Entretien


Insaniyat N°82 | 2018 |Le texte romanesque: espace et identité|p. 13-20 | Texte intégral



Né à Oran en 1948, Abdelkader Djemaï est l’auteur d’une vingtaine de romans, de récits et de livres de voyage publiés aux éditions du Seuil,  chez différents éditeurs et en poche. On lui doit deux trilogies avec un Été de cendres, Sable rouge, 31 rue de l’Aigle, Camping, Gare du Nord et Le Nez sur la vitre, et d’autres romans comme Un Moment d’oubli, Zorah sur la terrasse-Matisse à Tanger, La Dernière nuit de l’Emir, Une ville en temps de guerre, La vie (presque) vraie de l’abbé Lambert et Le Jour où Pelé. Certains de ces titres ont été réédités aux éditions Barzakh. Deux livres de voyage Le Caire qui bat et Impressions d’Algérie ont paru aux éditions Michalon et La Martinière. Il a longtemps exercé le métier de journaliste notamment à La République, à l’APS et à El Moudjahid.

La ville d’Oran est au cœur de votre œuvre littéraire. Vos récits sur la fin de la guerre et le début de l’indépendance ainsi que la saga de l’Abbé Lambert et la chronique sur Camus à Oran sont là pour en témoigner.

Hadj Miliani : Comment évoquez- vous la ville d’Oran à travers vos livres ?

Abdelkader Djemaï : Toute ville, particulièrement si vous y êtes né et où vous avez longtemps vécu, peut, d'une manière récurrente, parcellaire ou implicite, accompagner un travail de création. C’est un lieu, à la fois familier et toujours vivant en vous, qui pourrait contribuer, par les moyens de l'écriture, à la naissance de récits. Dans le décor presque inchangé d'Oran, la matière est à portée de la main. Elle est faite d'images, de souvenirs, d'odeurs, de bruits, d’anecdotes, d’événements dramatiques ou heureux. Il s’agit pour moi de nourrir, à travers des faits, des atmosphères, des situations et la vie de personnes, comme mes grands-parents, des voisins ou des amis d'enfance, des romans qui soient au plus près de la réalité et du vécu de chacun. Beaucoup de mes textes sont en grande partie autobiographiques. Dans Une ville en temps de guerre (Benkada, 2014, p. 302-307) j’ai tenté, à travers les yeux d’un adolescent, Nouredine, d'évoquer la période sanglante de 1961- 1962 où la ville souffrit des atrocités de l’OAS. Les quartiers algériens comme Mdina-Jdida où il est né, et européens, comme le Plateau Saint-Michel, étaient séparés par des barbelés, tout cela sur fond d’attentats, de fusillades et d'explosions comme celle, un jour de Ramadan, de la voiture piégée sur la Tahtaha[1]. Dans Camping un enfant de onze ans passe, au début des années 90, ses premières vacances avec sa famille sur la plage de Clairefontaine où j’ai séjourné avec les miens.

C’était, avant la décennie noire, une époque presque insouciante. Dans mon dernier livre Le jour où Pelé, je raconte le fameux match qui a, le 17 juin 1965 au Stade Municipal, opposé, en présence du président Ben Bella, la grande équipe du Brésil et notre héroïque équipe nationale avec Mekhloufi, Zitouni ou Oudjani. C'était deux jours avant le coup d'État du colonel Boumediène. J’ai voulu rendre l’atmosphère, les espérances, une forme de naïveté et d’enthousiasme qui, malgré les difficultés de toutes sortes, prévalaient en ces années-là. Certains de mes livres, tels Un été de cendres, 31, rue de l'Aigle, Sable rouge ou La dernière nuit de l'Emir prennent en compte l'histoire immédiate ou lointaine pour raconter celle d'une ville, d'un pays ou d'un individu.

Hadj Miliani : Comment le parcours du controversé Abbé Lambert a marqué, selon vous, l’histoire d’Oran durant l’entre-deux guerres ?

Abdelkader Djmaï : L’histoire de l’Abbé Lambert est symptomatique du fait colonial dont le Centenaire avait été, quatre ans plus tôt, célébré en grandes pompes. Avant de devenir, entre 1934 et 1942, maire de cette cité longtemps condamnée à boire de l'eau saumâtre, il avait été, en sa qualité de sourcier, chargé de trouver de l'eau douce. Dans La vie (presque) vraie de l’abbé Lambert il m'a semblé intéressant, à l'heure où la religion fait débat, de mettre en scène, alors que les Algériens continuaient d'être ignorés et méprisés, ce prêtre défroqué venu de la métropole, grand amateur de femmes et d’anisette et dont le souvenir dans la mémoire oranaise est resté anecdotique. Interdit de sacerdoce par sa hiérarchie - cela ne l’empêchera pas de continuer à porter la soutane et le casque colonial -, ce brillant orateur, redouté par ses adversaires, avait réussi, dans la ville la plus catholique d'Algérie, à se faire élire par la population européenne, particulièrement d’origine espagnole. Raciste, antisémite et fasciste, Lambert soutiendra par ses interventions à la radio et par ses écrits, publiés à Paris, sous l’Occupation, Franco, Mussolini et Hitler. Il mourra, en 1979, tranquillement dans son lit et sera religieusement enterré à Antibes.

Hadj Miliani : Que retenez-vous de la relation entretenue par Camus avec Oran ?

Abdelkader Djemaï : Le rapport d'un écrivain avec une ville peut être heurté, amoureux, distant ou empathique. La gravité de La Peste, l'humour débonnaire du Minotaure, les notations poétiques des Carnets et du Petit guide pour des villes sans passé, témoignent qu'il n'était pas indifférent à cette ville qui appartient, par son mariage, à son histoire familiale. Né près de la place Hoche, Emmanuel Roblès, écrit, dans sa préface à mon Camus à Oran, que ce dernier, avait, selon son propre aveu, vécu, au pied du Murdjadjo qu'Apollinaire admira, des heures profondément heureuses. Du côté de l'histoire littéraire, à 28 ans, c'est au 65 de la rue d'Arzew où il habitait que Camus achève, en février 41, Le Mythe de Sisyphe, entame l'écriture de La Peste, peaufine certains de ses manuscrits, poursuit la rédaction de ses Carnets, étoffe sa correspondance et collabore à des revues. Il recevra aussi – moment important de sa vie d'écrivain - la lettre des éditions Gallimard l'informant de la publication de l'Etranger dont il n'avait plus de nouvelles dans le Paris de l'Occupation.

Hadj Miliani : En quoi l’œuvre d’Emmanuel Roblès (en dehors de sa qualité littéraire) apporte-t-elle de nouveau dans l’imaginaire de la ville d’Oran ?

Abdelkader Djemaï : L'auteur de Monserrat et des Hauteurs de la ville paru en 1948 où le héros, fait rare dans la littérature de l'époque, est un jeune algérien, Ismaïl, a écrit deux romans sur son enfance oranaise, Saison violente et Jeunes Saisons. Il y raconte le quotidien des quartiers pauvres dans une ville opulente où les enfants de différentes origines étaient victimes de l'exclusion et du dénuement. Deux livres émouvants et forts où l'on voit, fait nouveau aussi, l'envers d'une ville coloniale avec ses beautés mais aussi ses laideurs.

Hadj Miliani : Vous avez, en qualité de journaliste, écrit nombre d’articles et de reportages sur Oran. Parmi toute cette production quel sont ceux que vous retiendrez aujourd’hui et pourquoi ?

Abdelkader Djemaï : Je retiendrai, entre autres, les portraits publiés dans La République et El Moudjahid de saints, de savants et de chroniqueurs d'Oran et de sa région. Ceux aussi consacrés aux maîtres du melhoun, de la poésie populaire, comme Mostéfa Ben Brahim, El-Khaldi, Bensmir et à des interprètes- compositeurs tels Hamada, Madani, Houari Blaoui, Ahmed Wahby, Ahmed Saber et M’hamed Benzerga. Côté théâtre, mes articles notamment sur le dramaturge et metteur en scène Ould Abderrahmane Kaki, sur les troupes amateurs et le festival de Mostaganem. J'aime retracer la vie et l'itinéraire d'un créateur, le faire connaître et le rendre accessible au plus grand nombre. À cela s'ajoute le plaisir de la recherche et celui de la rencontre avec l'artiste ou avec ses descendants et ses compagnons qui vous confient parfois des manuscrits, des documents, des photos. J'ai toujours été passionné par l'oralité et par le patrimoine littéraire et artistique, j'y trouve des inspirations, des modèles. Et s'il y a une des choses qui me manquent en France, où j’ai souvent écrit sur ses villes et ses régions, c'est de parler plus souvent l'arabe dialectal, la « derja » que j'essaie, avec d'autres éléments narratifs puisés dans le paysage, l'Histoire et la vie sociale, de glisser dans mes écrits. Sans vouloir faire de grandes phrases, cette volonté participe, sans prétention, à la construction littéraire de ce qu'ont peut appeler l'identité nationale.

Hadj Miliani : Quel est votre regard sur la quête de la question identitaire dans la littérature algérienne ?

Abdelkader Djemaï : Comme une ville qu'on porte en soi, cette quête est implicite, souterraine, constante et ouverte parfois aussi vers l'ailleurs. C'est une préoccupation naturelle et légitime qui a, quelles que soient les langues ou les formes utilisées, toujours accompagnée les créateurs algériens d'hier ou d'aujourd'hui.

Hadj Miliani : À votre avis, de quelle manière, la parabole de La Peste de Camus restitue-t-elle la spécificité de la ville d’Oran ?

Abdelkader Djemaï : La rédaction de ce livre a commencé, en 1941, année ou Camus, après son mariage, à Lyon, avec Francine Faure, s'installe à Oran qui n'a jamais connu ce fléau. Jusqu'à son retour en été 42 en France pour se soigner et rejoindre le journal Combat, il lira, autour de ce thème, des ouvrages médicaux, des romans, des récits de voyage et se renseignera auprès d'Emmanuel Roblès sur le typhus dont avait souffert son épouse dans la région de Tlemcen. Mais plus que ce roman allégorique aux accents symboliques et qui aurait pu avoir pour cadre une autre ville de province des années 40, son essai Le Minotaure ou la halte d'Oran marque une plus grande proximité avec cette dernière. Le centre-ville, l'ambiance des cafés, les boutiques, les cinémas, les avenues, les plages du littoral y sont rendues avec leur pittoresque et leurs charmes. Le poids de l'ennui, les mœurs, les manies, le quotidien de la société européenne qui y vivait en vase clos sont décrites avec un ton parfois ironique qui a fâché une partie de cette population. Dans cette chronique douce-amère manque le sulfureux abbé Lambert, curieusement absent dans l'œuvre littéraire de Camus dans laquelle, on le sait, les Algériens ne sont que des ombres fugaces.

Hadj Miliani : Dans votre œuvre, Oran, est perçue surtout à travers l'oeil de l'enfance et de l'adolescence ?
et l'adulte ?

Abdelkader Djemaï : Même si je vis en France depuis 1993, je reste, parce que je la porte en moi, toujours sensible et attentif à ma ville natale où tous mes proches et mes amis résident. Je continue d'écrire sur elle sous forme d'articles pour les journaux ou dans Qantara, la revue de l'Institut du Monde Arabe. Je l'ai également évoquée dans l'ouvrage Impressions d'Algérie publié, avec des photos de Philippe Lafond, par les éditions La Martinière. J'envisage de donner une suite au Jour où Pelé où, cette fois Nouredine, devenu adulte, vivra les années Boumediène que j'ai connues en tant que citoyen et journaliste.

Hadj Miliani : Quelle est la particularité de la vie des quartiers d'Oran que vous retenez ?

Abdelkader Djemaï : Malgré les difficultés auxquels ils sont confrontés, une belle intensité de vie continue à les parcourir et ils n'ont pas, fort heureusement, perdu leur dimension populaire et humaine ; les liens s'y nouent facilement, comme je l'ai vécu dans les rues et dans les haouch-s[2] où j'ai grandi et que j'évoque aussi dans Le jour où Pelé. Je me souviens encore des voix, des odeurs de lessive, des cris des marchands ambulants avec leurs charrettes, du majmar,[3] des meïda-s,[4] du quinquet à pétrole et du linge qui séchait dans la cour à ciel ouvert. Je n'ai pas oublié non plus les saveurs de la sardine, du bezelouf[5] et du berkoukess. [6]Je crois que c'est dans ces lieux, qui continuent d'abriter des familles modestes et nombreuses, que ma sensibilité littéraire et sociale s'est formée.

Hadj Miliani : Quels sont les artistes et figures d'Oran qui vous ont le plus marqué ?

Abdelkader Djemaï : Blaoui Houari, Ahmed Wahby, Khaled, Cheïkha Remitti, le grand comédien Sirat Boumediène et le dramaturge Ould Abderrahmane Kaki qui m'a beaucoup appris en matière d'écriture et sur lequel je prépare une biographie.

Hadj Miliani : À travers son histoire, les milieux pluriels de la ville d'Oran sont des marqueurs d'identité. Quels sont ceux qui ont disparu et font partie de votre mémoire ?

Abdelkader Djemaï : Peut-être, en premier, les cinémas des quartiers de la Cité Petit où je suis né, d'Eckmühl, de Choupot, de Saint-Antoine avec l'Eldo[7], le Victoria et le Magic. On allait dans ceux du centre-ville, comme Le Régent ou Le Colisée, seulement les jours de l'Aïd où on se sentait riche. C'est dans ces endroits, aujourd'hui pour la plupart fermés, que je me suis ouvert à la culture, au désir de raconter, d'imaginer des histoires. Je dirai que je suis sorti plus d’une salle de cinéma que d'une bibliothèque. Il y a aussi les vieux quartiers comme le Derb[8] et celui historique de Sidi el-Houari qui, malheureusement, a, comme beaucoup d'autres lieux, fortement souffert notamment de la dégradation du bâti.

Hadj Miliani : Comment définissez-vous les territorialités et les frontières de la ville d'Oran (quartiers, centralités, appartenances sociales, etc.) ?

Abdelkader Djemaï : Il ne me semble pas, qu'avec son extension, son autoroute, ses échangeurs, son tramway, ses nouvelles constructions et ses hôtels haut de gamme, que la physionomie et la structure de la capitale de l'Ouest aient beaucoup changé. Pour moi, elle est restée, si j'ose dire, dans son « jus », dans son entièreté bien que les appartenances sociales commencent à être plus visibles. Certains quartiers comme Mdina-Jdida, El Hamri, Medioni ou les Planteurs ont gardé leurs caractéristiques. Lors de mes visites, je retrouve les mêmes problèmes dus notamment à l'exode rural, à la surpopulation et aux difficultés sociales et économiques. Peut-être est-ce là l'avis, non pas d'un touriste ou d'un urbaniste, mais celui de quelqu'un qui veut, sans nostalgie et sans sentimentalisme, conserver dans sa mémoire l'image d'une ville qui appartient à son univers littéraire.

Bibliographie

Djemaï, A. (1986). Saison de pierres. Alger : ENAL.

Djemaï, A. (1995). Camus à Oran. Paris : Éditions Michalon.

Djemaï, A. (1995). Un été de cendres. Paris : Éditions Michalon.

Djemaï, A. (1996). Sable rouge. Paris : Éditions Michalon.

Djemaï, A. (1998). 31, rue de l'Aigle. Paris : Éditions Michalon 1998.

Djemaï, A. (1999). Mémoires de nègre. Paris : Éditions Michalon.

Djemaï, A. (2000). Dites-leur de me laisser passer. Paris : Éditions Michalon.

Djemaï, A. (2002). Camping. Paris : Éditions du Seuil.

Djemaï, A. (2004). Le nez sur la vitre. Paris : Éditions du Seuil.

Djemaï, A. (2006). Le Caire qui bat. Paris : Éditions Michalon.

Djemaï, A. (2006). Gare du Nord. Paris : Éditions du Seuil.

Djemaï, A. (2006). La maison qui passait par là. Nancy : Éditions La Dragonne.

Djemaï, A.  (2007). Un taxi vers la mer. Paris : Éditions Thierry Magnier.

Djemaï, A. (2009). Un moment d’oubli. Paris : Éditions du Seuil

Djemaï, A. (2010). Zorah sur la terrasse : Matisse à Tanger. Paris : Éditions du Seuil.

Djemaï, A. (2012). La dernière nuit de l’émir. Paris : Éditions du Seuil

Djemaï, A. (2013). Une ville en temps de guerre. Paris : Éditions du Seuil

Djemaï, A. (2015). Histoires de cochons. Paris : Éditions Michalon

Djemaï, A. (2016). La vie presque (vraie) de l’Abbé Lambert. Paris : Éditions du seuil.

Djemaï, A. (2018). Le jour où Pelé. Paris : Éditions Le Castor Astral.

Notes

[1] Attentat à la voiture piégée par l’O.A.S., le 28 février 1962, faisant plusieurs dizaines de morts et de disparus.

[2] À Oran, le haouch est la maison collective composée de plusieurs pièces occupées chacune par une famille et donnant accès à une cour qui constitue le centre de la vie commune.

[3] Majmar, littéralement « contenant de braises (jmar), dit aussi kanoun : poterie creuse, en terre cuite remplie de braises ardentes pour la cuisson des aliments ou pour se réchauffer en se rassemblant autour. De petits majmars servent également à brûler des résines aromatiques (benjoin, encens etc.).

[4] Table basse traditionnelle servant à la prise des repas ; contrairement au Taïfour qui est la table basse servant pour les petits déjeuners.

[5] Tête de mouton en sauce ou rôtie.

[6] Plat traditionnel à base de pâtes en forme de gros grains de couscous. C’est le plat des grands jours de froid, en hiver. Il est notamment préparé à l'occasion du Mouloud (naissance du Prophète Mohamed) et de Yennayer. Il est notamment le plat favori servi aux femmes qui sont invitées à la guessaa qui marque les relevailles de la parturiente.

[7] C’est l’Eldorado, un des quatre cinémas du quartier Saint-Antoine. Ces dernières années, il a été démoli et, on a construit à son emplacement l’Hôtel Médina.

[8] Derb el Houd, le quartier israélite.

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