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La politique sportive des Emirats du Golfe : comment obtenir une visibilité internationale ?

Insaniyat N°34 | 2006 | Le Sport. Phénomène et pratiques | p.29-38 | Texte intégral


Sporting policy in Gulf Emirates : how to obtain international visibleness ?

 Abstract: The small Persian Gulf Emirates have chosen sport to obtain an international visibleness and to change their image. Sport offers the possibility of showing modernity often associated with occidental values. Without sporting traditions and a very small population these states have nevertheless successfully entered the international sporting scene, by liberating a great deal of money. They have thus been able to welcome and organize important international sporting competitions, and to become recognized. Their policy has progressed these last few years by naturalizing athletes of high level to obtain medals, because in terms of communication it is not only important to take part but to win. This latter initiative has had a contentious welcome regards international opinion and sporting institutions.

Keywords: the intermediate mountain, european territory, conceptual approach, representations, countryside enclosure


Pascal GILLON : Géographe, Université de Franche-Comté, laboratoire THEMA.


«L’Arabie Saoudite est le pays du pétrole, Bahreïn la plaque tournante de la finance, Dubaï celle du commerce. Pour exister sur la scène internationale, le Qatar avait le choix entre l’industrie et le sport. Or le sport est un vecteur idéal.»[1]. Cette déclaration résume, à elle seule, les ambitions des petits émirats du Golfe Persique dans le domaine du sport. En effet, le Qatar est actuellement imité par Bahreïn ainsi que par les Emirats Arabes Unis.

Pour atteindre cet objectif de visibilité internationale, ces pays ont développé une politique cohérente basée à la fois sur l’organisation d’événements sportifs et sur le développement d’une participation aux grands événements mondiaux. Ces Etats présentaient toutefois des faiblesses structurelles qu’ils ont du dépasser pour s’affirmer sur la scène sportive internationale.

En effet, leur manque de tradition sportive est évident, même si les Britanniques ont été longtemps présents dans cette région du Golfe Persique. Les principaux sports sur la scène internationale sont d’essence européenne et codifiés par les Européens. Ils n’ont été que très peu pratiqués par la population. Même lorsque ces pays ont une tradition millénaire dans un sport comme l’équitation, ils ne sont que peu présents sur les podiums car ils ne la pratiquent pas sous les mêmes formes.

La taille démographique de ces Etats constitue un second handicap. Les statistiques sur les résultats aux grandes compétitions internationales sont impitoyables. Il n’existe que très peu de champions issus de pays de moins d’un million d’habitants, car la probabilité d’émergence d’un champion est aussi tributaire du réservoir potentiel de sportifs. Or ces Etats sont peu peuplés, le Qatar et Bahreïn totalisent moins de 800 000 habitants, les Emirats Arabes Unis 4,6 millions[2] et les ressortissants nationaux sont minoritaires (250 000 au Qatar, 500 000 au Bahreïn et 600 000 aux Emirats Arabes Unis).

Seules leur volonté politique (fort soutien des membres des familles régnantes) et leur capacité financière ont permis de surmonter ces handicaps et d’apparaître sur la scène sportive internationale. Cette présence ne doit rien au hasard, elle a été organisée en plusieurs étapes. Après avoir intégré les principaux organes sportifs internationaux, ces pays ont commencé par organiser des compétitions de plus en plus complexes pour arriver aux Jeux asiatiques de 2006. Parallèlement, ils ont développé une politique agressive de naturalisation d’athlètes de haut niveau pour pouvoir bénéficier de l’impact médiatique de la victoire sportive.

Pourquoi s’investir dans le sport international?

Les Emirats du Golfe souffrent d’une image négative vis-à-vis des pays occidentaux et d’une partie du Monde arabe. Au mieux, ils ne sont perçus que comme des pétromonarchies riches que l’on jalouse, au pire l’absence de véritable démocratie, la présence d’un islam rigoriste et leur comportement vis-à-vis de leur population immigrée leurs sont reprochés.

Cette image a encore été écornée lors des événements récents dans le Golfe. Côté musulman, ces Etats sont apparus pour certains comme des traîtres à la cause arabe pendant la première guerre du Golfe et peut-être plus encore depuis les événements du 11 septembre, puisqu’ils sont devenus des relais logistiques importants pour l’armée américaine (accueil du centre de commandement pour la deuxième guerre en Iraq au Qatar (Centcom) et port d’accueil de la Ve flotte américaine pour Bahreïn). Côté occidental, les critiques vis-à-vis des régimes en place se sont intensifiées notamment lorsque les Etats-Unis ont tenté de justifier leur intervention lors de la première guerre du Golfe: un volet de démocratisation de ces régimes était associé à l’aide occidentale, volet très rapidement oublié. Plus récemment (2004), suite aux difficultés rencontrées en Iraq, les USA ont avancé le concept de Grand Moyen Orient où le volet lié aux réformes démocratiques est central.

Pour contrer cette image négative, les dirigeants de ces Etats ont commencé à assouplir leur système politique (Qatar depuis 1995, Bahreïn en 2002) et à réformer la société (droit des femmes notamment). L’initiative la plus visible de cette évolution fut la création, au Qatar en 1996, d’Al Jazeera la chaîne de télévision qui est devenue depuis un véritable média alternatif aux médias occidentaux.

Leur investissement dans le sport s’est aussi renforcé et participe à leur stratégie de communication internationale: «Le Qatar ne doit pas être connu uniquement pour abriter le siège d’Al-Jazeera. Le sport se doit d’être notre vitrine»[3]. Cette communication au travers du sport présente deux avantages: d’une part sa médiatisation est très forte, d’autre part elle développe une forte valeur symbolique de façon quasi subliminale.

L’évolution de la médiatisation du sport depuis une trentaine d’années est spectaculaire. L’association entre sport et télévision a provoqué la création d’un genre télévisuel à côté des traditionnels films ou séries, qui connaît depuis un essor considérable. Les dirigeants du sport l’ont bien compris ainsi que les publicitaires et les chaînes de télévision d’où l’augmentation considérable des temps d’antenne consacrés au sport. Etre présent dans le sport devient ainsi un gage de visibilité pour les athlètes mais aussi pour les pays. Etre présent dans les grandes compétitions internationales (Jeux Olympiques, Coupe du Monde de football, Championnats du monde de certaines disciplines) permet d’obtenir une visibilité mondiale ce qu’aucun autre support n’arrive à faire. Bien évidemment, le degré de visibilité est relatif: être présent aux Jeux Olympiques à la cérémonie d’ouverture n’a pas la même valeur qu’organiser une compétition internationale ou la gagner.

Cette présence sur la scène sportive permet d’exposer une image de son pays et de délivrer incidemment des messages afin de modifier peu à peu sa perception. «Le sport est le moyen le plus rapide de délivrer un message et d’assurer la promotion d’un pays. Quand on vous dit “Proche-Orient”, vous pensez tout de suite “terroristes”, pas vrai? Eh bien, nos dirigeants veulent que le Qatar ait bonne réputation[4]»

La pratique du sport de compétition est aussi une façon de montrer l’occidentalisation du pays. Celui-ci adopte une facette du modèle culturel dominant et démontre qu’il n’est pas si différent et qu’il partage des valeurs communes. Il affiche une certaine «modernité» de façon ostensible. Pour les pays du Golfe avoir des femmes dans leur délégation d’athlètes est un geste éminemment symbolique de l’intégration de celles-ci à la société. Aux Jeux asiatiques de Doha (2006), le Bahreïn, le Qatar et les Emirats Arabes Unis ont intégré une minorité de femmes, le Bahreïn présentant même des femmes dans une des disciplines reine: l’athlétisme. En revanche, l’Arabie Saoudite n’a présenté aucune femme ... Cette communication peut aussi être à double sens comme en témoigne l’épisode de la victoire de Ruqaya Al Ghasara une athlète du Bahreïn qui a remporté le 200 m aux Jeux asiatiques. Elle a couru en combinaison intégrale avec un foulard sur la tête et dédié sa victoire à toutes les femmes musulmanes[5]: entre tradition et modernité …

Le fait d’accueillir des compétitions sportives internationales est une autre facette de la communication du pays. Il souligne sa capacité technologique et logistique et délivre là encore un message de modernité qui s’exprime notamment au travers des réalisations architecturales. De plus, il focalise pendant une courte durée l’attention des médias qui donnent une image souvent très positive. C’est l’occasion de développer une promotion touristique. Or ces petits Emirats, qui réfléchissent à l’après pétrole, ont depuis une dizaine d’années favorisé un tourisme de luxe (promotion spectaculaire avec les projets The Palm et The World)[6] et un tourisme «mercantile» (à Dubaï avec ses produits détaxés) notamment en direction de l’Asie. La mise en place d’infrastructures hôtelières et de plateformes aéroportuaires très performantes participe à ce développement.

Grâce à son image neutre et ludique, le sport apparaît comme un support efficace pour développer une image destinée à modifier la perception des pays du Golfe. Cette politique soutenue par les principaux dirigeants peut se décliner rapidement en trois étapes.

L’adhésion aux principales instances sportives internationales : le premier pas

Dans un premier temps, les Emirats se sont insérés dans le tissu sportif mondial en adhérant aux principales institutions. Toutefois à l’inverse de certaines nations (mouvement de décolonisation des années 60), qui ont utilisé le sport comme un support de leur reconnaissance internationale, ces pays ne se sont pas précipités. Libérés de la tutelle britannique tardivement (1971), ils ont adhéré à l’ONU immédiatement mais ont attendu près de dix ans pour intégrer le Comité International Olympique (1979-1980). A noter que pour d’autres grandes institutions sportives ils ont manifesté un intérêt plus rapide, comme pour le football (sport occidental le mieux implanté). Plus récemment, ces pays ont complété leur adhésion au monde sportif en diversifiant les sports: le Qatar participe à 22 des 28 sports olympiques d’été, les Emirats Arabes Unis à 20 et Bahreïn à 18.

L’organisation de grands événements: une étape importante dans la modification de l’image

Ce second volet de la stratégie de communication par le sport est actuellement le plus développé. Il nécessite essentiellement de l’argent car ces pays n’ont pas de tradition sportive et n’ont donc jamais eu l’occasion de créer des événements sportifs. Cet argent permet le développement des infrastructures nécessaires aux compétitions et offre des dotations parfois astronomiques aux vainqueurs ce qui permet d’attirer les meilleurs sportifs de la planète.

Cette étape débute récemment fin des années 90 et le Qatar est clairement leader dans cette politique, les Emirats Arabes Unis lui ayant emboîté le pas.

Un des premiers sports fortement exposé médiatiquement qui est venu s’implanter au Moyen Orient fut le tennis avec les tournois ATP de Doha et de Dubaï[7] dès 1993. Il accueillit les meilleurs joueurs de la planète (premiers vainqueurs Stefan Edberg à Doha et Karel Novacek à Dubaï). Depuis 2001, ces deux villes reçoivent aussi les tournois féminins. Le montant des primes versées sont très élevés (plus d’un million de $ en 2007) et parmi les quinze meilleures dotations mondiales hors tournois du Grand Chelem. Les deux Emirats sont aussi devenus des étapes incontournables pour le golf avec une épreuve au Qatar, à Abu Dhabi et à Dubaï fin des années 90 (plus de 1,5 million $ en 2007 dans chacune de ces épreuves).

Depuis 2000, le Qatar a continué son développement en devenant une étape importante des meetings d’athlétisme (Super Grand Prix) et en hébergeant le Tour cycliste depuis 2002. Pour ne pas être en reste, les Emirats Arabes Unis ont développé les courses sur routes comme le marathon de Dubaï depuis 2004, et le semi marathon de Ras Al Khaimah (nom d’un des sept Emirats composant les Emirats Arabes Unis) depuis 2007, le plus richement doté au monde…

Le Qatar a continué ensuite sa diversification avec l’accueil d’un grand prix moto depuis 2004, Bahreïn parvenant pour sa part à capter un grand prix de Formule 1 la même année. Une des dernières initiatives très symbolique du Qatar a été la création de l’Oryx Cup en 2005, course de multicoques autour du monde partant de Doha et revenant à Doha qui devient ainsi symboliquement le centre du monde … Le bateau victorieux s’appelait «Doha 2006» et servait de support de communication au dernier grand rendez-vous organisé par le petit Emirat en 2006: les Jeux asiatiques.

Cet événement a placé le Qatar dans un petit groupe restreint de pays capables d’accueillir une manifestation de plus de 8 600 athlètes, couvrant 39 sports (46 disciplines) et nécessitant une série d’équipements sportifs mais aussi logistiques modernes. Avec plus de 2,8 milliards de $ d’investissements, la réussite a été au rendez-vous permettant au Qatar de lancer sa course à la candidature pour la Coupe d’Asie 2015 et les Jeux Olympiques de 2016: «Le monde ne croyait pas que le Qatar, qui compte 200.000 habitants, allait pouvoir organiser les Jeux asiatiques, et on a prouvé le contraire (...). Nous pensons que la réussite d'un tel projet ne dépend pas du nombre d'habitants d'un pays hôte mais de ses capacités»[8]. Pour réaliser cette performance, le Qatar s’est appuyé sur ASPIRE une académie sportive internationale destinée à accueillir les meilleurs espoirs nationaux dans toute une série de sports. Cette académie s’est développée dans un complexe sportif ultra moderne comprenant une piscine et une fosse olympique, un stade polyvalent de 45 000 places, toute une série de terrains pour le football, le tennis … Cet équipement a ainsi grandement facilité l’organisation des Jeux asiatiques.

Les Emirats Arabes Unis ne sont pas en reste: ils ont lancé un projet concurrent dans le cadre de la modernisation et du développement de la ville de Dubaï. Il s’agit de créer une ville nouvelle, pour 2010, «Dubaï sport city» développée sur le thème du sport avec des équipements sportifs structurants (un stade polyvalent de 60 000 places, un stade de cricket de 25 000 places, une salle couverte polyvalente de 10 000 places, un stade pour le hockey de 5 000 places, …) ainsi qu’une série de centres de formation (le premier de Manchester United hors Angleterre, deux académies de golf et une académie de tennis américaine). Dubaï a aussi réussi à attirer les bureaux de la Fédération internationale de cricket (auparavant en Angleterre et à Monaco). Cette réalisation s’intègre dans un projet urbain encore plus vaste: «Dubaïland». Il s’agit de créer une ville des loisirs, le sport ne présentant qu’une des facettes … Incidemment, Dubaï a laissé entendre qu’il pourrait, lui aussi, présenter une candidature pour l’accueil des Jeux Olympique 2016! Une saine émulation entre pays du Golfe?

Les investissements sont donc considérables dans ces deux Emirats. La construction des infrastructures sportives est associée à un développement plus vaste et est en partie financée par les opérations immobilières qui gravitent autour. Les parcours de golf accueillent des résidences de haut standing sur le modèle américain; à Dubaï des immeubles de logements s’intègrent aussi aux réalisations des infrastructures sportives …

La réussite sportive: la meilleure visibilité possible

Le développement des académies sportives dans ces deux Emirats est la dernière pierre à l’édifice: pour modifier totalement son image, il ne suffit pas d’être présent et même d’organiser, il faut gagner des compétitions. La formation est la voie indispensable pour parvenir à ce but mais elle présente l’inconvénient de prendre beaucoup de temps, trop pour ces pays qui développent donc une autre stratégie. N’étant pas encore capable de «produire» des champions de haut niveau, ces Etats ont fait le choix de naturaliser des sportifs étrangers afin d’obtenir des médailles plus rapidement au risque de se voir critiquer par les instances internationales.

C’est encore le Qatar qui a ouvert la voie en débutant par un sport peu médiatique mais ancien et symbolique, l’haltérophilie. Le Comité national olympique qatari a «acheté» huit athlètes bulgares de premier plan en 1999 contre un million de $ et leur a fait obtenir la nationalité qatarie. Cette tentative a été couronnée de succès avec un titre de champion du monde d’haltérophilie en 2003 ainsi qu’une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Sydney.

Cette politique a ensuite été dupliquée dans un sport beaucoup plus médiatisé, l’athlétisme. Ainsi, aux championnats du monde d’athlétisme de Paris, le Qatar a obtenu sa première médaille d’or au 3 000 m steeple. Son athlète, Saif Saaeed Shaheen, Stephen Cherono avant sa naturalisation, était kenyan. En 2005, aux championnats du monde d’Helsinki Saif Saaeed Shaheen a encore obtenu le titre sur cette distance. A cette occasion, Bahreïn s’est manifesté en remportant deux médailles d’or au 800 m et 1 500 m avec Rachid Ramzi ex coureur marocain «barré» par Icham El Guerroudj.

Les derniers Jeux asiatiques ont montré l’efficacité de cette méthode. Le Qatar a obtenu huit médailles en athlétisme dont six ont été obtenues par des transfuges (cinq kenyans et un burundais) et Bahreïn quatorze!! dont douze là encore par des transfuges. Le spectre de recrutement est un peu plus vaste (huit kenyans, un marocain, une éthiopienne et même un jamaïcain) et ne s’arrête plus aux hommes. Bahreïn a ainsi naturalisée l’athlète éthiopienne Zanebech Tola qui avait demandé la nationalité suisse, pays où elle avait demandé un droit d’asile qu’elle n’a jamais obtenu.

Les épreuves de fond des Jeux asiatiques se sont ainsi transformées en championnat africain… et cela risque de durer puisque les athlètes kenyans, notamment, présentent une telle densité de résultats qu’ils ne peuvent espérer accéder aux compétitions internationales sous leurs couleurs nationales, sans compter les avantages offerts par leurs nouveaux recruteurs. En effet, ces Emirats proposent à ces athlètes un salaire fixe à vie accompagné de primes en fonction de leurs résultats.

Pour ces athlètes, les conditions de la naturalisation sont aisées ce qui est exceptionnel. En effet, les législations nationales des Emirats sont très strictes quant à la possibilité d’acquérir la nationalité: globalement, à part par mariage avec un(e) qatari(e) et à la condition d’être musulman, on ne peut obtenir la nationalité. Les centaines de milliers d’immigrés temporaires présents sur leur territoire doivent envier ces quelques élus…

Cette politique agressive a toutefois soulevé un tollé dans le monde sportif de la part de certains pays et de la part des institutions internationales. Ces dernières n’apprécient pas cette évolution récente du sport pour des raisons éthiques mais aussi commerciales. En effet, comment vendre des rencontres sportives dont un des ressorts principaux est l’affrontement entre nations si les nations enrôlent des mercenaires? En 2004, le projet du Qatar de naturaliser des footballeurs français ou brésiliens, qui n’auraient pas encore joué pour leur pays, afin de tenter de se qualifier à la Coupe du Monde 2006, a ainsi provoqué une vive réaction de la FIFA qui s’est empressée de durcir sa propre législation sur la nationalité sportive.

Le considérable investissement financier dans le sport de la part des Emirats du Golfe n’est pas sans arrière-pensées en terme de communication. Ces Etats ont fait le choix de développer le sport dans leur pays afin de modifier l’image projetée à l’extérieur. Cette instrumentalisation du sport, qui existe depuis qu’il a acquis une certaine visibilité, n’est pas nouvelle. Seul le recours à la naturalisation soulève un débat dans le monde sportif et «entache» cette nouvelle image de pays modernes et partageant les valeurs universelles du sport. En effet, le fait d’accueillir les compétitions et de développer des infrastructures de grande qualité ne peut être décrié par le monde sportif et médiatique qui en profite directement. Les pays sont dans une logique d’intégration au système sportif mondial et dans une politique de développement du sport à partir d’infrastructures. Mais lorsqu’ils tentent de «brûler» les étapes en intégrant des sportifs de haut niveau étrangers afin d’obtenir un succès médiatique, le monde du sport condamne cette démarche.

En terme de communication, le jeu est à double tranchant. D’un côté, les peuples de ces pays peuvent ne pas se retrouver dans ces athlètes fraîchement naturalisés. D’autres tentatives initiées par des pays occidentaux ont souligné le caractère très versatile de la population: tant que ces athlètes gagnent, ils bénéficient d’une reconnaissance, mais dès qu’ils réalisent des contre performances ils sont souvent très décriés. De l’autre, ils s’exposent à ternir leur image internationale. Certains pays arabes les critiquent ouvertement pour brader ainsi leur nationalité (et les jalousent secrètement?) et les pays occidentaux ont beau jeu de souligner le manque de déontologie sportive de ces pays qui «se paient des mercenaires» et dévalorisent les valeurs du sport. La notion d’efforts de formation (centrale dans le sport) est alors remplacée par la capacité financière. Le sport ne serait plus qu’une question d’argent, mais en est-il autrement à l’heure actuelle dans les principaux sports européens et américains? D’autant plus que certains pays occidentaux captent de façon plus hypocrite les sportifs du Sud et dans des proportions plus importantes. Le développement d’ASPIRE ou de la cité du sport de Dubaï est une réponse possible aux critiques: ces pays sont en train de compléter leur système de détection et de formation afin de pouvoir à terme «produire» des athlètes de haut niveau.

Quant à leurs futures candidatures à l’organisation des Jeux olympiques le message adressé au monde est très symbolique. Un des arguments central pour expliquer l’attribution des Jeux olympiques à Pékin a été de souligner la montée en puissance du marché chinois et le potentiel de développement pour le sport sur un terrain encore «vierge». Le Moyen Orient présente aussi en partie ces critères: cette région joue un rôle essentiel dans l’économie monde avec sa ressource pétrolière et génère des pétrodollars qui peuvent être investis en partie dans le sport. Le sport y est encore très faiblement implanté et offre donc des possibilités de développement élevé. Enfin, cette région est historiquement à l’interface de plusieurs aires culturelles et l’attribution des Jeux pourrait être très forte symboliquement dans la rhétorique olympique du rapprochement des peuples par le sport.

Bibliographie

Gillon, P., «Peut-on acheter des médailles?» in Finance and the Common Good, n° 26 In Finance Coaching Sport? Genève, 2007, à paraître.

Gillon, P., Poli R., «La naturalisation de sportifs: le cas des Jeux Olympiques de 2004», in La nationalité dans le sport, actes du congrès international des 10 et 11 novembre 2005 Musée Olympique, Lausanne, 2007, à paraître.

Augustin J.P., Gillon, P., L’Olympisme, bilan et enjeux géopolitiques, Paris, Armand Colin, 2004, p. 171.

Boniface, P., «Le Qatar se veut un modèle pour le Golfe», in Le monde diplomatique, Juin 2004, p. 18.


Notes

[1] Déclaration de Ahmed ben Abdullah al-Sulaïti dans «Ces Cheikhs qui se paient le sport », in L’Equipe Magazine, n°1125, p 91-98, 2003.

[2] INED, 2005, Population et sociétés, n°414.

[3] Tiré de «Ces Cheikhs qui se paient le sport», in L’Equipe Magazine, n°1125, p 91-98, 2003.

[4] Tiré du Journal du dimanche, Paris, 15 février 2004, M. Al-Mulla, directeur de la communication du Qatar.

[5] Tiré d’une dépêche de l’Associated Press paru dans l’International Herald Tribune, page des sports (11/12/2006).

[6] http://www.theworld.ae/, http://www.thepalm.ae/.

[7] The Dubai Tennis Championship et le Qatar Exxon Mobil Open source ATP.

[8] Déclaration du secrétaire général du Comité olympique qatari, Saoud ben Abdelrahmane Al-Thani le 16/12/2006.

 

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