L’image des personnes âgées dans le manga algérien. Étude de cas


Insaniyat N°79| 2018 |Varia |p.67-86 | Texte intégral


Leila Dounia MIMOUNI-MESLEM: Université d'Oran 2, Faculté des langues étrangères, Département de la langue française, 31 000, Oran, Algérie.


Introduction

Aborder les personnes âgées à travers la bande dessinée algérienne est une approche originale qui nous permet non seulement de connaître comment elles sont représentées à travers ce genre littéraire plutôt récent en Algérie, mais aussi d’obtenir des informations sur la société algérienne et ses représentations sur ses séniors.

La bande dessinée algérienne est un genre qui réussit à créer du sens sur la base de l’alliance de l’image et du texte. Étant une œuvre artistique, elle développe un aspect à la fois esthétique et social dans le sens où elle témoigne de la société dans laquelle l’auteur évolue. La société décrite dans la bande dessinée peut être représentée de manière positive, négative ou même nuancée reflétant ainsi l’idéologie de l’auteur et sa vision des choses. Il en va ainsi non seulement de la bande dessinée mais de toute œuvre artistique. La bande dessinée joue sur deux codes : l’iconique et le textuel. Cette « interdépendance et cette complémentarité entre l’image et le texte sont productrices d’informations que le lecteur amalgame et interprète » (Mimouni, 2009, p. 87). C’est grâce à ces deux codes qu’elle dépeint les individus constituant cette société : « La BD témoigne du monde. C’est une manière singulière de rendre compte de la chair du social » (Dacheux, 2014, p. 9). Ces derniers entrent dans différentes catégories renvoyant à l’âge, au sexe, à la classe sociale, au milieu…

Ce qui nous intéresse dans le cadre de cet article, c’est une catégorie bien précise constituant cette société, à savoir celle des personnes âgées. Cette catégorie est très importante dans toutes les sociétés : « Autrefois considérés comme détenteurs du pouvoir dans la famille, les séniors étaient également des « passeurs », transmetteurs de savoirs, de savoir-faire, de traditions ; ils étaient craints, respectés et souvent aimés.» (Moutassem-Mimouni, 2013, p. 12). De ce fait, ils sont souvent présents dans les différentes bandes dessinées produites jusqu’à maintenant en Algérie. Mais les séniors sont-ils toujours représentés de manière positive (« respectés », « aimés ») chez de jeunes auteurs contemporains inscrits dans la modernité ?

Notre questionnement se centre sur : comment sont représentées les personnes âgées ? Quels rôles jouent-elles au sein de la société algérienne selon ces auteurs ? Quel est leur statut pour ces jeunes auteurs inscrits dans la modernité ?

L’objectif est d’étudier l’image qui est donnée des personnes âgées dans la bande dessinée algérienne actuelle à travers l’étude d’une sélection de mangas algériens, édités entre 2010 et 2016 (les premiers ayant commencé à être publiés en 2010). Ces derniers donnent une vision assez récente des personnes âgées et montrent comment cette jeune génération de bédéistes les voit ainsi que le rôle qu’elles ont à jouer au sein de la société algérienne.

Les mangas sélectionnés pour cet article l’ont été sur la base de la représentation iconique et textuelle de personnes âgées, ce qui excluait les mangas qui n’y faisaient pas mention et ceux qui n’y faisaient que rapidement allusion sans les représenter en dessin.

L’analyse du corpus se fera sur la base de l’étude des personnages et des rapports qu’ils entretiennent entre eux (soit les personnages représentant des personnes âgées et les autres personnages membres de la famille) et sur la base de l’analyse des images et la symbolique qui s’en dégage :

  • Dans un premier temps, il s’agit donc d’une étude littéraire, c’est l’image au premier sens du terme (iconique) qui est visée. Nous l’étudierons d’abord sur la base de la description des attributs de la personne âgée (caractéristiques, attributs, objets, etc.).
  • Ensuite, nous tenterons de faire ressortir le rôle que jouent les personnages âgés, pour ces auteurs (aspect affectif, émotionnel, rôles sociaux...). De ce fait, cette analyse se fera dans le cadre de la sociocritique connue aussi sous le nom de sociologie de la littérature.

La sociocritique, ou la sociologie de la littérature, est définie comme étant une « méthode de critique littéraire née au cours des années soixante, issue de la sociologie. Elle apparaît comme une tentative pour expliquer la production, la structure et le fonctionnement du texte littéraire par le contexte historico-social ». (Gardes-Tamine et Hubert, 1998, p. 285-286). Cette méthode « replace le texte dans son contexte non seulement historique, mais encore social. » (Ravoux Rallo, 1999, p. 81) Elle part ainsi du principe que l’individu, être social par excellence, est influencé par la société, le milieu, la culture dans lesquels il a grandi. Cette influence transparait dans son texte et permet, de ce fait, de l’analyser et d’en décoder le message.

L’analyse en sociocritique peut prendre trois formes, toutes en rapport avec la société dans laquelle l’auteur a grandi et vécu :

-« la sociologie externe qui étudie la production, comme le fait A. Viala […] en corrélation avec l’histoire, ou R. Escarpit, dans ce qui concerne le livre et sa commercialisation […] ;

- la sociologie externe qui étudie la réception, avec H.-J. Jauss, par exemple ;

- la sociologie interne, qui examine le contenu de l’œuvre à la lumière des méthodes et des concepts sociologiques par des correspondances directes et globales […] ou des correspondances partielles […] la question étant toujours de trouver les moyens de corréler des textes littéraires avec des faits sociaux » (Ravoux Rallo, 1999, p. 81-82).

Ce qui nous intéresse dans cette étude, c’est la sociologie interne. L’analyse sociocritique se fera sur la base de l’observation des représentations des personnes âgées au sein de notre corpus. Nous nous intéresserons donc à l’étude des représentations sociales (concept que nous empruntons à la sociologie) des personnes âgées chez ces auteurs de mangas afin de comprendre le message véhiculé par leurs œuvres. Le concept de représentation sociale est très important car il permet de comprendre le fonctionnement d’une société : « En sociologie, les représentations constituent des construits intellectuels par lesquels les acteurs se rendent intelligible le monde qui les entoure ». (Paugam, 2010, p. 112). Ces représentations naissent du besoin de mieux comprendre le monde qui nous entoure : « Elles nous guident dans la façon de nommer et définir ensemble les différents aspects de notre réalité de tous les jours, dans la façon de les interpréter, statuer sur eux et, le cas échéant, prendre une position à leur égard et la défendre.» (Jodelet, 1997, p. 47). 

Denise Jodelet en donne d’ailleurs une définition assez précise : « C’est une forme de connaissance socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d'une réalité commune à un ensemble social » (Jodelet, 1997, p. 53) 

Etudier donc les représentations sociales des mangakas (auteurs de mangas) algériens en ce qui concerne les personnes âgées nous permettra de montrer comment elles sont perçues par une partie jeune de la population algérienne. Précisons néanmoins qu’elles ne sont pas le fidèle reflet de la réalité car elles « renvoient souvent à une vision subjectivée de la réalité sociale, ne serait-ce qu’à cause des valeurs et des normes de ceux qui les portent.» (Paugam, 2010, p. 113). Elles témoignent au final de la perception et de la vision qu’ont ces auteurs de la réalité algérienne et du rôle des personnes âgées au sein de leur société : ce rôle est-il important ? Est-il positif ou négatif ? Jacqueline Trincaz a traité cette ambivalence dans la représentation des personnes âgées :

« L’histoire montre qu’en fonction du contexte, de ses valeurs et du modèle d’homme idéal qu’elle se fixe, chaque société secrète une représentation plus ou moins positive de cet âge de la vie, pas forcément d’ailleurs en accord avec la place faite aux plus vieux. En Occident, la vieillesse a pu être louée comme la période de la sagesse et du nécessaire respect. Mais plus souvent sans doute, elle a été conspuée comme abjecte et méprisable »[1].

Qu’en est-il en Algérie : la vieillesse est-elle louée ou conspuée chez ces auteurs algériens ?

Quelques notions autour du manga 

Avant de commencer à analyser les mangas constituants notre corpus, nous allons commencer par présenter le manga et ses caractéristiques. Le mot « manga » est un néologisme japonais « issu de deux idéogrammes « man » et « ga », qui signifie « dessins foisonnants», et qu'on traduit aussi par « images dérisoires » ou « dessins grotesques». Ces dessins représentaient, en effet des personnages aux expressions grimaçantes et aux physionomies comiques, caractéristiques que l’on retrouvera dans le manga des temps modernes » [2].

Il désigne actuellement tout type de bande dessinée qui s’inspire du modèle japonais dans le sens où le décor n’est pas très présent et souvent sommaire, les personnages sont dessinés de manière à ce qu’ils soient très expressifs (c’est de là d’ailleurs que vient la caractéristique des grands yeux expressifs). De ce fait, le dessin se lit assez rapidement.

Il en va ainsi pour la majorité des mangas japonais, car ils sont d’abord publiés sous forme de chapitre dans des magazines spécialisés, dont la majorité est hebdomadaire. Cet aspect hebdomadaire ne donne que quelques jours à l’auteur pour dessiner ses planches et faire évoluer son récit, ce qui donne peu de place à des détails d’ordre graphique[3].

Du manga japonais au manga algérien

Passons maintenant à l’apparition du manga algérien. Les mangas japonais qui ont eu un grand succès au niveau du lectorat japonais ont vite été adaptés en dessins animés. Cette phase est essentielle pour comprendre la réussite mondiale du manga japonais. Les dessins animés étant plus faciles à exporter sur le plan international et surtout plus accessibles à tous par le biais de la télévision, ils ont réussi à faire connaitre non seulement la culture japonaise mais surtout les auteurs japonais. Les fans du dessin animé, pour connaitre la suite de l’histoire ou pour tout simplement retrouver les personnages qui les ont marqués, commençaient à lire les mangas par le biais d’un autre média tout aussi important, à savoir internet. Ainsi, de fil en aiguille, les futurs mangakas (auteurs de mangas), bercés par ce type de bandes dessinées, ont ressenti le besoin à leur tour de raconter des histoires sous ce format. Les Algériens ne sont pas en reste. La génération qui était enfant durant les années 90 et celle qui la suivit, bercées par ces dessins animés et ces mangas, ont commencé à produire des mangas algériens. Cela fut surtout possible grâce au soutien de l’Etat algérien à l’édition au début des années 2000 mais aussi grâce à la naissance et au succès du festival consacré à la bande dessinée FIBDA (Festival International de Bande Dessinée d’Alger). La naissance de maisons d’édition consacrées à la bande dessinée et plus spécifiquement au manga comme c’est le cas avec Z-Link a, bien sûr, aussi beaucoup aidé au développement du manga algérien.

L’image des personnes âgées dans le manga algérien 

Les personnes âgées englobent toute personne ayant atteint un certain âge. Cet âge limite à partir duquel on est considéré comme « âgé » a varié suivant les périodes. Durant les précédents siècles, suite aux mariages précoces et au rythme de vie, était considérée comme âgée une personne ayant la quarantaine car elle se trouvait déjà avec des petits-enfants. Mais actuellement, les mariages, plus tardifs (29 ans pour les femmes, 31 ans pour les hommes, selon l’ONS[4] - RGPH, 2008) que pour les précédentes générations, font, entre autres aspects, que l’âge de la vieillesse est passé à la soixantaine, voire plus. Leur rôle a aussi évolué : très important quand la famille élargie était le modèle le plus répandu, il l’est moins maintenant que le modèle nucléaire[5] prime. Le couple qui n’habite plus avec les parents est ainsi plus libre dans les décisions qu’il prend et n’est plus autant tenu d’avoir leur approbation. Les personnes âgées, de leur côté, n’ont plus besoin de gérer certains des conflits vécus par leurs enfants. Nous voyons ainsi que la définition et le rôle des personnes âgées a évolué en Algérie. Quelles sont les multiples facettes de la vieillesse ?

« Le chibani(a)[6] dans la culture algérienne a souvent plusieurs facettes : chibani(a) cheikh ayant un poids d’autorité et de savoir ; le « chibani(a) m’dakdak » décrépi, malade ; le chibani(a) qui veut dire « père ou mère » par pudeur et par respect aux parents avec un zeste de condescendance. Le chibani(a) gachour, c’est-à-dire difficile, inflexible, sévère, rigide. Le chibani(a) ghoriane infantile, dépendant, capricieux. Ces figures de la vieillesse sont parfois contradictoires et indiquent une ambivalence anthropologique qui […] s’organise autour du respect et de la considération des personnes âgées, mais laisse échapper des représentations beaucoup plus sévères, chargées de pitié, de craintes et parfois d’aversion et de haine (Moutassem-Mimouni, 2013. p. 13) ».

Cette citation de Moutassem-Mimouni dégage différentes facettes des personnes âgées en Algérie. Ces facettes nous servent, dans cet article, de base de comparaison avec les représentations qui vont apparaitre dans l’analyse de notre corpus et nous permettre de mieux répondre à notre problématique autour de la représentation des personnes âgées : Quelle facette est dominante dans ces mangas algériens ? S’agit-il du chibani(a) : cheikh sage et conseiller ou s’agit-il du m’dakdak, gachour, ghoriane ? Et quel rôle joue-t-il (elle) ? Enfin, comment ce type de personnage[7] est décrit et construit par les auteurs ?

Nous avons sélectionné quatre auteurs et cinq mangas présentant des personnes âgées. La sélection, comme nous l’avons précisé plus haut, a été faite sur la base d’un critère bien précis, à savoir la représentation iconique et textuelle de personnes âgées. De ce fait, nous avons exclu les mangas en notre possession qui ne traitaient pas des personnes âgées.

Nous commencerons par dégager au fur et à mesure les éléments caractérisant la représentation sociale des personnes âgées pour voir si elle est partagée par ces auteurs. Nous ferons ainsi le point à la fin de l’analyse de chaque manga afin de voir s’il y a des caractéristiques communes.

Fella Matougui

La révolution, Editions Z-Link, 2012 

La révolution est un manga historique qui traite de la guerre d’Algérie. Brahim est le personnage principal. Il raconte l’histoire de la guerre d’Algérie à son petit-fils Youcef qui doit faire un exposé.

Durant la guerre d’indépendance, Brahim perd son père à 9 ans alors qu’il avait déjà perdu sa mère. Il est alors orphelin et sans famille. Il est hébergé, avec un autre garçon, par une femme qui a une fille. Cette mère d’adoption sera, à son tour, tuée par l’armée française.

Le petit fils de Brahim a une famille de type nucléaire car il ne vit pas avec son grand-père.

La famille, dans ce manga, disparait et est détruite par l’armée française car tous les jeunes personnages deviennent tôt ou tard des orphelins. L’importance de la famille est ainsi accentuée au sein de la société algérienne car, avec sa destruction, des enfants, êtres fragiles par définition qui ont besoin de la protection de leurs parents, se retrouvent démunis et affamés. L’auteure critique ainsi la colonisation et justifie le combat fait par les enfants contre l’armée française pour l’indépendance du pays. Ainsi, le petit fils, Youcef, comprend les raisons du combat de son grand-père.

Le grand-père ici a un rôle de transmission de son histoire personnelle bien sûr mais une histoire intrinsèquement liée à celle de l’Algérie durant la guerre de libération. Il représente ainsi la mémoire, la personne qu’on écoute car elle est le lien avec le passé, avec sa propre histoire. Il est, aussi, celui par lequel le sentiment patriotique est transmis développant, de ce fait, l’amour du pays.

Sur le plan de la description physique, la vieillesse est signalée par trois éléments dans l’extrait suivant à travers la représentation du grand-père en un plan moyen[8].

                                                                                              Image 1 : La révolution, p. 12.

D’abord, à travers les rides sur son visage (par le biais de traits dessinés à côté des lèvres et du front), ensuite, à travers les vêtements[9] (Lodge, 2009, p. 112) traditionnels qu’il porte (aabaya, aamama …) et la canne khizrana sur laquelle il s’appuie. Etant celui qui transmet le passé, son histoire et celle de son pays, il renvoie ainsi au chibani cheikh, posé, qui possède des connaissances et, de ce fait, il est celui qu’on écoute.

Néanmoins, l’auteur a donné plus de profondeur au personnage en donnant différentes images de ce dernier comme le montrent les extraits suivants :

                                                                                             Image 2 : La révolution, p. 10.

Dans l’image n° 2, c’est le chibani m’dakdak qui est représenté en gros plan[10] : il ronfle et a de la morve sous forme de bulle qui lui sort du nez, dormant la bouche grande ouverte. Enfin bref, sans grande classe. Ceci le montre avec ses défauts et le rend donc plus humain, plus touchant et surtout drôle :

« Les expressions des personnages — les jeux de physionomie par lesquels ceux-ci expriment leurs sentiments ou manifestent leurs émotions —, seront également « interprétés » par le dessinateur, souvent un ton au-dessus (…). Ceci est patent dans la bande dessinée comique où l’exagération des mimiques est chose courante, et sera d’autant plus marquée que l’on recherchera des effets burlesques (Duc, 1983, p. 95.) »

                                                                                          Image 3 : La révolution, p. 11.

Dans cet extrait, c’est encore l’image du chibani m’dakdak, représentée en un plan rapproché[11], qui transparait par le biais de la perte de mémoire. Durant un court instant, il ne se souvient plus de son petit-fils et ce même après avoir mis ses lunettes. La vieillesse apparait à travers différents aspects négatifs renvoyant à la décrépitude du corps : les yeux avec l’utilisation des lunettes et le cerveau à travers les petits problèmes de mémoire. La réaction du petit-fils, à gauche sur le dessin, est drôle car elle montre le désespoir de ce dernier croyant déjà que son grand-père l’avait oublié. Le désespoir du petit-fils au niveau du dessin est représenté par lui, seul dans une case sans décors, la tête contre le mur comme s’il avait besoin d’un soutien. Les traits descendants sur la tête et sur le mur symbolisent, dans le langage de la bande dessinée, les idées noires qui l’ont envahi. Le personnage se sent ainsi seul face à son grand-père qui l’a oublié et ne sait plus du coup quoi faire pour faire son exposé. Cette solitude est d’ailleurs accentuée par l’absence de décors : il est le seul élément représenté dans cette case. Heureusement, la perte de mémoire n’est que de très courte durée puisque le grand-père se souvient de lui et témoigne de la révolution telle qu’il l’a vécue durant son enfance.

                                                                                      Image 4 : La révolution, p. 119.

Ce témoignage historique va susciter chez le petit-fils un sentiment de fierté face au parcours de son grand-père. On le voit sur cette image qui montre le moment où le grand-père termine son histoire en rapport avec la Guerre de libération : le petit-fils est « épaté », ceci est montré par l’expression « Woow ! ». C’est aussi montré sur le plan physique par ses yeux dessinés grands ouverts, son sourire et le fait d’avoir rougi de fierté par le biais des traits dessinés en dessous des yeux montrant que la peau a changé de couleur.

La représentation sociale qui se dégage de ce premier manga englobe les aspects suivants : la personne âgée l’est d’abord en apparence avant de l’être dans son comportement. L’apparence « âgée » est montrée par les rides, le port des lunettes, l’utilisation de la canne et les vêtements traditionnels. Elle est, ensuite, montrée lors des actions du personnage par le biais de son discours indiquant sa perte de mémoire et soulignant ainsi la décrépitude du corps. Enfin, la personne âgée suscite l’admiration de par son histoire et l’héritage qu’elle laisse.

Á la recherche de ma sœur Hayat, Editions Z-Link, 2010

Ce manga est un shôjo[12] dans le sens où il cible plutôt un public féminin. Il est de type fantasy se déroulant en grande partie dans un monde magique. Le personnage principal, Lyam, y est à la recherche de sa jeune sœur disparue cinq ans auparavant car pourchassée par sa mère la reine. Elle est ainsi emmenée par sa grand-mère maternelle qui décide de cacher son identité pour la protéger de sa mère.

Cette image de la mère est, bien sûr, négative car la faisant sortir de son rôle traditionnel de ‘mère aimante’, accentuant l’horreur des actes commis envers sa fille : « La pauvre petite… Avoir une mère aussi cruelle… C’est vraiment horrible ! » (p. 2). Ce sont les paroles de la grand-mère maternelle qui, avec le grand frère et le père,  protègent Hayat.

La grand-mère est donc une figure positive car elle protège Hayat de sa propre fille.