand nombre d'associations, notamment à caractère culturel, est né dans les villages».

[46]- Cf Les journaux Algérie Actualité n0 1134 du 9 au 15 - 07 - 1987, EI-Watan du 16-11-1992 et El-Moudjahid du 13-01-1993.

[47]- FRISCH, Michael H.- L'histoire de l'urbanisation américaine. Réflexions sur les tendances récentes.- in Annales-Ecanomies-Saciétés-civilisations, Juillet-Août 1970, 25è année, n04.- p.p. 880 à 896.

[48]-HANIFI, Samia. - Le sport algérien à travers les ages-il-le mouvement associatif El- Watan du 16-11-1992.

[49] - El-Moudjahid du 13-01-1993 et El- watan du 05-10-1997.

[50]- El-Moudjahid du l5~16-0l-1993.

[51]- LAKJAA, Abdelkader. - L'associationnisme contre les violences étatiques. Etude du mouvement associatif du 05 Octobre 1988 au 05 Octobre 1989, Octobre 1991, 19 pages, inédit.

[52]- EI-Watan du 16-11-1992.

[53]- HANifI, Samia.- Le sport algérien à travers les âges IV. Le mouvement associatif musulman.- in El- Watan du 18/19-11-1992

[54]- Algérie-Adualitén0 1122 du 16 au 22-04-1987

[55]- MADANI, Mohamed.- Discours des banlieusards.- Communication à la journée d'étude du 15-10-1997, CRASC-Oran

[56]- LEPETIT, Bernard.- La ville moderne en France... .-op.cité.- p. 181.

[57]- El- Watan du 19-02-1998

[58]- LEPETIT, Bernard.- La ville moderne en France... .-op.cité. p. 206

[59] KERBRAT, Marie-Claire.- Leçon littéraire sur la ville.- Paris, Ed.PUF; 1995. En dehors de l'Algérie, la plus grande expérience en matière de démarche volontariste ayant visé à «changer la vie», a eu lieu en Union Soviétique, au début du XXème siècle. La mise en œuvre de l'urbanisation ne visait pas moins qu'à soutenir et consolider les effets attendus de l'industrialisation même planifiée comme action devant accélérer la transformation des sociétés- A cet effet, le détour soviétique, pour ce qu'il représente comme expérience historique, mérite l'arrêt. Durant les années 1920, dans l'ex-URSS, un courant de pensée s'affirma parmi les architectes autour du mot d'ordre «changer la ville, changer la vie». Ceci signifiait un ordre de priorité qui faisait du changement de la ville une condition nécessaire au changement de la vie. Mais face aux échecs enregistrés et relatifs au «non- changement » des hommes et de la vie, nonobstatant les gigantesques et impressionnantes transformations matérielles dans la sphère de production, d'autres architectes mirent l'accent, dès les années 1930, non plus sur le changement du cadre bâti, de l'architecture, mais sur l'homme, sur les superstructures... C'est à dire sur tout ce qui refait surface, comme pratique sociale invisible dans la vie quotidienne urbaine pratiques et représentations pré-industrielles, traditionnelles, irrationnelles... Face à ces «résistances», l'industrialisation et l'urbanisation ont pour objectif de diffluer le sens de pratiques sociales conformes au «cadre» urbain, c'est à dire formes (urbaines) et contenu (urbanistique, architectural et social). Le degré de réussite ou d'échec de cette opération de ré-acclimatation de toute une société a une culture « moderne» peut être apprécié à la lumière de l'organisation de la vie quotidienne avec ses modèles de références qui fondent et éclairent le faire et le dire. C'est ce que les soviétiques ont appelé le «byt» et qui a fait l'objet d'une des premières «Perestroîka» (reconstruction, réforme) dans les années 1920. Le byt renferme « l'ensemble des habitudes, des usages et des coutumes, des croyances, des opinions, auxquels s'ajoutent les règles et usages de la vie en collectivité, le comportement individuel, le régime alimentaire, la vie sexuelle, la politesse, les bonnes manières, l'art de mettre le couvert...». Tout ceci a été précédé, voire encouragé, par la publication d'une série d'articles sur le mode de vie dans la Pravda en 1923 et dont l'auteur qui a procédé par enquête en milieu ouvrier n'est autre que TROTSKY. Se référer à ce propos au livre de Anatole KOPP, Changer la vie, changer la ville, Ed.UGE, 1975.

[60]- COQUERY-VDOVrrCH, Catherine.- Histoire de l'urbanisation africaine.­- in Panoramas urbains.. ..-op.cité.- p. 30.

[61] - PARFAIT, François.- in A la recherche de la ville perdue, (sous la direction de C.BLANC-COQUAND, C.; HEUDRON; R. LE GAD). Actes du colloque: à la recherche de la ville perdue, l'Harmattan, Paris, 1996.

 

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