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Le fait montagnard. Petite mise au point

Insaniyat N°53| 2011 | La Montagne : populations et cultures | p. 11-16 | Texte intégral 


The mountain dweller phenomenon, a slight clarification

Abstract: The mountain is an exciting case study, because it enables us to bring geographical determinism risks to evidence. At a planetary scale, certain mountains reveal the highest human densities others among the lowest. Even in the Maghreb the mountains offer very different models. But today all of them are situated in a modern context in a marginal situation, nevertheless all of them have potentialities which cannot be denied.

Keywords: determinism, Maghreb, mountains, conservation, innovation, fringe


 Marc CÔTE: Université Marseille II, Marseille, France. 


Attention aux déterminismes … !  La montagne est un cas d’étude passionnant, parce que probablement le plus beau thème permettant de mettre en exergue les risques de tout déterminisme géographique. Tentation trop fréquente, qui reflète un enseignement mal compris de la géographie, et empêche de réfléchir correctement.

Les Occidentaux portent au fond de leur pensée que la montagne est un milieu déshérité, difficile, peu propice à l’homme, où l’on ne peut vivre qu’au prix de profondes adaptations. Et donc que l’aménagement actuel de la montagne impliquerait la levée de lourdes contraintes.

Or, lorsque on élargit sa vision à l’échelle de l’humanité entière, l’on se rend compte que les rapports de l’homme à la montagne comportent des formes extrêmement diverses. Il est même peu de domaines dans lesquels les réponses de l’homme à un domaine écologique aient été aussi différenciées.

En Chine et dans une large partie de l’Asie, les montagnes sont vides. Toute la vie humaine s’est organisée dans les plaines, unies et plates, profondément mises en valeur, et où s’accumulent des densités qui peuvent être énormes. Dès que commencent les pentes, le peuplement s’arrête. « En Asie, la montagne commence avec l’isohypse 15 mètres », disait un géographe spécialiste de cette partie du monde. La montagne est le domaine de la forêt et d’un élevage extensif, elle est le domaine de petits groupes ethniques morcelés et différents des Hans, c’est plus encore (vu par ceux-ci) un monde de peur, de pauvreté, de génies malfaisants. Dans une Asie surpeuplée, la montagne est vide.

A l’autre bout du monde, dans l’Amérique du Nord fortement développée, même vide montagnard.

En Europe, les montagnes, telles les Alpes, portent depuis longtemps des densités moyennes, avec des formes d’adaptations étroites au milieu, à travers l’élevage d’altitude, la transhumance, un habitat confortable en bois. L’adjonction des sports d’hiver aux activités anciennes a redonné une vitalité à la partie élevée de ces massifs, et y a permis une stabilisation, voire une reconquête du peuplement.

Troisième cas de figure, les montagnes de fortes densités humaines, que l’on trouve autour de la Méditerranée, mais aussi dans certains massifs africains, et dans la chaîne des Andes. Là, les densités peuvent être si élevées (100 à 400 habitants/km2), que l’on assiste dans certains cas à ce que l’on appelle des « inversions de densité », c’est-à-dire que ces montagnes portent des densités supérieures à celles des plaines voisines./ Les densités des montagnes tropicales trouvent une explication dans le fait climatique, qui les rend plus saines que les plaines des bas pays humides et moites. Mais dans des montagnes comme les Kabylies, le Yémen, l’Ethiopie, le Caucase, les Andes, les fortes densités sont un fait de société, d’histoire, de culture, propre à ces groupes humains.

Un coup d’œil sur la planète montre donc que certaines montagnes portent des densités de 1 hab/km2, d’autres de 400. Il n’y a pas de déterminisme de la montagne, les sociétés humaines ont établi des rapports très divers avec ce milieu écologique.

Milieu physique et fait montagnard.

Il faut revenir à ce qui fait la définition de la montagne. En première approximation, c’est un fait physique, écologique, un milieu qui se caractérise par quelques critères précis. Encore que, déjà à ce niveau, les ambiguïtés existent.

On parle d’altitude pour caractériser la montagne. Or le territoire algérien est un bel exemple pour montrer que l’altitude ne fait pas la montagne, que les Hautes Plaines algéro-oranaises sont perchées à 1000 mètres d’altitude, alors que dans les massifs du Tell, à 300 mètres d’altitude, l’on est déjà dans une ambiance montagnarde. Ce qui définit la montagne, c’est la pente. La pente, modérée ou forte, crée des paysages, des contraintes, des aptitudes, un territoire particulier. Il y a montagne lorsque ces pentes comportent une grande étendue : on parle de montagne à partir du moment où la dénivellation entre points hauts et points bas est suffisamment forte pour que l’on soit en présence de plusieurs étages climatiques, (et donc de plusieurs étages de végétation et d’agriculture). On retrouve là, indirectement, le rôle de l’altitude, qui fait croître les précipitations, et décroître les températures, suivant un gradient régulier.

La montagne est donc un produit de la nature. Mais le fait montagnard est un fait humain. C’est la société qui valorise ou pas la pente, plante des arbres ou construit des terrasses, privilégie la culture ou l’élevage, organise son habitat en gros villages ou en établissements épars. C’est elle qui situe son centre de gravité en milieu montagnard ou loin dans la plaine.

Les 3 cas de figure présentés ci-dessus montrent que les sociétés organisent la montagne suivant les systèmes territoriaux et sociétaux qu’elles ont dans la tête. Et que, en fin de compte, il peut y avoir plus de différence entre deux modes d’occupation montagnarde qu’entre la mise en valeur d’une montagne et celle de la plaine voisine. Il n’y a pas de déterminisme de la montagne. Plus encore qu’ailleurs, il est nécessaire pour comprendre un fait montagnard de le saisir dans son épaisseur historique et sa richesse sociétale. Les rapports à la montagne s’enracinent souvent dans ce qu’il y a de plus ancien dans l’histoire de l’humanité.

Les montagnes maghrébines

Elles occupent une superficie importante du territoire maghrébin. Schématiquement, leur étendue est égale à celle des plaines. En Algérie, les services officiels comptent 500 communes « montagnardes », soit 1/3 des communes du pays, avec 20% de la population du pays.

Historiquement, les montagnes ont été des milieux d’implantation humaine privilégiés, souvent les plus anciens. Le choix de la montagne a été un choix de société, apte à valoriser ces pentes égouttées, aux sols légers, à la végétation ouverte, au climat aéré, plutôt que les terrains lourds et humides des bas fonds. Elles utilisaient ceux-ci pour pâturage, mais s’installaient sur les hauteurs. Les populations berbères d’il y a 6 ou 8 millénaires étaient très majoritairement des terriens, des paysans, des montagnards.

Territorialement, elles y ont organisé une vie montagnarde fondée sur le principe de la complémentarité. Le phénomène d’étagements altitudinaux suscite dans beaucoup de pays une organisation valorisant les complémentarités, le principe au Maghreb y atteint les formes les plus élaborées : pluri-propriété des sédentaires, transhumance des semi-nomades, échelonnement des récoltes le long des versants, louage des bras dans le bas-pays à la morte saison, découpage des finages à cheval sur plusieurs étages. La valorisation de la virtualité des complémentarités est une réussite maghrébine. On ne comprendrait rien de son histoire, ni de ses territoires, si l’on négligeait ce point.

Démographiquement, ces montagnes ont ainsi été amenées à porter de fortes densités de population. Non que celles-ci y aient été « refoulées ». Mais elles s’y sont accumulées depuis des millénaires, au point que les montagnes ont souvent fait figure de môle de peuplement, redistribuant leurs populations vers les plaines alentours.

Politiquement enfin, et pour ces différentes raisons, les montagnes ont joué un rôle souvent fondamental dans l’histoire du Maghreb. Refuge, môle de peuplement, bastion d’entités politiques, toute l’histoire maghrébine est pleine de la présence de la montagne : Almohades descendant du Haut Atlas,  Chaouïas menant la guerre dans le massif des Aurès, Kutama s’élançant de la petite Kabylie vers des territoires lointains, Rif et Grande Kabylie résistant aux guerres de conquête coloniale, jusqu’aux régionalismes montagnards qui transpercent au sein des Etats modernes…

Par-delà ces lignes de force, il faut noter encore qu’il n’y a pas un modèle unique de montagne maghrébine. Milieux physiques et histoire se sont combinés pour susciter des systèmes différenciés. L’on peut distinguer au moins trois modèles de montagnes maghrébines :

  • - les montagnes atlasiques, tendues du Haut Atlas à l’Aurès : peuplées de paléo-montagnards, mises en valeur par cultures irriguées en terrasses (+ élevage transhumant), portant des densités moyennes seulement, par suite de l’exiguïté des terres arables dans ces massifs calcaires rocheux. Mais ayant fonctionné souvent comme môle de peuplement pour les périphéries.
  • - les montagnes du Tell (partiellement), depuis le Rif jusqu’à la Khroumirie en passant par Grande et Petite Kabylie : montagnes de néo-montagnards, parce que peuplées moins anciennement, sédentaires villageois, mise en valeur à base d’arboriculture, elles ont gardé leur croit démographique et atteignent des densités très élevées aujourd’hui
  • - les montagnes d’agro-pasteurs. Dahra, Tessala, Beni Chougran, Titteri, montagnes d’Annaba, Tell tunisien : montagnes physiquement similaires aux précédentes, mais peuplées par des pasteurs des plaines, qui les ont investies et y ont transposé leurs modes de vie et d’agriculture. Ni terrasses, ni plantations, mais céréaliculture et élevage. Etaient en équilibre avec ce monde de pentes, par la faiblesse des densités ; mais risque de dégradation du milieu dès que la population augmentera.

Le fait montagnard dans le Maghreb actuel.

La donne actuelle a changé bien des choses. A travers colonisation et régimes indépendants, les XIXe et XXe siècles ont provoqué un changement radical dans les rapports à la montagne. Le monde moderne s’est construit sur les plaines, les bassins, les vallées, le littoral. Tout le Maghreb a été entrainé dans un vaste retournement de la montagne vers la plaine.

La première conséquence en a été, sur le plan matériel, l’enclavement montagnard. Toutes les infrastructures étant tracées dans les plaines et vallées, les secteurs montagnards se sont retrouvés à l’écart, mal desservis par les moyens modernes, loin des pôles et villes.

La seconde conséquence a été, sur le plan économique, la marginalisation de la montagne. La vie économique se centrant sur les villes, les zones industrielles, les périmètres irrigués, la montagne a dès lors été considérée comme un espace peu productif. Même les montagnes proches de la capitale (Grande Kabylie par rapport à Alger, Zemmour-Zaïr par rapport à Rabat) sont aujourd’hui marginalisées.

Ainsi, la représentation que l’on avait de la montagne a basculé. Ce territoire est devenu une espace secondaire, peu utile, pesant à l’économie nationale.

Dans les rapports entre la communauté nationale et la montagne, l’on peut distinguer plusieurs étapes :

  • - dans un premier temps la montagne, espace périphérique, a été négligé. Des réajustements spontanés se sont fait par exode rural, longtemps bridé, mais devenu dans certains cas massif ;
  • - par la suite, il est apparu que, vu sa population et son histoire, ce territoire ne pouvait plus être négligé, il devait être pris en charge (au même titre que la steppe ou le désert) et intégré dans le territoire national, par une politique d’homogénéisation (mêmes structures administratives, mêmes plans de développement que le reste du territoire) ;
  • - ce n’est que tout récemment (2004 en Algérie) qu’une politique spécifique à la montagne a été définie, de façon à tenir compte de ses spécificités, et faire appel à des démarches appropriées.

Mais, dans ces nouvelles étapes, la montagne est toujours vue dans sa pesanteur : comme un espace déshérité que la communauté nationale se doit – par souci d’équité ? de contrôle social ? – de prendre en charge.

Or, les montagnes maghrébines n’ont-elles pas des virtualités par elles mêmes ?

Conservation et innovation. Dans la représentation très générale, la montagne est synonyme de conservatisme. Représentation qui peut avoir une connotation positive ou négative, et comporte une part de vrai :

  • - conservatisme des modes d’occupation du sol, dans leur ingéniosité (captages d’eau, terrasses à murettes), comme dans leur précarité (érosion) ;
  • - conservatisme des densités : l’exode rural s’est déclenché beaucoup plus tardivement que dans les montagnes d’Europe, les densités demeurent souvent fortes ;
  • - conservatisme ethno-linguistique : sur une carte du Maghreb les taches berbérophones, d’Agadir à la Dorsale tunisienne, coïncident largement avec les secteurs de montagne.

Observations recevables, en première approximation. Mais si l’on regarde de près les évolutions des toutes dernières décennies, l’on se rend compte que nombre de ces montagnes sont le lieu d’une dynamique souvent remarquable. Quelques exemples :

  • * dans le Haut et Anti Atlas, émergence d’un tourisme culturel et sportif, diffus spatialement, qui privilégie le logement chez l’habitant et profite aux économies locales ;
  • * dans le Rif, développement de la culture du kif dans toutes les petites clairières de la montagne, activité qui pose problème au niveau national et international, mais localement permet à ces paysanneries de demeurer sur leurs terroirs exigus ;
  • * en Grande Kabylie, floraison de PME et PMI, à base agro-alimentaire ou matériaux de construction, ainsi que de services de tous types, dans le cadre du réseau villageois dense de ce massif ;
  • * dans les Aurès, le déclin de l’agriculture traditionnelle est compensé très largement par le développement des cultures fruitières (pommiers) et l’émergence d’activités très spécialisées et très localisées (travail de la pierre ici, menuiserie là, travail et commerce de l’or ailleurs) qui assurent un renouveau spectaculaire de l’habitat.

Pourquoi ces dynamiques récentes et localisées ? Quel rapport ont-elles avec le fait montagnard ?

Elles s’enracinent presque toujours dans une émigration de travail à partir des massifs. Celle-ci a entraîné un turn-over important, a fait circuler les adultes masculins en Europe ou dans les villes maghrébines, les a fait « se frotter » aux réalités du monde moderne, les a ramenés provisoirement ou définitivement au pays, leur a fourni les capitaux pour investir dans de petites activités. Dans la vallée du Dadès comme dans celle de l’Oued el Abiod, c’est cette émigration qui, appuyée sur des structures sociales demeurées solides en ces montagnes, ont fait surgir des activités innovantes.

L’État est un acteur important en territoire montagnard, les sociétés locales le sont tout autant. Une bonne gouvernance doit prendre en compte ces deux faits.

 

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