De l’usage des langues dans l’écriture des post-it à Alger


Insaniyat N°88 | 2020 |Hirak, enjeux politiques et dynamiques sociales -Discours et acteurs| p. 119- 139| Texte intégral



Saphia AREZKI: Chercheur associée à l’IREMAM et au CHERPA, Marseille, France.


Le mardi 12 mars 2019, aux environs de midi, des étudiantes et des étudiants commencent à accrocher des post-it sur les murs de la place Maurice Audin, à Alger centre. C’est la troisième marche des étudiants depuis qu’en février, un mouvement de contestation[1] a émergé en Algérie. Progressivement la plaque commémorative dédiée au mathématicien Maurice Audin et les murs situés à sa droite se remplissent de centaines de papiers multicolores. Distribution générale de post-it. Chacun cherche un post-it, un stylo, une épaule sur laquelle noter son message avant de l’accrocher, en prenant soin de toujours laisser le visage du jeune mathématicien découvert. Si par mégarde, un manifestant vient à coller un post-it sur son visage, un autre s’empresse de le décaler.

Figure 1 : Place Audin, 12 mars 2019

 

Le mardi 16 avril, toujours dans le cadre de la marche des étudiants, l’opération est réitérée. Cette fois, c’est à la sortie d’une bouche du métro Tafourah, près de la Grande Poste, que les étudiants, bientôt rejoints par des passants, choisissent d’accrocher leurs messages. L’opération dure bien plus longtemps. Toute la journée, des jeunes et des moins jeunes, étudiants, passants, enfants et personnes âgées viennent écrire leur message avant de l’accrocher et souvent de l’immortaliser par une photographie. Le mardi suivant également.

Lors des premières semaines de contestation, les murs de la ville n’avaient que peu été investis dans le centre de la capitale ; très peu de graffiti ou d’affiches en lien avec le mouvement naissant étaient apparus. À ces trois occasions, les manifestants et les passants se sont réappropriés de manière éphémère les murs de leur ville.

Cette contribution propose d’étudier les usages des langues dans la rédaction de ces messages. En effet, l’analyse de ces messages, accrochés à trois reprises[2] dans le centre de la capitale[3], est l’occasion de réfléchir aux usages des langues à Alger. Avant de décrire plus précisément les données sur lesquelles s’appuient cette étude et de décrypter de manière détaillée le sens des langues employées dans la rédaction de ces messages, il convient de décrire brièvement la situation linguistique de l’Algérie. Attika-Yasmine Abbes-Kara la résume ainsi :

« Le paysage sociolinguistique qui se donne à voir en Algérie aujourd’hui, est plurilingue, situation complexe et multiforme où les langues/variétés de langues en contact semblent créer une configuration sociolangagière kaléidoscopique et singulière (français, arabe classique, arabe dialectal et variantes, berbère et variantes) » (Abbes-Kara, 2010, p. 78).

Si le paysage sociolinguistique de l’Algérie est plurilingue, ce plurilinguisme est d’autant plus fort à Alger, ville plurielle, où les vagues de migrations successives ont apporté des parlers divers de l’ensemble du territoire[4]. En outre, la ville a été un terrain d’études privilégié pour les sociolinguistes (Becetti, 2014). Ainsi, l’observation des langues et des modalités de leurs emplois à travers les messages écrits sur ces post-it offre un angle d’étude original pour mieux saisir la configuration des langues à Alger – et plus spécifiquement dans le centre de la capitale.

Qu’expriment ces étudiants ? Plus largement, que disent ces messages écrits par les Algériens et les Algériennes qui passaient par là ? Quels messages souhaitaient-ils laisser dans l’espace public? Avant d’examiner le fond de ces messages et d’étudier le sens des mots écrits sur ces post-it (ce qui fera l’objet d’un autre article), il convient au préalable de revenir sur la forme et plus précisément sur la langue afin d’expliciter les enjeux de leur utilisation. En quelles langues écrit-on ? Écrit-on la derdja[5] algérienne davantage en alphabet arabe ou latine ? Observe-t-on une corrélation entre le thème abordé et la langue employée ? Tels sont les questionnements auxquels cet article propose d’apporter des premières réponses. Pour ce faire, je présenterai dans un premier temps le corpus sur lequel s’appuie cette contribution avant de m’interroger plus précisément sur les usages des langues.

Présentation du corpus

Constitution du corpus

Le corpus étudié se compose de plus de mille trois cents messages. Pour le constituer, les post-it accrochés ont été photographiés. Ceux qui tombaient sur le sol ont été récupérés. Ils ont ensuite été répertoriés dans des bases de données. Les post-it du 12 mars ont été entièrement recensés, tous ceux récupérés le 16 avril également, ce qui correspond respectivement à 483 et 493 messages. 399 post-it du 23 avril ont déjà été répertoriés.

Les premiers éléments semblent confirmer les tendances générales qui apparaissent lors des deux premières sessions, notamment l’augmentation des messages en derdja. Cette étude n’a aucune prétention à l’exhaustivité. Sur les photographies certains post-it étaient illisibles, quand d’autres, récupérés sur le sol, étaient parfois déchirés.

Cette contribution est envisagée comme une première étape dans l’analyse de ces documents à travers des focus sur les principaux thèmes abordés dans les messages. Dans une perspective d’analyse qualitative, le corpus constitué est conséquent. Il apparaît d’ailleurs que, de plus en plus, « le corpus revêt aux yeux d’une certaine sociolinguistique une valeur qui ne doit rien à son volume » (Boyer, 2002). Ainsi, ce corpus original permet d’envisager des analyses dans de différentes perspectives tant sur le sens des messages accrochés que sur la forme et particulièrement les langues utilisées qui sont l’objet de cet article.

Remarques sur les catégorisations

Tout post-it compréhensible par un arabophone ne connaissant pas la derdja algérienne a été inclus dans la catégorie « Arabe ».

« Derdja-A » renvoie à l’écriture de la derdja en alphabet arabe tandis que « Derdja-L » à une écriture en alphabet latin. Dans quelques cas, les deux alphabets sont employés. Ici, l’emploi de la derdja se caractérise par des expressions typiquement algériennes et par de nombreux emprunts lexicaux au français.

Pour ne citer que quelques exemples en caractères arabes :

[6]ماكاش | « il n’y a pas » que l’on retrouve à de très nombreuses reprises tant sur les post-it que dans les slogans scandés chaque vendredi[7].

لجوناس[8] | translittération en caractères arabe de « la jeunesse », emprunt à la langue française.

Ou encore en caractères latins :

Hshawhlna[9] | que l’on peut traduire par « ils nous ont eus », « ils nous ont dupés ». L’emploi de ce verbe est très probablement une référence à la chanson La Casa del Mouradia des supporters Ouled el Bahdja du club algérois de l’USMA (Union sportive de la médina d’Alger) devenue l’hymne des premières marches – et qui continuait d’être chantée une année après le début de la contestation. Le premier couplet débute ainsi : « F louwla n9olo djazet 7chawhalna bel 3chriaa »[10] que l’on peut traduire par « le premier [mandat en 1999], on dira qu’il est passé, ils nous ont eu avec la décennie [les années 1990] ».

Figure 2 : Post-it du 16 avril 2019

Dans la catégorie « autres langues », on trouve des post-it écrits en kabyle[11], espagnol, italien, allemand ou encore en turc mais qui sont minoritaires, 10 à 14% du corpus, c’est pourquoi ils ont été regroupés dans une seule catégorie.

De la répartition des langues dans l’écriture des post-it[12]

Diagramme 1 : Répartition des langues le 12 mars 2019

 

Diagramme 2 : Répartition des langues le 16 avril 2019

 

Diagramme 3 : Répartition des langues le 23 avril 2019

On constate que l’arabe, la derdja et le français sont les trois langues qui dominent très largement puis qu’elles représentent près des trois quarts des post-it monolingues – et plus de 85% de l’ensemble. C’est sur les usages de ces trois langues que se focalise cet article.

Si le français domine lors de la première session du 12 mars, il est ensuite en recul au profit de la derdja, dans un rapport quasi proportionnel, tandis que l’usage de l’arabe apparaît assez stable. Il est possible de formuler une hypothèse pour expliquer ce changement. Le 12 mars, ce sont principalement des étudiants qui étaient rassemblés suite à leur marche qui écrivaient les messages. Le rassemblement fut plus court[13] tandis qu’il s’est prolongé tard dans la journée les fois suivantes. Les 16 et 23 avril, les lieux où ont été accrochés les post-it sont devenus des lieux de passage, de discussions et de débats auxquels participaient des passants de tous âges, et parfois même des enfants. On peut ainsi supposer que la plus grande hétérogénéité des énonciateurs, qui de fait implique des niveaux scolaires plus divers, a entraîné une augmentation des messages en derdja, langue parlée par un plus grand pan de la population.

Concernant l’alphabet latin, il est nécessaire de relever un usage particulier qui en est fait bien qu’il ne me soit actuellement pas possible de l’interpréter. Dans leur écrasante majorité, les post-it signés par leurs auteurs le sont en alphabet latin même lorsque le message est écrit avec des caractères arabes. Ainsi, le 12 mars aucun des post-it répertoriés n’est signé en caractères arabes, il y en a un le 16 avril et six le 23. Dans son étude sur les graffiti de la Casbah d’Alger, Réda Sebih constate également que « les pseudonymes des jeunes tagueurs [sont] écrits souvent en caractères latins et rarement en arabe » (2019,p . 132). Cet aspect mériterait donc d’être exploré plus précisément afin de comprendre pourquoi l’usage de l’alphabet latin est privilégié pour signer un message ou un graffiti.

Les post-it bilingues ou trilingues représentent entre 10 et 16% de l’échantillon, ce qui confirme l’idée selon laquelle, d’après Abdelali Becetti, « les locuteurs algériens n’utilisent pas les langues dont ils disposent (français, arabe, berbère, entre autres) de façon exclusive, mais passent d’une langue à l’autre selon des modalités communicatives qui font apparaître une flexibilité des usages linguistiques » (Becetti, 2014, p. 35-36). Cela révèle également les capacités des locuteurs algérois à utiliser le code switching – ou alternance codique – définit « comme la juxtaposition à l’intérieur d’un même échange verbal de passages où le discours appartient à deux systèmes ou sous-systèmes grammaticaux différents » (Gumperz, 1989, p. 57), et ce non pas seulement dans l’échange verbal auquel se consacrent la plupart des études (Becetti, 2010 ; Faraj, 2007) mais aussi à l’écrit. Ce code switching se manifeste également par une coexistence des graphies arabes et latines sur certains post-it.

Cette alternance codique à laquelle les locuteurs sont habitués à l’oral et qui se développe depuis plusieurs années dans la communication en ligne (réseaux sociaux, SMS) se retrouve ainsi dans ces messages qui sont donc proches de la langue parlée et des formes d’écrits en ligne (leur format pourrait d’ailleurs rappeler celui du Tweet). Il est cependant probable que cette alternance codique soit plus prégnante à Alger du fait de la sociologie de la ville et de la forte prégnance du français. Il serait ici intéressant de pouvoir comparer avec des messages accrochés dans d’autres villes du pays afin de voir si on retrouve cette alternance codique et dans quelles proportions.

Quelles langues pour quels usages ?

Le plurilinguisme qui prévaut en Algérie, et particulièrement à Alger, permet aux scripteurs et aux scriptrices de choisir la ou les langues dans lesquelles ils veulent s’exprimer au sein d’un large répertoire linguistique. Il s’agit ici d’observer et d’analyser quelles sont les langues qu’ils mobilisent et dans quel contexte à travers quelques cas particuliers.

Les slogans et citations : l’usage de la langue originale

Cette catégorie de messages est écrite dans la langue dans laquelle ils ont été émis : français, arabe, derdja ou kabyle. C’est l’usage de la langue originale qui prime ici.

Les slogans historiques

Le slogan « Un seul héros le peuple », apparu lors de la crise du FLN de l’été 1962, que l’on retrouve à neuf reprises le 12 mars n’est traduit en arabe qu’une seule fois[14]. Tandis que le mot d’ordre سلمية | « pacifique », très rapidement scandé lors des marches hebdomadaires, est écrit quasi exclusivement en arabe. Le slogan kabyle Anarez wala Naknu[15] | « on casse mais on ne se plie pas », qui tire son origine d’un poème du poète kabyle Si Mohand U M’hend (1845-1905 ; Ouaras, 2009), est également écrit dans la langue dans laquelle il a été émis ; aucune traduction n’a été identifiée.

Un post-it bilingue, français - arabe, est à cet égard significatif. Il a été accroché le 12 mars :

 الجزائر جمهورية ماشي مملكة Pouvoir assassin dégage | « L’Algérie est une République pas un royaume. Pouvoir assassin dégage ».

Ce post-it combine plusieurs slogans, passés et présents. Chacun est restitué dans la langue dans laquelle il a été créé, en conséquence on observe une alternance des langues et des graphies employées. « Pouvoir assassin » a émergé lors du printemps noir de Kabylie en 2001[16] qui a fait plus de cent-vingt morts tandis que « L’Algérie est une république pas un royaume » est récent tout comme « Dégage », largement utilisé depuis février 2019, seul ou de manière composé ; dans ce dernier cas « Système dégage » est le plus courant.

Figure 3 : Post-it du 12 mars 2019

Les citations

Tout comme pour les slogans historiques, les citations d’auteurs célèbres sont reproduites dans leur langue originale. Aucune traduction n’a été observée.

Le 12 mars, un scripteur ou une scriptrice écrit, en arabe, les premiers vers du poème « La volonté de vivre » du célèbre poète tunisien Abou el Kacem Chebbi (1909-1934), décédé prématurément à l’âge de vingt-cinq ans : « Lorsqu’un jour le peuple veut vivre, force est pour le destin de répondre »[17]. Ces vers avaient déjà été repris par les contestataires, notamment en Tunisie et en Égypte, lors des « printemps arabes » de 2011, ils auraient d’ailleurs inspiré le célèbre slogan : ﺍﻟﺸﻌﺐ ﻳﺮﻳﺪ ﺍﺳﻘﺎﻁ ﺍﻟﻨﻈﺎﻡ (« Le peuple veut la chute du régime » ; Carle, 2016, p. 165).

Le 12 mars, on trouve un message en derdja qui reprend les paroles de la chanson Y’en a marre de l’USMA : ماكش الرائيس كاين تصويرة[18]. Le 23 avril, ce sont des paroles de la chanson Ultima Verba de Ouled el Bahdja (voir infra.) qui sont reprises sur un post-it en guise d’avertissement au gouvernement : وحنا هوما الابتللاء يا حكومة[19].

Pour finir, la reprise de citations en langue originale est également présente en français à l’image de ce post-it du 12 mars portant une citation de Victor Hugo « Sauvons la liberté, la liberté sauve le reste ».

La liberté est un thème très présent dans les messages inscrits sur les post-it. Il apparaît davantage exprimé en langue française comme nous allons le voir.

La liberté ou la prégnance du français

Le thème de la liberté revient dans vingt-huit messages les 12 mars, vingt-neuf le 16 avril, vingt-six le 23 avril.

Si, le 16 avril, les mots relatifs au champ lexical de la liberté se répartissent équitablement entre arabe et français (neuf occurrences monolingues dans chaque langue), lors des deux autres sessions on constate une prédominance du français. Toutefois, en regardant plus attentivement le contenu des messages, on s’aperçoit que les messages en français sont souvent moins complexes que ceux écrits en arabe et/ou en derdja. Ainsi, sur les seize messages en français du 12 mars qui portent sur ce thème dix sont quasiment identiques : « Libérez l’Algérie » ou « Libérez notre pays ». Cette tendance continue le 16 avril avec cinq messages de ce type et, même sept si on ajoute ceux auxquels est adjoint le fameux slogan « Yetnahaw Ga3 » apparu le 11 mars[20], il en va de même pour le 23 avril. Cette expression ne revient qu’une fois en arabe mais lui est accolé un message de soutien au Soudan, à l’Égypte et à Gaza[21].

On peut émettre une hypothèse qui permettrait d’expliquer en partie cette prédominance à savoir l’influence musicale. Cette hypothèse rejoint le constat selon lequel les messages reprenant de slogans ou des expressions déjà existant sont globalement rédigés dans la langue où ils puisent leur inspiration.

Le 17 février 2019, Ouled el Bahdja, auteurs et interprètes de la chanson la Casa del Mouradia, publie sur YouTube leur dernière chanson : Ultima Verba empruntant le titre à un poème de Victor Hugo. Les paroles sont essentiellement en derdja avec quelques mots en français. Le refrain est une ode à la liberté et celle-ci est chantée en français. Au vu de la popularité des chansons écrites par ce groupe de supporters qui sont largement reprises lors des marches, il est fort probable que les paroles aient influencé le contenu des messages, d’autant que très rapidement la vidéo dépasse le million de vues. D’ailleurs les messages « Libérez l’Algérie » reprennent la même structure que certaines paroles de la chanson qui demandent « Libérez celle qui est otage, libérez la défunte »[22]. Une autre chanson, Libérez l’Algérie – mise en ligne par un collectif d’artistes –, dont l’audience est certes plus faible, a également pu influencer la rédaction de ces messages, notamment au vu de la proximité temporelle entre sa sortie le 1er mars 2019 et le premier évènement d’écriture (Fraenkel, 2018) le 12 mars. Les paroles sont en derdja mais le refrain est en français. En cinq jours, la chanson dépasse les 130.000 vues[23].

La chanson Ultima Verba, déjà très populaire, gagne encore davantage de notoriété suite à l’enregistrement d’un featuring avec le chanteur Soolking. La chanson La Liberté sort le 14 mars 2019. En moins de 24 heures, la vidéo totalise déjà plus de 2.5 millions de vues[24], début juin elle dépasse les cent millions. D’ailleurs, un post-it mentionne quelques paroles de la chanson « La liberté, la liberté NON ça me fait pas PEUR!! »[25]. Soolking est un chanteur extrêmement populaire parmi la jeunesse algérienne, il est très probable que les paroles de cette chanson aient eu une influence sur la rédaction des messages, ceux-ci étant clairement le reflet de la situation du pays dans un temps donné comme l’illustre par exemple l’arrivée massive de l’expression « Yetnahaw Ga3 » en avril.

D’après ces premiers éléments, il y a une corrélation entre la langue employée pour écrire les messages et la langue dans laquelle ils puisent leur inspiration, les messages sont alors reproduits en « version originale » et non par l’intermédiaire d’une traduction. Il s’agit maintenant d’interroger l’existence d’un lien entre la nature du message écrit et la langue employée pour le rédiger.

La sphère de l’affect et les adresses aux « responsables » : l’emploi quasi exclusif de la derdja et/ou de l’arabe

L’étude des messages à travers le temps montre un accroissement sensible du nombre de messages personnels et/ou touchant à l’affect, potentiellement du fait de la plus grande hétérogénéité des énonciateurs. Le thème du mariage et des harraga est à cet égard édifiant. Il s’agit ici de voir « comment en croisant d’un point de vue sociologique et linguistique les expressions recueillies [ici les massages écrits sur les post-it], on fait apparaître des affinités entre formes linguistiques et thématiques sociales » (Bensalah, Joseph, 2004).

Le mariage

Un seul post-it porte sur ce thème le 12 mars, neuf le 16 avril et huit le 23 avril soit dix-huit au total. Seul un est en français les autres sont en derdja, écrits en alphabet arabe. Certains demandent simplement à se marier : حابيت نتزوج | « Je veux me marier »[27], quand d’autres ajoutent à leur message des éléments plus précis sur les difficultés à se marier et notamment le problème du logement, extrêmement prégnant en Algérie, comme en témoigne ce message : خصتنا سكنا باش نتزوجو | « Il nous manque un logement pour nous marier »[28].

La question du mariage est extrêmement importante en Algérie où il « a toujours été considéré comme une étape incontournable dans la vie d’un individu » (Ouadah-Bedidi, 2005, p. 29). L’âge de celui-ci a reculé de plus de dix ans depuis 1966. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène (Ouadah-Bedidi, 2005). Certains peuvent être positifs, comme l’augmentation du niveau d’instruction tandis que d’autres relèvent de contraintes matérielles telles que le taux de chômage important chez les jeunes et la crise du logement. C’est ce dernier facteur qui est mis en avant dans certains post-it. Les destinataires de ces messages liés au mariage ne sont pas désignés clairement, toutefois on constate que l’impératif est employé à plusieurs reprises. Sur les dix-huit messages, dix comportent l’expression « mariez moi » ou « mariez nous »[29]. Le contenu de certains messages paraît indiquer que c’est aux responsables politiques que les auteurs s’adressent, sur un ton humoristique. Ainsi, deux auteurs demandent à être mariés en échange de quoi ils arrêteraient de manifester[30] tandis que deux autres réclament des biens matériels qui leur permettraient de concrétiser ce projet[31], révélant ainsi le malaise sociétal autour de ce sujet mais aussi l’incurie des dirigeants à remédier à ces problèmes.

À travers la question du mariage, les auteurs s’adressent, dans plus de la moitié des cas, à un destinataire qui n’est certes pas nommé mais que l’on peut identifier comme appartenant sans doute à la sphère de l’État.

Plus largement, cela pose la question dans savoir dans quelle langue s’adresse-t-on à l’État ? À ceux qui sont perçus comme les responsables de la situation du pays ? Ces premiers éléments concernant le thème du mariage semblent indiquer que c’est la derdja qui est privilégiée. Un autre élément qui pourrait expliquer cette prégnance est lié au fait que la question du mariage relève de la vie privée et de l’intime ; ainsi pour l’exprimer, les énonciateurs reviendraient à leur langue maternelle[32], « celle qui est porteuse des affects et des symboles » (Abdelilah-Bauer, 2012, p. 33), tout comme pour parler de sujets de société sensibles tels que les harraga.

Les harraga

Littéralement les « brûleurs », il s’agit principalement de jeunes hommes qui tentent de fuir l’Algérie vers l’Europe. On les appelle ainsi car « ils "brûlent" les frontières et les étapes nécessaires à une migration légale » (Souiah, 2012). Cinq messages portent sur les harraga le 12 mars, six lors des deux sessions suivantes.

Sur les dix-sept messages seuls trois sont en français. C’est l’arabe puis la derdja qui dominent largement.

La question des harraga est sensible et avait déjà donné lieu à des manifestations avant que le hirak ne débute[33]. Elle touche à la vie et à la mort, à l’exil. Elle suscite des émotions fortes à l’image de ce post-it du 12 mars : « Mon cœur brûle quand je vois mes frères qui meurent dans la mer à cause de vous, combien de mères ont pleuré parce que vous avez tué l'avenir de leurs fils. Ayez peur de Dieu et partez #pacifique »[34] mais aussi un sentiment de vengeance à l’image de ces post-it: « Au nom des harraga, je suis venue de Constantine pour brûler vos têtes, Aïcha »[35], « On ne va pas brûler vers l’étranger, on va brûler vos têtes »[36]. Ces messages jouent avec la langue et plus précisément avec le sens du mot harraga qui signifie « ceux qui brûlent ». On a ici une inversion, ce ne sont plus les harraga qui vont brûler – leurs papiers, les frontières ou encore leur visa une fois celui-ci expiré – mais ceux qui les ont poussés à l’exil. Pour opérer ce renversement, l’usage de la derdja est alors incontournable puisque c’est à partir de cette langue que le terme a été formé.

 Figure 4 : post-it du 12 mars 2019

Les messages qui portent sur le mariage et les harraga touchent au registre de l’intime et de l’émotion. Il apparaît que, pour exprimer ce type de sentiment, ce soit l’arabe et/ou la derdja qui sont mobilisés. Écrire l’intérieur et les souffrances semble nécessiter l’usage de la langue maternelle comme l’a aussi observé Réda Sebih au sujet des graffiti de la Casbah d’Alger où il note que « L’arabe algérien est présent dans les graffiti exprimant un état d’âme, un  sentiment,  une  souffrance » (2019, p. 144). Par ailleurs, ces messages s’adressent plus ou moins explicitement à ceux qui sont perçus comme étant responsables de la situation. On aurait ainsi deux langues dont les usages relèveraient de deux registres distincts. Dans ce cadre l’arabe et la derdja sont employés d’une part pour exprimer les questions de société et celles qui appartiennent à la sphère de l’intime, et d’autre part pour s’adresser à ceux, non identifiés clairement, qui seraient à l’origine des maux que connaît le pays ; l’usage de langue nationale – l’arabe –, et le plus souvent maternelle – la derdja –, primant ici sur la langue française. Il en va de même pour les messages qui portent sur la justice.

La justice : une demande exprimée en arabe et en derdja

Seuls deux post-it portent sur le thème de la justice lors des deux premiers accrochages. Ils sont en français. « Je vois la police partout mais la justice nulle part »[37] le 12 mars et «Justice indépendante [38]يتنحاو ڨاع » le 16 avril. Le thème est alors marginal. Cependant, le 23 avril, ce thème devient central. Si les mots d’ordre « partez » et « dégagez », exprimés aussi bien en français qu’en derdja (تروحو), en arabe (ارحلوا) ou en anglais (Leave), sont toujours les plus importants quantitativement, le thème de la justice s’impose comme le deuxième le plus abordé avec vingt-trois messages.

Un est en français : « Justice pour les retraités » ; un en anglais, inspiré de la série à succès Game Of Thrones et son célèbre Winter is coming transformé ici en : « Justice is coming #freealgeria » ; tous les autres sont en arabe (12), derdja-A (4), arabe-derdja (5).

Les messages visent des personnalités en particulier :

  • Ahmed Ouyahia, Premier ministre jusqu’à sa démission le 11 mars 2019 :

 الشعب يريد إعدام لحمار تاع أويحيا | « Le peuple veut l’exécution de l’âne Ouyahia »

  • Gaïd Salah, chef d’État-major de l’armée jusqu’à son décès le 23 décembre 2019, et son fils impliqué dans de nombreuses affaires :

تتنحاو ڨاع يا القايد صالح وليدك و القضية تاع "رويبة" وليدك قاتل نفس حاسبه أول| « Vous vous retirez tous. Ya Gaïd Salah, ton fils en particulier, avec l’affaire de "Rouiba". Ton fils est un assassin il doit rendre des comptes en premier »

Le « système » au pouvoir de manière plus globale :

  • يا العدالة أبداو بالرؤوس الكبيرة | « Ô justice, commencez avec les grosses têtes »
  • يتحاكموا ڨع | « Qu’ils soient tous jugés ». L’auteur joue ici sur la paronymie en derdja entre les verbes juger et se retirer du slogan « Yetnahaw Ga3 », très proches au niveau du signifiant mais très différents au niveau du signifié et ce afin de mettre en avant la revendication de changement du « système » à travers l’arrestation de ceux qui sont supposés en faire partie.

La corruption :

  • نريد تطبيق العدالة ضد الفساد بدون إستثناء | « Nous voulons que la justice contre la corruption soit appliquée sans exception »
  • طلبة الشريعة ضد الظلم و الفساد #غير من نفسك | « Les étudiants en science islamique contre l’injustice et la corruption #change »

Et, de manière plus générale, l’absence de justice indépendante :

  • نريد عدالة مستقلة حتى تستقل البلاد | « Nous voulons une justice indépendante jusqu’à ce que le pays devienne indépendant »
  • لمن تشكي الحوتة الى كان القاضي صياد | « À qui se plaint le poisson si le juge est un pêcheur ? »

Le 23 avril les revendications autour du thème de la justice sont donc nombreuses mais se concentrent sur un aspect précis : la corruption et l’indépendance de la justice. En effet, elles exigent principalement que la justice s’empare des multiples affaires de corruption qui ont émaillé la présidence d’Abdelaziz Bouteflika et y mette un terme. Ainsi, ces messages réclament avant tout l’instauration d’une justice indépendante et révèlent, en creux, la défiance des protestataires à l’égard de cette institution[39]. L’exigence de sanctions contre ceux qui ont « mangé le pays », pour reprendre le fameux slogan[40], semble primer sur d’autres formes de justice. Par exemple, seuls deux messages concernent directement les citoyens. L’un réclame la justice sociale[41] et l’autre, en français, « justice pour les retraités ».

L’émergence d’une demande de justice à partir du 23 avril, et le fait que celle-ci renvoie essentiellement aux affaires de corruption, s’expliquent par de nombreux facteurs ; on peut toutefois émettre l’hypothèse que ces messages sont, en partie, une réponse plus ou moins directe au discours du chef d’État-major prononcé le 16 avril 2019, lors d’une visite dans la 4ème région militaire (Ouargla). En effet, ce jour-là, Gaïd Salah affirme « la nécessité pour la justice de poursuive [sic] les individus impliqués dans des affaires de corruption, nous attendons à ce que les instances judiciaires concernées accélèrent la cadence du traitement des différents dossiers concernant certaines personnes ayant bénéficié indument de crédits estimés à des milliers de milliards, causant préjudice au Trésor public et dilapidant l'argent du peuple ». Quatre jours plus tard, le 20 avril, l’ancien premier ministre Ahmed Ouyahia est convoqué par le parquet du tribunal de Sidi M’hamed.

Par ces messages, les scripteurs et les scriptrices affirment qu’ils ne sont pas dupes de l’absence d’indépendance de la justice, du fait qu’elle est aux ordres, en témoigne par exemple la demande que la justice contre la corruption soit appliquée sans exception. Ils en profitent ainsi pour répondre au discours du chef d’État-major et exprimer leurs propres revendications. Pour ce faire, ils usent de la même langue que celui à qui ils répondent.

La demande de justice, si elle prend différentes formes, est presque exclusivement faite en arabe ou en derdja. Notons que « l’administration de la Justice est une de celles qui se sont engagées très tôt dans l’arabisation » (Babadji, 1990, p. 189). Peut-on imaginer que, pour écrire ces revendications politiques si spécifiques, qui relèvent de la souveraineté nationale, la langue héritée de l’ancienne puissance coloniale ne soit pas adéquate ? Le règlement des comptes doit alors se faire dans la langue maternelle et/ou dans la langue officielle plutôt que dans la langue dans l’ancienne puissance coloniale.

Conclusion

Cette première analyse des post-it accrochés dans le centre d’Alger en mars et avril 2019 met en lumière le plurilinguisme des énonciateurs ainsi que l’usage varié qu’ils font des langues et des alphabets à leur disposition tout comme leur capacité à passer de l’un à l’autre en fonction du message qu’ils souhaitent exprimer. On remarque cependant certaines spécificités notamment quant à l’usage de la derdja qui, en tant que langue maternelle majoritaire, est privilégiée pour exprimer les émotions fortes ou encore ce qui relève de la sphère intime. L’arabe et la derdja sont aussi privilégiés pour s’adresser à ceux qui sont perçus comme responsables de la situation du pays. Ceux-là ne sont que très rarement désignés nominativement mais on peut émettre l’hypothèse qu’il s’agit du groupe constitué par ce « tous » indéfini que l’on retrouve dans l’expression Yetnahaw Ga3.

Si cette première contribution se focalise sur la forme des messages à travers les usages qui sont faits des langues, il s’agira ultérieurement d’en faire une analyse plus approfondie qui permettra de décrypter plus en détails le fond de ces messages et de mieux comprendre ce qu’ont exprimé les étudiants puis les Algérois à ce moment précis du mouvement populaire tant ces post-it sont des photographies de l’instant, ancrés dans une temporalité resserrée propre à cette période de bouleversements historiques.

Bibliographie

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Taleb Ibrahimi, Kh. (1997). Les Algériens et leur(s) langue(s). Alger: El Hikma.

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Crédit Photos

© Saphia AREZKI, 2019.

Notes 

[1] La date du 22 février est souvent retenue pour marquer le commencement de ce mouvement. La première marche à Alger se déroule effectivement ce jour-là, cependant, des premières marches d’opposition à un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika ont eu lieu plus tôt notamment à Kherrata le 16 février 2019. Si ce mouvement vise au départ à s’opposer à un cinquième mandat du président, en poste depuis 1999, les revendications s’élargissent rapidement comme en témoigne le slogan Yetnahaw Ga3 devenu viral depuis la mi-mars 2019 (voir infra.). Depuis le 20 mars 2020, les marches sont suspendues en raison de l’épidémie de Covid-19.

[2] Des messages ont également été accrochés lors de la marche du mardi 19 mars 2019, place Maurice Audin, mais je n’étais pas présente et n’ai donc pas pu photographier les post-it.

[3] L’opération essaimera ensuite sur le territoire et à l’étranger dans la diaspora : à Tizi-Ouzou le 15 mars, à Annaba et à Paris le 17 mars, à Constantine le 22 mars, etc. J’ignore si des post-it ont également été photographiés et/ou récupérés dans d’autres villes. Si c’est le cas cela ouvrirait des perspectives comparatistes extrêmement intéressantes tant sur la forme : les différences linguistiques pourraient être analysées minutieusement, que sur le fond : il serait possible de voir dans quelle mesure le contenu des messages est similaire ou non d’une ville à l’autre.

[4] Sur un temps plus long, les vagues d’occupations successives qu’a connues l’Algérie ont laissé leur empreinte sur les différents parlers du pays, ce n’est toutefois pas l’objet de la présente contribution. À ce sujet, voir notamment : Taleb Ibrahimi, 1997 et Becetti, 2014.

[5] Terme générique utilisé pour désigner la langue arabe parlée par la majorité des Algériens et des Algériennes (hors populations berbérophones) qui comprend de nombreuses variantes régionales.

[6] Tous les messages sont reproduits à l’identique.

 ماكاش التمديد أدوا بدوي و زيدوا السعيد | « Il n’y a pas de prolongation, prenez Bedoui [Nourredine, Premier Ministre du 12 mars au 19 décembre 2019] et rajoutez Saïd [Bouteflika] » | Post-it du 12 mars 2019.

[7] بوتفليقة يا الخامسة ماكاش | « Il n’y a pas de cinquième [mandat] Bouteflika » étant certainement le plus emblématique des slogans scandés lors des premières marches du vendredi en février-mars 2019.

[8] عام خصو يخرج هذا النظام. ضيع لجوناس ڨاع50 | « 50 ans qu'il manque la sortie de ce système. Toute la jeunesse est perdue » | Post-it du 16 avril 2019.

[9] Hshawhlna f les sandwichs | « Ils nous ont eus avec les sandwiches » en référence aux sandwiches au cachir distribués lors de manifestations organisés en soutien au 5è mandat de Abdelaziz Bouteflika. Post-it du 16 avril 2019.

[10] Je reprends ici l’écriture employée par les auteurs de la chanson sur la vidéo YouTube mise en ligne par le groupe Ouled el Bahdja : https://bit.ly/3oA3vg8 (dernière consultation le 23 août 2019).

[11] Les post-it en kabyle ont été intégrés à la catégorie « autres langues » en raison de leur faible nombre (cinq dont trois bilingues le 12 mars, deux le 16 avril, un le 23 avril).

[12] Tous les diagrammes ont été réalisés par l’auteure.

[13] Je n’ai pas pu rester toute la journée le 12 mars, toutefois, il apparaît que les post-it auraient été arrachés par les forces de l’ordre, à peine quelques heures après qu’ils aient été accrochés. Tout comme lors de la marche du 19 mars, lors de laquelle des post-it ont également été arrachés par les forces de l’ordre. Le 16 avril, tard dans la soirée, des post-it étaient toujours accrochés.

[14] (البطل الوحيد هو الشعب (جزائر وطني| « Un seul héros le peuple (L’Algérie est ma patrie) » | Post-it du 12 mars 2019.

[15] Post-it du 12 mars 2019.

[16] C’est à cette époque que ce slogan s’est popularisé. Il est toutefois antérieur même s’il est difficile de daté précisément son apparition. En effet, il apparaît qu’il aurait été scandé lors des funérailles de l’écrivain et journaliste assassiné Tahar Djaout en juin 1993 ou encore lors de celles du chanteur Lounes Matoub assassiné en juin 1998.

[17] « La volonté de vivre » dans Les chants de la vie. Traduction de S. Masliah. إذا ما شعب أراد الحياة فلابد أن يستجب القدر | Post-it du 12 mars. Le vers n’est pas exact
et contient quelques erreurs, sans doute son auteur l’écrit-il de mémoire.

[18] « Il n’y a pas de président, il y a une photo ».

[19] « Nous sommes votre épreuve, ô gouvernement ».

[20] Ce jour-là, suite à son retour en Algérie après son hospitalisation en Suisse, le président Abdelaziz Bouteflika annonce qu’il ne briguera pas de cinquième mandat. Le quatrième se trouve, de fait, prolongé. Le soir même, des Algérois sortent dans la rue. Une journaliste de la chaîne émiratie Sky News Arabia interviewe un jeune homme dans le centre d’Alger qui a cette formule, accompagnée d’un geste. Rapidement la vidéo devient virale et le slogan est repris par les manifestants. Cette expression pourrait sans aucun doute faire l’objet d’un article à part entière tant elle ouvre de nombreuses réflexions. Pour plus d’informations à ce sujet voir : « Yetna7aw Ga3, le slogan qui ne s’enlève pas » de Chawki Amari, https://babzman.com/yetna7aw-ga3-le-slogan-qui-ne-senleve-pas-par-chawki-amari/, dernière consultation le 19 août 2020.

[21] حرروا جزائرنا نحن معكم #سودان #غزة #مصر#طلبة حقوق | « Libérez notre Algérie on est avec vous #Soudan #Egypte #Gaza #Etudiants en droit » est la seule fois où l’on retrouve cette expression en arabe. Post-it du 16 avril 2019.

[22] « Libérezلي راهي  otage Libérez المرحوم». Je reprends l’écriture employée par les auteurs : https://bit.ly/3n7iKNl, dernière consultation le 8 mai 2020. Si défunte est écrit au masculin, il est chanté au féminin.

[23] Louise Wessbecher, « "Libérer l'Algérie": des artistes chantent contre un 5e mandat de Bouteflika », Huffington Post, 5 mars 2019, en ligne, dernière consultation le 24 août 2019.

[24] AFP, « Algérie: "La Casa del Mouradia", quand un chant de supporter devient l'hymne des manifestants », Le Point, 15 mars 2019, en ligne, dernière consultation le 8 mai 2020.

[25] Post-it du 23 avril 2019.

[26] Je t'aime Liticia Tnk je veut se marier | Post-it du 23 avril 2019.

[27] Post-it du 16 avril 2019.

[28] Post-it du 23 avril 2019.

[29] « زوجوني » ou « زوجونا ».

[30] زوجونا نحبسو المسيرا | « Mariez nous et nous arrêtons les manifestations ». زوجوني نحبس المسيرة | « Mariez moi et j’arrête les manifestations ». Post-it du 16 avril 2019.

[31] أعطونا السكنة نتزوجوا | « Donnez-nous des logements, on se marie ».

عطوني فيزا و إبيزا و ملاير و سكنا فيفا لجيري وزوجوني | « Donnez-moi un visa et une Ibiza [une voiture] et  un milliard et un logement, vive l’Algérie et mariez-moi ». Post-it du 23 avril 2019.

[32] Au sujet de « la langue maternelle du colonisé », Albert Memmi écrit qu’elle est « celle qui est nourrie de ses sensations, ses passions et ses rêves, celle dans laquelle se libèrent sa tendresse et ses étonnements, celle enfin qui recèle la plus grande charge affective » ([1957], 2002 : 125). Il apparaît que la charge affective qu’il évoque a été conservée par la derdja qui est ici la langue privilégiée pour exprimer ce qui relève, au sens large, de l’affect.

[33] En novembre 2018, des jeunes ont par exemple manifesté dans le centre de la capitale, scandant « Meissonier chouhadas » en hommage à quatre jeunes du quartier disparus en mer. Voir par exemple : http://casbah-tribune.com/en-videos-manifestation-denonciatrice-du-sort-des-harragas-a-didouche-mourad/, dernière consultation le 5 octobre 2020.

[34]  قلبي يتحرق كي نشوف خاوتي يموتوا فل بحر علجلكم و شحال من آم بكات لخترش قتلتو لـــــــ avenir تع وليدها خافوا ربي أوروحوا #سامية

[35] Au nom des حراڨة je suis venue de Constantine باش نحرڨلكم راسكم Aïcha | Post-it du 16 avril 2019.

[36] مانحرڨوش للغربة ونحرڨوا راسكم | Post-it du 16 avril 2019.

[37] Il existe très probablement un lien entre ce post-it et le slogan « Police partout, justice nulle part », tiré d’une phrase de Victor Hugo, largement repris par les mouvements de gauche en France. Ainsi, le fait que le thème de la justice soit abordé en français dans ce cas précis s’explique par le fait que le message s’inspire d’une phrase de langue française.

[38] Yetnahaw ga3 | « Qu’ils se retirent tous », slogan phare du mouvement depuis la mi-mars 2019.

[39] En témoigne par exemple ce post-it : نريد كميرات صحافة داخل عدالة | « Nous voulons des caméras de journalistes à l’intérieur de la justice [sous-entendu des tribunaux] ».

[40] يا السراقين كليتو البلاد | « Ô voleurs, vous avez mangé le pays ».

[41] عدالة اجتماعية رجاء| « Justice sociale, pitié ».

[42] https://bit.ly/3m7sExf ; consulté le 5 octobre 2020.

 

 

 

 

 

 

 

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