Langue et démocratie. Colloque international, Société Néophilologique, Université de Tampere, Finlande, du 24 au 26 août 2017


Insaniyat N°77-78 | 2017 |Pratiques plurilingues et mobilités : Maghreb - Europe|p. 213-216 | Texte intégral


Le colloque international « Langue et démocratie » qui s’est déroulé  du 24 au 26 août 2017 à Tampere en Finlande célébrait les 130 ans de la Société Néophilologique de l’Université de Tampere et le centenaire de la déclaration d’indépendance de la Finlande

Il proposait de réfléchir à la façon dont la notion de démocratie peut être comprise dans l’emploi langagier.

L’objectif de l’appel était de mettre en lumière des études systématiques des usages langagiers démocratiques dans un contexte socioculturel donné ou celles qui interrogent les relations entre langue et démocratie à un niveau plus abstrait.

Quatre conférences plénières, vingt quatre communications et douze posters ont été retenus et ont permis d’ouvrir largement le débat sur des questions diverses et importantes, à savoir :

  • La langue et l’égalité ;
  • Les idéologies linguistiques ;
  • Les politiques linguistiques;
  • Le plurilinguisme ;
  • Les discours sur la démocratie;
  • Le discours des médias et la démocratie.

Conférences plénières 

Jörg Kilian, philologue et didacticien de la langue allemande à l'Université Christian-Albrechts-zu Kiel, a mis en exergue le lien entre le concept de démocratie et le langage politique. Il souligne que la démocratie en tant que forme politique, forme de gouvernement et ordre social rend l'utilisation de la langue politique particulièrement spécifique. Il s’interroge, notamment, sur les relations entre la langue et la démocratie, le rôle de la biographie langagière dans ce processus et tente de déterminer dans quelle mesure leur acquisition et leur développement peuvent être modélisés linguistiquement et didactiquement.

La sociolinguiste Sirpa Leppänen de l’Université de Jyväskylä, en Finlande, se propose d’analyser les pratiques des médias et réseaux sociaux en lien avec les enjeux socioéconomiques, culturels et politiques actuels. Son objectif principal est de démontrer comment ces pratiques permettent d'interroger de manière critique et de participer à la construction de discours et de débats en lien avec le genre, l’ethnicité, la race et la nationalité.

Albin Wagener de l’Université de Nantes tente de mettre en exergue la menace qui pèse sur le régime démocratique balloté entre « complotisme » et consensus. Il souligne « qu’il s’agit de réponses à une crise fondamentale de ce qu’est le débat démocratique – et notamment l’un de ses fondements incontournables, à savoir l’intersubjectivité radicale, qui théorise le fait que l’exercice démocratique suppose une posture de sujet à sujet qui soit à la fois bienveillante et sincère, propice à la pratique du débat ». Afin de redonner goût au débat démocratique, il propose, pour ce faire, de faire appel à un nombre important de structures : écoles, associations, entreprises ou collectivités publiques.

Ruth Wodak de l’Université de Lancaster s'inspire des exemples récents des États membres de l'UE (et au-delà) pour analyser la tentative des partis populistes de droite pour créer de façon discursive, d'une part, les peuples « réels » et les « vrais » peuples, construisant ainsi un imaginaire quasi-homogène de l'État-nation. D'autre part, il considère, dans ce cas de figure, que les « élites » ou « l'establishment » sont, arbitrairement, exclus du vrai « peuple ». Avec des exemples des campagnes présidentielles américaine en 2016, autrichienne de 2016, et la campagne présidentielle française de 2017, elle appréhende la portée du discours de la droite populiste qui constitue une tentative pour « revenir en arrière » et qui propose par la même un agenda pour saper les institutions démocratiques. Elle analyse enfin les raisons pour lesquelles de telles divisions résonnent si bien dans de nombreux pays. Communications Venant de divers pays du monde, les communicants ont apporté des réponses aux interrogations générées par l’appel à communication en les liant, à chaque fois, aux contextes linguistiques et culturels en présence. Parmi ces questions, nous pouvons citer celles de l’officialisation de la langue berbère en Algérie, de la mise en exergue des idéologies, des politiques linguistiques dans divers pays et du traitement dévolu aux langues dites minoritaires ou minorées, ainsi que la question de l’égalité législative en lien avec le processus démocratique, celle de la « démocratie » dans les discours politiques, des options linguistiques dans les sites administratifs ouverts aux publics, notamment en Finlande et Hongrie, celle des discours alarmistes de la presse britannique durant la période qui précédait le Brexit et aux USA dont l’objectif premier était de susciter le rejet et la panique à propos des migrants, ces êtres « indésirables ». En outre, la question des représentations et des stratégies discursives via Internet et les réseaux sociaux a été largement évoquée comme celle des discriminations linguistiques et de la hiérarchisation des langues.Posters

Les posters présentés ont eu comme finalité d'explorer la manière dont les idiologies linguistiques sont présentées et de déterminer les choix idéologiques sur lesquels le curriculum éducatif s’adosse. Il a été constaté que la notion de « démocratie » est omniprésente dans les textes de présentation qui insistent sur l’égalité des droits et de traitement à l’égard des individus. Ainsi, il a été recommandé de faire de la traduction, notamment vers les langues dites minoritaires, un impératif de sauvegarde des ces idiomes et de protection de leurs usages. Pour ces  auteurs, la traduction est l'une des principales stratégies pour la mise en œuvre de politiques favorables au plurilinguisme et aussi un moyen efficace de rendre plus présente l'utilisation d'une langue particulière dans différents médias et domaines.

D’autres thèmes pertinents dans les domaines de la sociolinguistique et de la politique linguistique, de la linguistique et du plurilinguisme et des études de traduction ont été évoqués. Ainsi, un poster relatif à la démocratisation, à la médiatisation et aux pratiques langagières en Grande Bretagne de 1700 à 1950 analyse différents projets et leurs façons d’user de la variation des textes publics qui médiatisent les idéologies et les valeurs, tels que les articles de journaux, les discours, les textes, les documents parlementaires, ainsi que les romans. Ces textes ont été interrogés par des moyens quantitatifs et des méthodes qualitatives pour mettre en évidence différents aspects de l'interrelation entre la démocratisation et la médiatisation et leur rôle dans le développement et la promotion des pratiques linguistiques. L’analyse a porté également sur les phénomènes liés aux changements dans la rhétorique des discours d'experts, aux marqueurs linguistiques explicites du pouvoir, à la construction identitaire, à la catégorisation et aux pratiques plurilingues.

Abdelhamid BELHADJ HACEN

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