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L’agglomération rurale en Mitidja et son évolution

Insaniyat N°62 | 2013  | Varia | p. 97-120 | Texte intégral


 

The rural town in Mitidja, Central Algeria, and its evolution

Abstract: The examining of the evolution of the rural housing in the Mitidja plain, presented in this article, has for object to exhibit the constituent elements of residential space adaptations against the paradoxes of modernity lived within the dependent countries. The country home reflects fairly well, by its subsequent modifications, the internal domestic mutation. A shift of “Our home”, established around common parental values, is transferred to a "One’s home" arranged around a family cohabitation. The “outside “ which in the dynamics of the recent rural territoriality incarnates no more the remote exterior, tends, therefore, to adjust the life of the intimate space.

Keywords: Mitidja, rural world, housing, family values


Chérif BENGUERGOURA: Université Alger 2, Faculté des sciences humaines et sociales département de sociologie, 16 006, Alger, Algérie


 

L’usage aujourd’hui du terme « douar » pour désigner en Algérie, en particulier au Nord du pays, les espaces de peuplement rural parait de premier abord conforme à l’ordre habituel des faits. Il reste néanmoins qu’il s’agit là de reprise d’une appellation antérieure, altérée par ailleurs au cours du temps. C’est dire en fait que son emploi de nos jours, bien plus qu’une simple redite, constitue une généralisation qui porte le risque de dissimuler à la fois les effets de l’histoire et la réalité d’un rural[1] pluriel.

Au Maghreb, la population a longtemps vécu en groupes distincts. Chacun de ces groupes, désigné le plus souvent par le terme «arch», vivant dans une même région ou en déplacement suivant un couloir, présente la caractéristique de constituer une unité politique. Ensemble humain ayant ses traits de caractères, des objectifs et, partant, un dessein commun, le groupe vient jusque-là effectivement former une totalité, ayant la compétence exclusive sur son territoire[2]. Dans cette organisation, la réalité à laquelle renvoyait le terme de douar désignait une subdivision du groupe. Il s’agit d’un groupement peu nombreux d’unités familiales (8 à 10 tentes) dont le campement s’effectuait sous une forme circulaire. Celui-ci compose l’entourage originel au milieu duquel chacun fait l’expérience de l’interdépendance communautaire et se forge à l’esprit collectif. Aussi, retrouvons-nous à l’origine du terme douar une articulation à la dimension spatiale, rendue par le fait de réunion d’habitations disposés en rond. S‘articule aussi à cette caractéristique une profondeur sociale, exprimée au premier chef par le rassemblement d’individus réunis dans un même but. [3]

Dans la conception de la colonisation française, le douar, cesse d’incarner un palier de déploiement d’une même appartenance pour représenter plutôt la réunion d’une diversité de « ferkas ». La réalité de cette agglomération répond dés lors à une politique de désagrégation de la tribu. Il s’agit dorénavant de « réunir la multitude d’individus libérés des liens communautaires ». [4] De cadre de cohésion et d’identification sociale, l’agglutination exposée à partir de cet ancien terme campagnard s’inscrit aussitôt après la conquête dans un modèle plutôt utilitaire. Réfugié depuis lors dans un groupe d’appartenance de taille modérée, la famille, l’individu rural découvre concomitamment les rapports dépersonnalisés d’une chaîne de relations.

Bel et bien antique, le terme « douar » se généralise encore davantage durant la période post-indépendance pour désigner sans distinction les entassements campagnards de nombre de régions du pays. C’est de cette manière que les toutes récentes concentrations de la plaine de la Mitidja, à l’exemple de bien d’autres aires rurales, se trouvent de nos jours dénommées par leur propres habitants « douar », devenu ainsi un vocable standard. [5] Or, si l’on reste au seul exemple de l’espace mitidjien, (voir carte) on conçoit aisément que la formation de cette zone doit autant aux caractéristiques géographiques de l’ensemble de la région qu’à l’histoire qui a contribué peu à peu à la façonner.

Carte 1 : Description géographique de la plaine de la Mitidja

Source : Côte, M., Blida in Encyclopédie berbère, vol. 10, p. 1536-1539.

Succincte, la démonstration tentée ici, amorcée avec la visite et l’étude documentaire de cinq communes de la plaine algéroise[6], s’appuie plus sur le cas des localités de la Mitidja centrale. [7] (Voir carte n° 2)

Carte 2 : Présentation sommaire de la Mitidja centrale

Source : Reconstitution de cette partie de la plaine à partir de données documentaires. 

L’examen porte sur l’organisation aussi bien de l’ensemble des bourgs que de leurs composantes domestiques, suivant en cela une progression retenant trois grandes périodes récentes.  Il s’agira dans chacun de ces contextes d’appréhender autant la forme prise par l’aménagement de l’espace d’enracinement que les logiques du « chez soi » et du mode d’habiter qui à chaque fois l’accompagnent.[8]

I. La période ottomane et le « Haouch »

Les premiers écrits connus de la région mitidjienne nous apprennent que les établissements agricoles étaient nommés « haouch ». Il reste que ces entités, loin de former une réalité homogène, désignait soit la propriété récente turque, soit le territoire de communautés rurales plus anciennes.

S’agissant des communautés rurales[9], le « haouch », renvoyait à une collectivité agricole fondée sur les relations de voisinage d’un groupement d’ensembles parentaux.[10] La morphologie des habitations[11], limitée à une pièce, rappelle les constructions en toit de branchage de régions pluvieuses et celles en pisé des plaines céréalières.[12] Des grappes d’unités, ayant chacune une même filiation, se trouvaient voisines, dans une sorte d’agglutination autour d’un lieu commun de rencontre.[13] La centralité ainsi constituée traduit une structure polarisée plutôt vers l’intérieur. Tandis qu’une disposition, côte à côte de patrimoines fonciers, épousait la forme d’un plan circulaire, des sentiers formaient quant à eux un moyen de communication autorisant une orientation centripète.

Le patrimoine foncier revenant à chaque parentèle se décompose selon une gradation allant du lieu qui suit de peu l’habitation vers le pourtour du bourg. Le tableau n°1 témoigne d’un finage subdivisé en plusieurs espaces aux statuts et fonctions agricoles variés.

Tableau 1 : Répartition des composantes du patrimoine de l’ensemble parental selon la disposition et le statut juridique[14]

 

« tabia(s) » (1)

espace résidentiel

« moksem(s) » (2)

terre de cultures

« el-outa » (3)

terre de pacage

disposition

spatiale

- habitation

- enclos réservé au troupeau

- jardins et vergers entourés de haies vives, installés sur les meilleures terres, à proximité de points d’eau.

- cultures occupant plusieurs moksem(s).A chaque titulaire re-vient plusieurs de ces parcelles labourables, disséminées sur une certaine étendue.

Le reste des terres, constitue le surplus du territoire. Formé de terrains couverts de broussailles, cet espace est indivis entre les membres de la «djamaa». 

statut de la possession foncière

« melk » familial

indivis au sein de la parentèle(4)

 

possession villageoise

indivis au profit de l’ensemble des habitants du bourg

(1) Nom donné au lieu de déploiement du ménage et tout particulièrement des femmes et des enfants en bas âge.
(2) Un « moksem » représente une parcelle de faible étendue de moins d’un hectare. Il s’agit de petites propriétés enchevêtrées auxquelles on accède par un réseau de sentiers.
(3) Le terme désigne les terrains ouverts.
(4) le melk constitue une forme de possession.

On remarque tout d’abord que l’espace résidentiel, loin de se limiter à la seule fonction d’abri apparaît comme un premier palier structuré. Le lieu domestique est aussitôt raccordé à tout un segment de l’activité économique. Les bêtes, séparées de l’habitation, se trouvent contiguës à un premier espace agricole, le verger.[15] Ce dernier laisse voir un paysage de bocage où des buissons et des arbres matérialisent les limites du droit (revenant à chaque unité domestique). L’organisation spatiale est indicative d’une stabilité dans le rapport à la terre.[16] La plaine de la Mitidja, relève Merad-Boudia, «se spécifie par ce type d’unité économique et sociale, le « haouch », remarquable par sa fixité, à la différence du douar plus mobile». [17] Cette emprise sur le sol, certes catalysée par le climat relativement humide de la région, est surtout le corollaire, dans le cas précis de ces « haouchs », du mixage au sein des activités de travail et de contrôle. [18] Et à la jouissance des terres privées familiales avec droit d’usage exclusif s’ajoute l’emploi des terres collectives dont les conditions d’usage par les familles sont suivies par une assemblée de légats des lignées. 

La disposition concentrique des activités en champ irrigué, terres cultivées en sec et aire vouée au pacage autorise en fait une dualité que l’on retrouve tant dans la forme des parcelles – bocage/champ ouvert- que dans le type d’activité agricole – travail du sol/hors sol, agriculture irriguée/agriculture en sec, cultures pérennes/cultures annuelles. Lié davantage à la gestion des eaux tirées souvent d’un oued adjacent[19], principe de dualité agricole de traits communs de la culture mitidjienne. [20] Le mode de gestion des ressources suppose un processus décisionnel mêlant le ménage et son tuteur, la parentèle et ses meneurs et enfin le village et ses sages. Le « haouch » mitidjien de la période ottomane exprime moins une communauté autonome fondée sur une fusion de ses membres, fédérés par une culture, qu’un regroupement dont la modalité de régulation montre une collectivité de proximité, gagnée déjà par des structures institutionnelles plus globales. [21]

II. Période coloniale ou le « haouch » devenu « douar »

« L’ordre éternel des champs » n’en fut pas un puisque la colonisation française bouleversera le paysage du « haouch ». L’originalité de cette occupation est d’être en même temps la mise en présence de la population autochtone avec une culture nouvelle fondée sur la projection sur le futur. Les habitants se rendent compte qu’ils font face en même temps à une conception radicalement différente. Au premier abord, ces valeurs insolites, orientées préférablement vers l’avenir, la promotion et la stimulation à se remodeler plutôt qu’à se perpétuer, ne charment pas nécessairement les ressortissants ancrés aux règles transmises. Elles ne peuvent manquer cependant de décrédibiliser les valeurs autochtones tournées plutôt vers le passé. Dans ce face à face modernité/tradition[22], la préservation des anciens repères incline dés ce contact à prendre l’aspect de régression. Il faut dés lors, distinguer l’action coloniale directe des pratiques émanant des ruraux et surtout de l’interaction dans laquelle ils se trouvent entraînés.

S’agissant de l’incursion coloniale, aux pratiques de transaction foncière effectuées dans la zone Mitidja et Sahel au début de l’intervention surviennent les opérations de resserrement et d’expropriation, suivies en 1856 par la distribution des « concessions définitives » de terres. Les attributaires sont des unités familiales occupant tel douar et dont le droit sur les terres distribuées est assez proche du droit « melk ». S’ajoutent les changements liés à des événements naturels qui, à l’exemple du dit douar Hallouya, oblige, suite aux crues de l’oued, au déplacement du lieu d’implantation des « tabias ». Une relocalisation se fait jour. L’espace apparaît depuis sous l’aspect d’une nouvelle juxtaposition de zones, poussant les habitants à distinguer, à l’exemple de cet ancien « haouch », les quartiers « Et-thata », « Echouakhia ». La reconduction du regroupement spatial des unités domestiques se réalise dans le cadre d’une indivision confinée à l’unité familiale.

Le lieu principal de l’action collective se déplace. Le changement de centralité, lié évidemment des conditions climatiques, est tout aussi solidaire de la restructuration foncière et de l’adoption de nouvelles cultures. [23] Il s’inscrit non moins dans une immixtion administrative à l’exemple de ce bourg au sud de Boufarik, dont la population garde en mémoire l’action simultanée de la municipalité coloniale de réfection de la mosquée et de construction au même lieu d’un café. A ce remodelage, par jonction lieu de culte-lieu de rencontre, de la vie collective en vie publique, s’articule donc un patrimoine familial davantage subdivisé, comme l’indique de façon plus détaillée le tableau suivant :

Tableau n° 2 : répartition des composantes du patrimoine familial

« El-djenane »(1)

« El-bhira » (1)

« Ez-znigna » (1)

« El-hacéda» (1)

Chaque « dar » dispose d’un verger situé à proximité ou dans l’enceinte de l’espace résidentiel. On y trouve la coucha (four familial. Ce verger est partie prenante de l’espace intime où les femmes circulent.

Les produits, destinés à la consommation domestique, s’échangent à titre gracieux entre voisin.

Plus loin que djenane, se trouve une parcelle vouée à la culture de légumes.

Prairie naturelle située à la lisière de l’agglomération, comme vestige du lot « outha » revenant au groupe parental. Les filles parentes y conduisent le bétail.

Il s’agit de terres en sec, situées plus loin que le djenane, après la bhira. On y cultive le blé dur et l’orge.

(1) Alors que le vocable « el-hacéda» est un terme ancien, les expressions « el-djenane » et « el-bhira » semblent être des désignations répandues durant la période turque. [24] En revanche, « ez-znigna » apparaît comme une déclamation locale.

On remarquera la disparition des terres de pacage collectif au profit d’un patrimoine resserré autour de segments domestiques vivant d’une production agricole menée sur une terre désormais concédée. Tandis que la culture du sol perpétue incommodément l’étagement spatial, les étendues réservées à l’élevage se restreignent. Et si « ez-znigna » continue d’être une détention indivise entre unités du même ensemble parental, le moi indivis se restreint à l’unité familiale dans le cas du  « djenane » et de la « bhira ». Le groupe parental, localisé certes toujours sur un même espace, prend la forme d’une somme d’unités apparentées, détenant néanmoins des patrimoines voisins autonomes les uns par rapport aux autres. [25] L’unité d’habitation, dénommée «dar», traduit un glissement vers la maison en pierres et tuiles.

Concernant l’interaction rurale [26], saisir la dynamique qui opère au sein de cet intramuros distinctif réclame de s’interroger sur ces espaces où les ruraux ressentent l’autonomie d’un «nous», apte à les différencier du nouvel environnement. [27] Il s’agit de considérer comment les divers intervenants du dedans domestique[28], engagés dès lors dans l’affrontement et la négociation autour de valeurs anciennes et nouvelles, orientent la pratique et la structure de ce territoire de déploiement ? Dans quel rapport se retrouvent-ils ce faisant, autant avec les aspects concrets (aménagement et réalisation) qu’avec les aspects impalpables (règles d’organisation, schème de perception et expression symbolique) de ce marquage spatial ? Limité ici à une seule composante du dedans domestique, l’habitation, l’étude examine les relations entre membres, considérés à partir de leur position dans le ménage, et pour lesquels elle aura recours à un va-et-vient entre les données de terrain et les informations d’auteurs.

Si l’enclos de « el djenane » et « el-bhira » établissent cette limite entre le dedans et le dehors, estimé différent et mystérieux, le «nous» familial se trouve protégé par « el-dar » inscrite quant à elle dans une parcelle plus close. Il reste que « el djenane », sa partie contiguë à l’habitation notamment, vient continuer cet espace, prenant l’allure d’un patio utilisé comme une pièce supplémentaire en plein air.[29] L’usage de l’habitation, son organisation et même sa structure, indissociables des relations sociales dont elle est le support et du modèle culturel de référence d'une famille patriarcale intégrée et hiérarchisée, se trouvent exposés à un traitement corollaire aux rapports entra et intergénérationnels.

Les rapports entre les sexes et statuts matrimoniaux de même génération sont déjà modulés par la différence du temps passé à l’intérieur de la demeure. Le maximum de temps de la femme, face à celui minimum de l’homme, s’effectue dans une séparation des rôles passés dans les habitudes. Les hommes, ressentant plus la responsabilité, s’accrochent à la coexistence sous le même toit des membres du segment familial, à la polyvalence de la pièce et à son articulation à l’activité agricole. L’extérieur, quant à eux, n’arrive que rarement à tenir un rôle d’entraînement à de nouveaux codes de sociabilité. Il est peu fréquent qu’il tienne lieu d’offre d’opportunités d’individualisation.

L’habitation, exiguë et close, s’ouvre en fait sur un terrain découvert. Certes confiné, ce dernier se trouve toutefois modifié en espace de rencontre entre femmes, voisines et proches en même temps. Aussi, si le bâti, même rénové, demeure lieu de repli de l’organisation interne léguée, « el djenane» apparaît concurremment comme refuge de ces règles et virtualité d’ouverture féminine. De fait, l’échange d’informations et de commentaires qui s’y déroule ne manque pas de mêler ces femmes au traitement de leur sphère de déploiement. Isolées pourtant de l’extérieur, elles se trouvent prendre part à tout cet acoquinement tradition/modernité, impliquées par à ses retombées internes. La femme se situe sans nul doute dans le rôle de continuateur des normes recueillies auprès des anciens. Cependant, utilisatrice plus que consommatrice de l’aire domestique [30] et forte du statut de maîtresse de ce même espace, elle apparaît apte à constituer une force de proposition en matière d’équipement résidentiel [31]

Les relations intergénérationnelles laissent voir durant cette période les adultes charriés dans l’expérience des collisions normatives. Le contact colonial rend déjà contradictoire le vécu de la modernité où le fait de la domination va à l’encontre des principes de liberté individuelle.  [32]L’habitant de l’ex-« haouch », mis dans un rapport métamorphosé à des facteurs pourtant familiers se situe d’emblée dans une autre relation avec ses semblables. [33] Il reste que pour la plupart des chefs et autres adultes du ménage du dit douar, le sens déjà acquis dans différents domaines de la vie continue à être le vecteur d’identité et une mémoire avec le devoir de la transmettre. Héritier d'une tradition qui, porteuse d'un contenu culturel, apte à orienter la compréhension et le jugement des faits, il s’attache à la perpétuer.

Une fraction de cette même génération, en revanche, s’inscrit, du fait d’un rapport rapproché à l’administration coloniale locale, dans une certaine assimilation. Partielle, l’adoption qui ne concerne dans ce cas que les rénovations accomplies en matière de matériaux et techniques de construction. Elle apporte des changements à la face extérieure de l’habitation. Devenues signes discriminatifs d’une position sociale, devanture et matière première de réalisation des habitations d’une fraction de la population dudit douar se soumet à l’emprunt. Il est rapporté durant cette période des agissements de marquage identitaire par la couleur donnée aux murs extérieurs. L’imitation repose plus sur l’utilisation d’indices. Elle n’a d’importance que par l’image qu’elle tend à évoquer. Cet aspect du changement pénètre la vie interne du ménage qui par ailleurs demeure rituellement liée aux us et coutumes en usage.

La jeune génération adhère, de par l’inculcation primaire, aux valeurs transmises. Des cheminements postérieurs différenciés, distinguent cependant les jeunes accrochés à l’apprentissage parental de ceux dont une intégration par l’emploi ou un rapport privilégié à l’autorité des parents autorise d’autres côtoiements. Hétéroclite, cet enrichissement situe inévitablement dans un dédoublement culturel. Ces jeunes émergent dés lors comme une potentialité d’infléchissement des règles d’organisation interne des occupants de d’habitation.

Il s’agit d’un investissement inégal où seuls les hommes adultes marquent de leur empreinte le processus de traitement du dedans domestique. Celui-ci, pris alors dans un rapport de forces bienveillant à l’égard de la tradition, valide l’organisation latente des rôles et des tâches dispensée par les aïeuls. Il fait décidément figure tout au long de cette période, d’espace de résistance à l’enchevêtrement spécifiquement colonial d’imposition et de modernité.

III. L’agglomération rurale mitijdienne de nos jours

La période postcoloniale est un épisode de croissance démographique et de construction intense. Les vagues de flux migratoires vers la plaine [34] finissent par rendre composite son peuplement. Au sein des ex-« haouchs », «douars» pour les uns, «agglomérations secondaires» pour les autres, émerge une répartition interne en zones, suivant l’utilisation du sol et la construction immobilière, comme l’indique les trois emplacements d’implantation relevées au niveau de l’ex-« haouch » Guerrouaou-Mechdoufa.

Cette redistribution spatiale est générée d’abord par un mouvement d’extension vers la périphérie des anciens habitants. Des segments, détachés du regroupement spatial initial, réalisent un peu plus loin des constructions sur les terres « hacéda » de la famille.  L’ensemble parental se disperse. [35] Sur un échantillon de 21 groupes parentaux prélevés au niveau de l’ex-« haouch Hallouya » 10 se trouvent répartis dans 4 îlots d’habitation et plus, dont 5 éparpillés dans 7 à 9 îlots. Certains de ces segments, à la suite notamment de transactions effectuées durant les dernières années de la présence coloniale se sont portés acquéreur de terres en bordure d’axes routiers.  Ce mouvement de transfert, comportant toute une vague de transactions foncières, donne une impulsion à la disposition linéaire de constructions le long des voies de communication. Semblablement, l’apparition de lotissements d’habitat individuel [36] fait naître des points de germination de constructions emmêlées. [37]

Le grossissement de ces agglomérations rurales doit en même temps beaucoup au poids des migrants et à leur l’installation sur des espaces libres. Plus de la moitié, soit exactement 55,2% des unités de ménage de la périphérie est de l’ex-« haouch Hallouya » sont en 1987 des migrants installés à partir de 1971. On relèvera déjà le redéploiement, juste après l’indépendance des populations montagnardes déplacées et recasées dans l’Atlas blidéen et le rebord de la Mitidja sous le régime militaire imposé au pays durant la lutte de libération. [38] A ce flux se joint un mouvement d’expansion des noyaux d’habitat établi au bord puis au sein des ex-fermes coloniales. [39] S’ajoutent ensuite en 1967-1968 des «villages de la reconstruction» destinés aux fellahs démunis, des groupements de logements édifiés dés 1976 au profit de travailleurs des domaines agricoles DAS [40] et plus tard l’édification, dans le sillage de la «révolution agraire», d’îlots ruraux. [41]

Ces différentes formes de production d’habitat ont déclenché à leur tour des noyaux attractifs qui, élargissant l’accueil de nouveaux flux, autorisent l’étalement urbain. De nouvelles constructions remplissent les espaces vides ; des activités se créent. [42] Le tissu du paysage des ex- « haouchs » offre aujourd’hui une variété de types d'habitat. Il forme, au fil de cette expansion urbaine, une nébuleuse de zones de résidence qui, situées souvent à cheval sur un axe routier, constituent chacune le lieu d’une nouvelle centralité. Les voies qui ouvrent le douar vers l’extérieur polarisent à présent les déplacements et activités de la population. Les sentiers intérieurs « ez-zekak » cèdent le pas à la route goudronnée qui favorise le déploiement de la voiture automobile, devenue moyen usuel de liberté spatiale. Enfin l’identification sociale à partir du groupe parental cède tout aussi le pas à celle plutôt circonscrite à l’unité domestique. Au repérage au moyen de la zone ou quartier de même extraction parentale telle « Et-thata » se substitue une appellation avec des expressions comme « Bit Moha Kaddour » ou « Bit Moha Allel ». [43]

La Mitidja postindépendance est à la rénovation résidentielle. L’habitat précaire, sur-occupé, oblige les nouveaux habitants à faible revenu à la cohabitation. L’effet immédiat de la solution de l’abandon de cet promiscuité est évidemment l’allongement spatial. [44] La segmentation des anciens groupes parentaux tend à se traduire en revanche par de regroupements familiaux au moyen de constructions de plusieurs étages. [45] On passe ainsi à un étagement en hauteur où un seul toit abrite sous la forme superposée à la fois des locaux économiques et la résidence de plusieurs ménages apparentés. Avec ce passage au modèle parpaing, poutres et dalle avec étages, hangar, balcon et terrasse[46], le renouvellement de l’habitation continue pour traduire cette fois la pénétration des normes urbaines dans ces dits douars.

L’espace résidentiel, ramassé dans l’habitation, re-délimite le champ du chez soi dont l'aménagement va mettre la cellule familiale dans un processus de conversion. C’est que l’action de l’Etat national, principal vecteur de progrès jusqu’aux années 80, introduisit du confort dont néanmoins la distribution subissant un retraitement par divers intervenants [47] va, par ricochet, accélérer l’exigence du bien-être, devenu un enjeu majeur.  C’est en fait enserrée dans un remuant équilibre de forces internes que la cellule familiale sélectionne les injonctions de l’Etat [48] et tous les flux extérieurs. 

IV. Configuration spatiale postindépendance et dynamique familiale

Pour la gent masculine, la référence au passé signale encore maintenant. La possession d’un héritage, perçu comme caractère permanent, base d’identité et témoin de moralité. « Ehna oua siretna biâouyadna » (Notre être et notre ligne de conduite sont dans nos habitudes). Au même titre que les ruraux vis-à-vis du travail salarié chez les colons, l’homme mitidjien ruse à l’égard de la modernité ambiante. [49] La femme s’aligne, quant à elle, aujourd’hui sur le temps à venir. Mettant en jeu l’avenir des enfants et adhérant au principe «d’être de son époque»[50], l’épouse s’implique dans une certaine opposition à la tradition. Elle s’attache à faire de l’habitation une unité signifiante où les écarts sur le plan de l’équipement ménager par exemple tiennent lieu de signes distinctifs. Cette attitude la situe dans une posture de force de proposition du changement de son espace de déploiement. Faisant sienne l’habitation qui à présent balise l’étendue domestique, elle s’attache à défendre un territoire. Il reste que cet exercice féminin d’apprivoisement de l’espace du dedans prend place dans des divergences conjugales et même familiales. Les pourparlers qui en résultent régulent en fait les infléchissements et conversions tant au niveau de fonctionnement du ménage que de celui de sa réalité symbolique.

Il en découle en premier lieu le passage de la succession temporelle des opérations ménagères à une spécialisation spatiale. Une division entre espace de réception et espace de la vie familiale fait son apparition. Objet d’un intense investissement démonstratif[51], le nouvel espace de réception contribue à la réorganisation de la vie de la maisonnée. La demeure qui désormais ne se referme pas sur le cercle familial [52] est significative de la nouvelle démarcation entre sphère privée et sphère globale. L’intimité familiale cesse d’être un retrait.

A noter également l'infléchissement de la hiérarchie des espaces et la modification des activités féminines. La cuisine et la lessive, pratiquées auparavant à l’air libre en raison des nécessités pratiques, pénètre l’habitation suite à l'installation de l'eau courante [53] puis de l’acquisition de l’équipement ménager. Le rajout à l’espace habitable de ces activités rend l’habitation plus féminine sans cependant modifier sensiblement l’ancienne distance entre les espaces de déploiement féminin et masculin. En effet la division des tâches régie par les coutumes persévère. Le statut de la femme se reflète dans les lieux attribués aux travaux domestiques. La distinction entre le devant et l'arrière du présent lieu d’habitat, dont fait partie la cuisine, est révélatrice d’une pérennisation de la hiérarchie des activités : la préparation des aliments, déplacée à l’intérieur fait toujours partie des activités censées se dérouler en dehors du regard des hommes. Le changement introduit dans l’aménagement de l’espace résidentiel, compris désormais entre les limites strictes du logis, loin ici d’amortir l’inclination traditionnelle, contribue plutôt à restituer l’ancien marquage spatial des activités.

On notera enfin le glissement de la position assise à la posture debout. La forme du mobilier introduit autant que la place fixe qu'il requière impose une pose différente de celle traditionnelle davantage en continuité avec le sol. L’adoption de la table et les chaises n’est pas courante et leur introduction ne signifie pas leur mise en service quotidienne. L’observation laisse voir en revanche un usage assez fréquent de la table basse, amélioration de l’antique «maïda» (table basse ronde). Avec l’usage de la table basse, qui d’ailleurs n’exclut ni la cuisinière électrique ou à gaz, ni l’emploi de chaises, se poursuit la disposition de l’homme assis au sol, même si ce dernier est supplante par le petit tabouret.

Incluse donc dans l’action domestique de la femme, la valorisation de l’intérieur fonde aujourd’hui une revendication spécifiquement féminine de l’intimité. Plutôt masculine jusque-là, l’aspiration à un espace caché, à une vie privée et à intervient aujourd’hui comme un désir émanant de la femme. Tout se passe comme au vœu des hommes d’un lieu de retraite se greffe actuellement la quête féminine d’un arrière-fond secret. Mais alors que le contenu intime chez l’homme reste la « horma » (honneur du chez soi) il s’avère chez la femme lié plutôt à l’extérieur. L’action de valorisation associée à cette vie privée s’effectue par un recours au milieu ambiant environnant. L’intérieur, étant à l’évidence, dans la conscience de tout habitant, ce qui est retiré du dehors, se réalise en fait, du côté de la femme, à grand renfort de l’extérieur. A partir du dehors, celle-ci se fait au besoin de distinction social en même temps qu’elle y trouve les ressources (imitation et acquisition) pour y répondre. Le dedans domestique se reformule désormais par intervention de l’extérieur.

En parallèle à la prédisposition des hommes adultes à la reproduction de la ligne de conduite léguée, les jeunes mitidjiens font depuis peu l’expérience d’autres instances et contenus de socialisation. Ils logent selon un dédoublement où domicile imaginé et domicile vécu divergent. Un état individuel, inaccoutumé et fluctuant, de perception et de jugement de leur environnement les situe dès lors en partie dans une incompatibilité avec les obligations assorties à la structure et l’usage de l’espace résidentiel hérité.  

Le ménage est de plus en plus marqué par une prise d'autonomie de ses jeunes membres. Une conscience de la légitimité d’espaces individuels interne, conjugué souvent au repli de l’autorité paternelle incruste, au sein de l’intimité le groupe familial, celle de chacun des jeunes garçons. Pour ces derniers, la conscience de soi connotée dans la revendication d’espace individuel traduit plus un retrait du ménage, l’espace considéré étant à défendre contre les intrusions de la famille.

Les jeunes se trouvent moins en rupture avec les règles coutumières de la famille qu’avec le dosage modernité/tradition engagé par les membres adultes. Chez les anciennes familles, les jeunes foyers, installés ou non à proximité de leurs parents, reproduisent en grande partie les modèles d'éducation expérimentés au cours de leur jeunesse. L’écart a trait aux rapports conjugaux et au rapport à l’extérieur. A partir des années 90, début d’une autre phase post-indépendance, un mode de vie des jeunes s’appuie sur un équilibre dedans/dehors dont la spécificité, s’agissant de la femme, est d’accorder exigence du voile hors du foyer et acquiescement à la fréquentation des espaces publics.

Dans la manière subjective d’habiter, le chez-soi, bien plus qu’un lieu de constitution d’un statut, est un ancrage dans un rapport à la modernité ambiante, celle déployée par les autres habitants de l’agglomération. La conscience d’habiter en intimité avec soi-même passe ainsi, chez la jeune génération, du principe de rapprochement durant toute une première phase post-indépendance à celui, depuis les années 90, de l’éloignement des autres dedans. L’entremêlement tradition/modernité semble s’échafauder durant cette dernière phase par l’enfermement domestique,  « biîd âla chahiyetes oua machaquil maâ el-ness » (à l’écart des tentations et des heurts de la vie sociale). 

En fait, subordonnés jusqu'alors à une éducation familiale différenciée distinguant garçon et fille, les jeunes partagent à présent les mêmes apprentissages. [54] Ils se retrouvent néanmoins aussi dans d’autres «nous» [55] où les repères divergent, voire contredire les opportunités d’une même intériorisation de normes. L’inculcation obtenue va opposer ces jeunes. Les jeunes garçons, plus que les filles, insérés dans des regroupements et communions extra familiaux[56], acquièrent de nouvelles marques. Disposant désormais de nouvelles ressources, les jeunes mâles deviennent porteurs d’un regard particulier sur le groupe domestique et l’aménagement de son espace. Focalisée depuis sur le voile féminin[57], la tension autour du rapport dedans/dehors implique directement la jeune génération. Ainsi élargie, l‘agitation familiale fonde un dedans domestique en perpétuel gestation.

S’installe, avec les jeunes membres, comme avec les femmes, un exercice régulateur d’ouverture et de fermeture au monde extérieur. Il reste que l’espace résidentiel, avec l’intervention des jeunes membres, subit un traitement distinct. [58] Tandis que chez les femmes l’aspiration à se distinguer des autres dedans domestiques inclut leur imitation, elle passe chez les jeunes plutôt par une pénétration des dedans extrafamiliaux. Cette imprégnation est, du reste, assez ressentie par l’ancienne génération qui y voit un envahissement. « Andak evrari, elli kount tesmaâ âlih etchoufou beâynik » (Avoir des enfants c’est voir de ses yeux ce qu’il ne parvenait que par l’écoute » soutient un habitant de l’ex-« haouch Hallouya ». « El-biîd ed-khel el youm mel fok, mel zerb, oua mel bab »(Aujourd’hui, le bout du monde traverse à la fois l’enveloppe (toit) et la clôture (haies et murs)) constate un résidant de l’ex-« haouch Ghraba ». Les femmes comme les jeunes, dont l’action relève décidément de l’affirmation identitaire, laissent voir des ressources en vue d’adapter le nouvel habitat.

Le mouvement en avant de la modernité se fait à un autre modèle où l’accessibilité au bien-être matériel s'affirme comme valeur hautement positive. Le ménage mitidjien vit, dans ce contexte, le paradoxe d’une fermeture résidentielle prise dans une permanente mise à jour par le dehors. Déployant en fait un double référentiel, son mode d’habiter change davantage par le jeu d’équilibre entre passé et présent. On oscille entre « el kbar makhelaouy ma ingoulou » (nos ascendants ont tout dit) et « el-ouaqt guèle »(le présent s’impose à nous). Et si la grille interprétative de la tradition cesse d’être partagée par la cellule familiale tout autant les valeurs servant de règle pour participer pleinement à son époque se trouvent inscrites variablement dans la conduite de ses membres. Aussi, l’entremêlement, assumé plus au niveau de la structure du bâti que du fonctionnement familial est significatif des ajustements touchants au statut de la femme et du jeune [59] sans pour autant rejeter les formes coutumières de sociabilité. Alignement au modèle architectural urbain, perte de la ruralité de la zone et constance des principes de conduite régis par les coutumes constituent aujourd’hui un composé de points communs de ces ex-« haouchs ». Les normes nouvelles du bâti et de sa symbolique, empruntées à la fois par imitation et mise à distance des autres dedans, coexistent avec des règles anciennes de conduite fragmentairement recomposées. [60]

Cependant c’est dans les dissemblances venant dénoter les divers ménages que se situe à présent la réalité du dehors. Cet extérieur vis-à-vis duquel se formule chacun des dedans domestiques se distingue moins par l’étrangeté [61] que par la dose et la façon dont l’inclination à l’accès aux commodités mises sur le marché [62] s’articule aux valeurs et mœurs héritées. Pour un dedans donné, le dehors étant l’espace ouvert à tous [63] et à toute probabilité d’entrelacement normatif, sa réalisation s’édifie selon un dosage particulier. Il s’agit de valeurs contrastées autant par imitation que par écart des autres dedans. Le sentiment, la perception et finalement la conscience que ces habitants ont de leur existence au sein de cette dernière recomposition spatiale du logis restent amplement inscrits dans cette dualité. Cet arrière-fond culturel est empreint évidemment par la diversité des trajectoires aussi bien que par les mobilités résidentielles et les configurations familiales.

Evoluant et se nuançant au travers d’une intense interactivité interne, la ligne à travers laquelle s’inscrit le nouveau dedans domestique se révèle simultanément disjoints et proche du dehors. [64] On peut dire simplement que « l’univers domestique » s’établit tendanciellement autour d’un mixte passé-nouveau plus sui generis que standard.

Conclusion

Au plus loin qu’on remonte le douar a fonctionné à l’image d’une éponge qui a la fois reçoit et rejette. Situé, dans une plaine humide et arrosée et dans une zone de plus en plus attractive, l’aggloméré rural de la Mitidja constitue à chaque fois le bout du voyage pour les migrants. Sous l’effet de la recomposition de la territorialité de ces groupements campagnards, la morphologie de l’habitat évolue où l’étendue résidentielle a laissé peu à peu place à un espace simultanément rétréci et fermé. Le dedans domestique, comme ancrage à un sol et une culture, se profile selon des logiques reconstituées du «chez soi», aptes à fonder à chaque fois l’originalité d’un mode d’habiter. L’attachement au sol mitidjien ne cesse ainsi de se réorganiser, donnant, pour un temps, une façon «habituelle» d’occuper les lieux et de vivre son contexte.

Subissant le contrecoup d’une perte du caractère absolu de sa culture, ces ruraux révèlent deux âges d’adaptation. Une dualité normative, impliquant pratique et symbolique résidentielle, rythme dès lors le mouvement d’ajustement du cadre de vie aux manières de vivre du «nous» familial. C’est comme acteur instigateur de son espace de déploiement que cette population procède à l’action de marquage résidentiel, décelant une évolution endogène du mode d’habiter. Mise en contact d’une modernité dont la particularité est l’entremêlement entre l’exigence de l’imposition étrangère et la malléabilité de l’adaptation endogène, elle se replie d'abord sur son « univers domestique » avant de s’ingénier à s’ajuster en tentant de se mettre en cohérence avec les nouvelles conditions extérieures. Aussi se préserve-t-elle dans un premier temps à l'intérieur d’un dedans à la fois familier et en disjonction avec l’extérieur. Elle se greffe, dans un deuxième temps, à l’engrenage de ce changement, sans cesse arboré et réservé à la fois.

D’une culture familiale commune l’agent rural passe à un milieu familial moins assignable aux représentations issues strictement du fonctionnement interne. C’est le temps des heurts qui nourrissent un réaménagement résidentiel où chaque membre, pratiquant une sorte de zapping parmi les offres de commodités accessibles, participe à recomposer autant la morphologie du lieu d’habitation que la vie domestique. Par delà la différence de rythme qui peut marquer ce changement, la perception qu’ont aujourd’hui les Mitidjiens de leur place sociale articule en règle générale le dedans domestique à des significations remodelées d’une manière fragmentaire. Et, poussés au renouvellement de la structure résidentielle, ces derniers s’impliquent en même temps à une régénération de son usage coutumier.

Bibliographie

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Côte, M. (2013) L’habitat rural en Algérie, formes et mutations, In Habitat, Etat, société au Maghreb, Paris, CNRS éditions,  p. 396.

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Virolle, M. (2007) Gestes d’Algérie, Paris, Karthala.


Notes

[1] En général évoquant la campagne, le terme rural renvoie dans les faits aux caractéristiques d’une formation spatiale particulière, différente autant de la structuration de la ville que de celle urbaine, et dont le contenu social est assez souvent varié.

[2] Assez liée en réalité, dans le cas du Maghreb, à la situation des liens existant entre ces rassemblements et le pouvoir central, cette indépendance s’avère néanmoins variable, comme l’indiquent à titre d’exemple les divers niveaux d’autonomie des tribus dites « makhzen », « ra’ya » et « siba » durant la période ottomane. 

[3] Et dont la disposition spatiale les situe par ailleurs à égalité les uns par rapport aux autres, le cercle étant après tout un ordonnancement propre à placer les individus à une même distance du centre. 

[4] Comme l’indique Addi, L. (1985), De l’Algérie précoloniale à l’Algérie coloniale, « Économie et Société », Alger, éd. ENAL, p. 65.

[5] Signalons que beaucoup de ces dits douars se trouvent rangés dans le classement de l’office des statistiques (ONS) en trois strates comme agglomération secondaire. 

[6] Cette contribution s’inscrit en fait dans un parcours de réflexion étayé par une extension du terrain d’appui à la thèse (Les ruraux et la réappropriation sociale de la mobilisation de travail en Algérie indépendante. Le cas d'un douar mitidjien. Université d'Alger 2, département de Sociologie, 2002) à d’autres localités de la zone. L’observation-arpentage de cette aire est dans le cas présent focalisé sur le déploiement spatial.

[7] Cette partie de la Mitidja recouvre globalement l’espace situé entre les deux cours d’eau : oued Harrach à l’est et oued Mazafran à l’ouest. Plus concrètement, la zone de prospection recoupe la partie médiane de l’outhan Ben Khelil telle que définie par Saidouni Nars Eddine. Il s’agit d’une aire située entre la basse et la haute Mitidja, s’étendant du haouch Souk Ali à l’est au haouch Abziza à l’ouest et du haouch Roumily au nord à celui de Soumaâ au sud. Cf.,(2001), L’Algérois rural, à la fin de l’époque ottomane (1791-1830), Beirut, Dar Al-Gharb Al-Islami. Voir Carte XXII, répartition des haouchs de l’outhan Ben Khalil entre la haute et la basse Mitidja, p. 558.

[8] L’habitat rural compose l’indicateur du « tout rural » et de ses transformations, affirme Côte, M. (2013), L’habitat rural en Algérie, formes et mutations, in Habitat, État, société au Maghreb, Paris, CNRS éditions.

[9] Isnard H. (1947), La réorganisation de la propriété rurale dans la Mitidja (1851-1867). Ses conséquences sur la vie des indigènes, in Mélanges d’historie algérienne, Alger, éd. A. Joyeux, p. 15-126.

[10] Selon les informateurs sur place, les populations de la plaine, à l’inverse de celles des piémonts et montagnes au sud, sont venus à différentes périodes de lieux divers. 

[11] Les matériaux utilisés (terre, pierre, bois) et, dans une moindre mesure, les techniques de construction sont tirés et adaptés à l’environnement géographique.

[12] Pour Bernard A. le type cabane et gourbi concerne l’ensemble de la Mitidja, la maison à toit de tuile et celle à terrasse ne se révélant que plus au sud, au niveau de l’Atlas mitidjien. Cf. (1921), Enquête sur l'habitation rurale des indigènes de l'Algérie, Alger, Fontana, 1921, p. 150.

[13] Notons le fait aussi d’un espace commun secondaire, revenant à chaque groupe familial.

[14] Les données du tableau, puisées auprès d’informateurs sur place, sont complétées par les informations recueillies en 1948 par Isnard, H. La réorganisation de la propriété rurale…, op.cit., p. 15-126.

[15] Nous trouvons une des formes de l’habitat à patio exposé par Abdennebi, H. Voir Habitat à patio, passé, un présent et avenir. Application en Algérie dans un contexte méditerranéen, non daté, p. 87. Voir sur ce plan également Stella, M. A. (1980), Sociologie de l’habitat traditionnel. Alger, éd. du CRAU.

[16] Il reste néanmoins probable que dans nombre de cas l’extension du « melk » soit le résultat, durant la période turque, d’une perte de son statut du patrimoine collectif de djemaâ et de ferkats. Cf. Saaddouni, N. L’Algérois rural…, op.cit., p. 170. Ignorant par ailleurs les fondements de la « ferka » et de la tribu, les auteurs du XIXème siècle comparaient la terre arch à la partie commune de certaines collectivités européennes. Cf. Achar-Picard, H. (1914), L’agriculture algérienne et ses conditions économiques, thèse, Faculté de droit de Lyon, p. 98.

[17] Merad-Boudia, A. (1981), La formation sociale algérienne précoloniale : essai d’analyse théorique. Alger, éd. OPU, p. 146-147.

[18] Les fermes revenant en propriété au pouvoir central turc, tout comme les terres du « fahs » qui entouraient à l’époque les villes, telles Alger et Blida, étaient marquées par une dissociation des tâches agraires. A l’inverse, les agglomérations rurales se caractérisaient autant par la jonction des unités de consommation et de production que par une fusion des rôles d’exploitant, de propriétaire et de travailleur. Ces aspects nous rappellent la forme paysanne de production agricole décrite en Europe par Mendras, H. (1995), Les sociétés paysannes : éléments pour une théorie de la paysannerie. Paris, éd. Gallimard, coll. Folio. Histoire. De son côté Saiddouni N. pour qui le « melk » était le domaine d’une vie rurale plus paysanne, parle de «paysans algérois dans les fohos des villes ou des champs de la plaine et de la montagne». Voir L’Algérois ruralop.cit., p. 168.

[19] Et de puits alimentés par la nappe phréatique de la zone.

[20] L’agriculture sédentaire, irriguée et pluviale a longtemps rythmé, tant à l’intérieur du pays que la frange côtière, l’activité la vie quotidienne des habitants. Nous relevons que pour Saadouni N. l’outhan Ben Khelil est situé dans une zone d’agriculteurs de céréales et de pasteurs. Cf. là aussi L’Algérois ruralop.cit., carte XXX genre de vie, p. 566.

[21] A l’exception notamment de la tribu makhzen des Hadjouts, la population de la plaine était, selon Rinn L. raya (dépendante) à l’inverse des populations indépendantes voisines de l’Atlas mitidjien. Cf. (1899), Le Royaume d’Alger sous le dernier Dey. In Revue Africaine, T. 43, 1899, carte, p. 105-141, p. 297-320.

[22] La tradition peut certes être définie comme l’ensemble de normes, de valeurs, d’institutions et de pratiques autour duquel s’opère un consensus transmis de génération en génération au sein d’un groupe. Il reste que si, face à une culture quelconque, ledit profil normatif perd juste son caractère absolu, mis en contraste avec la nouvelle orientation culturelle, il égare en plus sa pertinence. En face, les nouvelles tendances en cours, solidaires d’un processus de croissance économique se fiant au rationnel et valorisant changement et innovation, composent un autre cap normatif. 

[23] On relève, dans le cas de certaines sous zones de la plaine, une évolution où la culture du blé cède le pas par exemple à celle du tabac suivie après par un développement des plants fruitiers. Il reste que les dits douars comportent moins d’actifs agricoles. A côté de quelques emplois non agricoles, l’agriculture dans l’enceinte des ex-haouchs, devenue activité d’accumulation pour quelques exploitants, est en fait pratiquée à temps partiel dans le cas de nombre d’habitants mués en offreurs de travail auprès des colons. Une partie des habitants a constitué «une réserve permanente de travailleurs mise au service des exploitations agricoles et minières coloniales de la plaine», cf. Emerit, M. (1962), Géographie et recasement, in Annales, Economies, Sociétés, Civilisations, vol. 17, n° 6, p. 1228-1230.

[24] On peut relever dans d’autres parties de la plaine des appellations différentes telles « el-brour », vocable dérivé du terme arabe « el-barari », pluriel de « elbaryia » qui désigne les étendues propices au développement naturel d’une végétation diversifiée.

[25] Mais que la proximité résidentielle d’une part, le droit solidaire du « djenane », l’usage au nom du groupe parent de la prairie naturelle et l’accès à tous ces segments par le moyen des mêmes sentiers intérieurs appelés « ez-zakak » rappellent sans cesse la même appartenance.

[26] Interaction interne certes dans le cas de la Mitidja rurale, restée en dehors des actions de réimplantation et de brassages mais néanmoins subissant les contrecoups des mécanismes imbriqués de la colonisation (mise en dépendance de la population et occupation puis exploitation du sol) et de croissance économique (production élargie de biens échangés sur le marché, obtenue à l'aide de facteurs, comme le travail, tout aussi échangés).

[27] Soit par rapport à un extérieur scindé en sphères concentriques. On y relève le reste du bourg, appréhendé désormais comme une suite d’espaces semi intime, collectif et public diffus et relativement ouvert, puis plus globalement la société coloniale, à la fois  disjointe et rapprochée. 

[28] Nous entendons par dedans domestique, par rapport à la constitution probable d’autres espaces ressentis intimes, l'aire que fréquentent les hommes, les femmes et les jeunes d’un ménage, qu'ils y circulent, y travaillent, s'y nourrissent et s'y reposent.

[29] Place faisant office d’espace de service et travail, de terrain pour les enfants et de salle à manger l’été.

[30] En Algérie et de façon générale au Maghreb cette zone de l’habitat revêt l’allure d’un territoire ou, ainsi que l’affirme Virolle, M. (2007), d’un « univers domestique » amplement distinctif. Cf. Gestes d’Algérie, Paris, Karthala, p. 180.

[31] A noter que c’est une posture confortée en même temps par l’existence de l’offre marchande de biens fabriqués associée à cette occupation. Quoi qu'il en soit les documents relatifs à un ancien « haouch » de la périphérie de Boufarik relèvent des demandes réitérées de branchement au réseau extérieur (eau, énergie électrique).

[32] Et dans certains cas prend le contre-pied de la loi à caractère impersonnel du marché. 

[33] Longtemps legs collectif des aïeuls, le sol devenu article échangeable, est géré désormais par des intérêts économiques. L’acte d’échange, vu comme un appui à l’ascension familiale, forme néanmoins un obstacle à la continuité collective.

[34] La population de l’ex-« haouch de Bahli » entre 1966 et 1987 passe de 1443 à 4136 habitants. Source : ONS, (1992) Evolution des agglomérations 1966-1977-1987, publication n° 38, 1992, p. 43.

[35] La famille élargie, nouvelle forme d’organisation domestique issue de la famille patriarcale, se manifeste sous forme de famille composée mais aussi comme réseau familial. Voir sur ce point Addi, L. (2005) Femme, famille et lien social en Algérie, in Thiebaut A. Ladier M.  Famille et mutations socio-politiques. L'approche culturaliste à l'épreuve, Paris, éd. de la Maison des Sciences de l'Homme, p. 71-88.

[36] Aux initiatives privées s’associe parfois l’action publique comme c’est le cas de plusieurs enclaves transformées en terrains lotis. au niveau de l’ex-« haouch de Soumaâ » (chef-lieu de commune) et de celles formant l’assise d’immeubles collectifs pour abriter le personnel scolaire.

[37] Ces emplacements épars qui ont vu le jour récemment évoluent en des emboîtements de divers types de construction. A relever ici, outre le lotissement, les taudis qui résultent de la dégradation de quartiers anciens, occupés depuis par une population aux revenus assez variés. A signaler enfin un récent mouvement de reconquête de ces espaces par des membres d’ensembles parentaux anciens.

[38] Planhol de, X. (1961) Nouveaux villages algérois (Atlas blidéen, Chenoua, Mitidja occi-dentale. Faculté des lettres et sciences humaines d’Alger, t. XXXIX, Paris, PUF, p. 124.

[39] En 1976, l’APC de Soumaâ recense 114 « gourbis dans les exploitations autogérées de la commune » dont 47 ont le chef de ménage occupé dans l’agriculture. Source : Wilaya de Blida, département de l’agriculture : document intitulé Recensement des indus-occupants, 1976.

[40] Exemple : les deux groupements de 12 et 14 logements retenus pour des ouvriers des DAS de la commune de Soumaâ.

[41] Exemple : 24 logements réalisés en 1978 à proximité de l’ex-« haouch Ghraba ».

[42] Complétées souvent par quelques équipements de base : une école, un centre de soin, un siége de sécurité.

[43] Cette expression repère l’unité par désignation de représentants mâles de deux générations. Cette forme d’identification, observée plutôt chez les anciens habitants, si elle constitue une reconduction du principe de la filiation, sert en fait aujourd’hui à repérer dans la diversité qui caractérise la population du douar les segments des groupes parentaux désormais disloqués.

[44] Des segments familiaux finissent par quitter les lieux d’habitation fortement occupés pour des constructions sommaires réalisés à proximité immédiate.

[45] Les nouvelles constructions sont des maisons-immeubles, de trois à quatre niveaux, offrant la possibilité de réunir les fils mariés occupés au niveau du rez-de-chaussée réservé à des activités non agricoles.

[46] Cette évolution est relevée dans l’ensemble du pays comme le note Côte, M. L'habitat rural en Algérieop.cit., p. 315.

[47] Il s’agit en résumé d’un mouvement d’appropriation des ressources de la nouvelle collectivité nationale qui s’accumulent et se transmettent au travers d’appareils administratifs, partisans, de défense des droits et de réseaux de relations, favorisant les fraternités exclusives d’intérêts et d’aide mutuelle.

[48]Elle Effectuer la sélection des sollicitations étatiques, y compris celles liées par la suite à la révision des options politiques, auxquelles elle obtempère et celles qu’elle rejette.

[49] A propos de la ruse vis-à-vis du travail salarié chez les colons voir Bourdieu P., Darbel A. Rivet J.-P., Seibel C. (1963) Travail et travailleurs en Algérie. Paris-La Haye, Mouton, 1963 et avec Sayad A. (1964) Le déracinement. La crise de l'agriculture traditionnelle, Paris, Les éditions de Minuit.

[50] Soit l’adhésion à la caution que représentent à la manière d’être moderne les commodités offertes sur le marché depuis la fin des années 80.

[51] Engagement affirmé par l’irruption d’un nouveau mobilier, produit en série ou sur commande auprès d’un artisan proche, soulignant ainsi le rôle de l’habitat comme instrument de distinction, servant à valider un statut. Avec le rajout de signes anciens (photo, document, produit artisanal), le rangement prend l’allure d’agencement entre présent et passé. Cela est en fait illustratif en même temps de la manière dont la femme juxtapose dans son « chez soi » références urbaines et traditionnelles. Tout se passe en effet comme si l’épouse, dans son rôle d’organisatrice, concédait une faveur : donner un avantage à la famille d’accueil par une mise en valeur de ses souvenir en compensation du consentement accordé à sa propre liberté d’allure. 

[52] Et celui des proches.

[53] Cette facilité est assez récente. Sur l'ensemble des logements ruraux en 1966, seuls 7 % étaient rattachés à un réseau de distribution d'eau et 5 % au réseau d'électricité.

[54] Comme c’est le cas à l’école publique.

[55] Déjà auparavant, une même population peut se superposer, telles les tribus touaregs de l’Ahaggar au « chez soi » de « la tiédeur de la tente » familiale celui du « terrain de parcours habituel » délimitant le territoire de leur confédération. De nos jours, les dedans autres que domestiques apparaissent plus nombreux. À propos de l’Algérie voir Chaulet, C. (1989), Représentations des dehors, in Espaces maghrébins. Pratiques enjeux, URASC-EWAC, éd. CRASC, 1989, p. 151-155.

[56] Les familles installées de fraîche date et en situation de précarité se retrouvent plus dans des groupements de solidarité native. Les jeunes membres de familles plus anciennes s’affilient davantage dans des fraternités formelles (lieu de travail, structure représentative) ou informelles telles les chaînes de relations qui lient des individus entre eux au sein de réseaux sociaux.

[57] Centrée sur le confinement au foyer de la femme, admis jusque-là par l’ensemble des membres, la mésentente se révélait moins intense. Signalons ici que le nouveau repérage inclut d’autres aspects. A la lente diffusion, néanmoins plus accélérée au cours de la première phase post-indépendances, de l’habillement ajusté et moulant, qui, rendant peu pratique une partie de la gestuelle habituelle, comme s'asseoir et s’agenouiller, a modifié le rapport au sol, est ainsi substituée la proposition d’un autre modèle d’accoutrement. Il s’agit d’un archétype vestimentaire ample qui aspire à rétablir la norme antérieure du rapport au sol.

[58] Cela n’exclut pas des synergies qui se créent entre ces différents acteurs.

[59] La poursuite de notre observation se limitant aux anciennes familles, nous faisons l’hypothèse que ce changement demeure variable et touche différemment les anciens ensembles parentaux, pris pourtant tous dans un mouvement d’atomisation.  

[60] Agissantes façon erratique, les règles traditionnelles entrent certes en jeu d’abord  comme ligne de conduite de répartition des tâches. Le rapport de pouvoir issu de la famille traditionnelle oriente les rôles alors même que les référents explicites changent. Ces repères opèrent ensuite comme normes de comportement interne tel le rituel d’expression et de relation entre les sexes et les générations. Ces mêmes préceptes fonctionnent enfin comme mémoire et souvenir de ce qui était avant. Une partie des usages transmis sont interpellés à certaines occasions. Une sorte de réveil intermittent permet une conciliation entrecoupée avec les routines traditionnelles alors même que le contenu culturel traditionnel cohérent cesse d’être vecteur des comportements.

[61] Formulé précédemment d’une même manière face à un extérieur mis à distance.

[62] Faut-il finalement voir là le passage d’une situation de maintien d’une tradition érodée par la misère coloniale à celle d’une corrosion de ce même legs altéré depuis par le souci du bien-être matériel et de l’ostentation ?

[63] Y compris les proches et le voisinage.

[64] En dépit des variantes qui distinguent les deux phases post-indépendance, l’intérieur aménagé et vécu durant cette période se caractérise par son rapport à l’environnement extérieur. Séparé de ce dernier sur le plan spatial, il se révèle plutôt proche en matière de références et de comportement.

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