Appels à contribution

La pratique du graffiti dans le contexte maghrébin Les voix de l’underground (Date limite de l’envoi :30 août 2019)

 

 

 

  Appel à contribution 

 Coordonnateur du numéro : Karim Ouaras, Université d’Oran 2 / CRASC / CEMA

Des temps reculés à nos jours, les inscriptions murales, les gravures rupestres et les graffiti (Tags, street art) ne cessent d’interpeller nos regards et nos certitudes. La pérennité de ces pratiques scripturales et leur saillance à travers l’espace et le temps suscitent des interrogations et présentent un intérêt particulier pour les sciences sociales et humaines.

Si la pratique du graffiti contemporain demeure incomprise et insaisissable dans le contexte maghrébin, c’est parce qu’elle n’a pas été suffisamment problématisée du point de vue des procédés et stratégies qu’elle convoque et des contenus qu’elle mobilise dans l’espace public, d’où l’intérêt et l’urgence de l’examiner en profondeur. C’est ce à quoi s’attellera ce numéro thématique de Insaniyat visant à apporter un éclairage sur ce phénomène langagier qui constitue l’une des expressions effectives des métamorphoses linguistiques, culturelles et socio-spatiales au Maghreb.

Provoquée par l’envie d’énoncer et propulsée par les mouvements sociaux, politiques et culturels, et les aléas de la vie quotidienne, la pratique du graffiti devient de plus en plus massive dans les espaces publics, « charriant » sur son passage, langues, signes et discours. Il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en rendre compte.

Ce fait social complexe a le mérite de révéler et matérialiser, à travers les récits urbains (Orlandi, 2001) et les littératures de murailles (Billiez, 1998), qu’il étale sur l’espace public, la face cachée de la vie sociale normée. Il appelle aussi à une exploration profonde des tatouages qui se donnent à voir dans l’espace vécu en interrogeant leurs origines, leurs trajectoires, leurs symboliques, leurs outils, leurs caractéristiques et leurs finalités.

Les diverses expressions murales (graffiti, tags, street art) dans le contexte algérien font l’objet de quelques investigations scientifiques en sciences sociales et plus particulièrement en sociolinguistique (Dourari, 2002 ; Fatmi, 2006 ; Ouaras, 2009, 2011, 2015, 2017, 2018 ; Abbache, 2013 ; Si Hamdi, 2014 ; Bedjaoui, 2018 ; Hedid, 2015).Toutefois, en dépit de cet engouement récent pour ce phénomène langagier, le terrain maghrébin dans son ensemble demeure peu exploré et peu analysé du point de vue de ses marquages qui constituent une pratique socio-langagière signifiante exprimant crûment les complexités pluridimensionnelles du champ social maghrébin.

Ce numéro thématique sera donc l’occasion d’engager une réflexion transdisciplinaire sur les spécificités et les fonctions de ce fait langagier et d’interroger la portée discursive des marquages que l’on voit dans l’espace public maghrébin. Son challenge ne consiste pas à décrire cette pratique langagière comme seulement une forme de communication ou d’expression de soi, il consiste surtout à identifier et analyser les diverses stratégies convoquées pour que cette communication aboutisse, en prenant en compte les dimensions linguistiques, socioculturelles, idéologiques, identitaires, politiques, géographiques et autres.

Il est attendu des contributeurs d’examiner cette pratique socio-langagière, dont les débats publics et parfois même académiques tendent à en sous-estimer l’importance, comme un objet de recherche à part entière. Les approches qui seront préconisées auront pour objectif de déconstruire le sens commun faisant de la parole des murs une expression marginale de tel ou tel groupe social, pour la replacer dans la sphère du questionnement scientifique qui l’abordera, lui, comme une pratique sociale complexe à travers laquelle se révèlent des dynamiques ethno-sociolinguistiques et discursives, indispensables à la compréhension du champ social maghrébin dans son ensemble.

Ce numéro thématique de Insaniyat tâchera d’articuler les contributions autour des aspects suivants, sans forcément s’y limiter :

 

  • Histoire et caractéristiques de la pratique du graffiti dans le contexte maghrébin
  • Auteurs, supports et sites de dissémination de cette pratique socio-langagière
  • Langues et signes mobilisés dans la pratique du graffiti
  • Graffiti face aux campagnes d’effacement
  • Discours des marquages urbains du point de vue de l’énonciation et de la réception.
  • Appareillage conceptuel et archivage des graffiti.
  • Performances artistiques dans les scènes urbaines.
  • Impact des réseaux sociaux sur la pratique du graffiti et vice-versa.

Modalités de soumission :

Les articles seront rédigés conformément à la note aux auteurs de la revue Insaniyat https://insaniyat.crasc.dz/index.php/fr/notes-aux-auteurs

Les articles proposés (en français ou en arabe) sont à envoyer à l’adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. et via ce lien : https://www.asjp.cerist.dz/en/PresentationRevue/14

 Date limite de l’envoi :15 juillet 2019.

Il est attendu des auteurs de mettre l’accent sur l’apport et l’originalité de leurs contributions et de leurs terrains de recherche.

 

Bibliographie (à titre indicatif)

Abbache, M. (2013). Analyse sociolinguistique des graffiti de la nouvelle ville de Tizi Ouzou. Mémoire de Magister en Sciences du langage, Université de Ouargla, Algérie.

Bedjaoui, W. (2018). Les graffitis cairotes : une révolution murale. Cahiers de linguistique, 44(1), 313-330.

Billiez, J. (1998). Littérature de murailles urbaines : signes interdits vus du tram. In Lucci, V. (Dir.), Millet, A. et al., Des écrits dans la ville, sociolinguistique d’écrits urbains : l’exemple de Grenoble (pp. 99-164). Paris: L’Harmattan

Blume, R. (1985). Graffiti. In van Dijk, T. A (Ed.), Discourse and Literature. New approaches to the Analysis of Literary Genres (pp. 137-148). Amsterdam : John Benjamins Publishing Company.

Braconnier, C. (1999). Braconnages sur terres d'État. Les inscriptions politiques séditieuses dans le Paris de l'après-Commune (1872-1885). Genèses, 35, 107-130.

Bulot, T., & Veschambre, V. (2006). Sociolinguistique urbaine et géographie sociale : l’hétérogénéité des langues et la hiérarchisation des espaces. In Séchet, R., & Veschambre, V., Penser et faire de la géographie sociale contribution à une épistémologie de la géographie sociale (pp. 305-324). Rennes: Presses Universitaires de Rennes.

Bushnell, J. (1990). Moscow Graffiti: Language and Subculture. Boston: Unwin Hyman.

Carle, Z. & Huguet, F. (2015). Les graffitis de la rue Mohammed Mahmoud. Dialogisme et dispositifs médiatiques. Égypte/Monde Arabe, 12 (1), 149-176.

Chaffee, L.-G. (1993). Political protest and street art: popular tools for democratization in Hispanic countries. Westport: Greenwood Press.

Dourari, A. (2002). Pratiques langagières effectives et pratiques postulées en Kabylie. Insaniyat, 17-18, 17-35.

Karl, D.-S. & Zoghbi, P. (Eds.). (2011).  Arabic Graffiti. Berlin: From here to fame Publishing.

Euverte, V. (2015). Les graffiti de la liberté sur les murs du printemps égyptien. Paris: Éditions Vent de Sable.

Fatmi, S.-E. (2006). L’expression populaire à travers le graffiti à Oran. Les cahiers du CRASC, 15, Turath 6, 117-124

Fraenkel, B. (2007). Actes d’écriture : Quand écrire c’est faire. Langage et Société, 121-122.

Hedid, S. (2015). Le street art au féminin : les tagueuses font parler les murs de la ville. Revue Gradis, 01, 151-163.

Kramer, R. (2010). Painting With Permission: Legal graffiti in New York City. Ethnography, 11 (2), 235-253.

Orlandi, E.-P. (2001). La ville comme espace politico-symbolique. Des paroles désorganisées au récit urbain. Langage et Société, 96, 105-127.

Ouaras, K. (2018). Le street art : prémices d’une nouvelle pratique langagière en Algérie. Cahiers de linguistique, 44(1), 281-298.

Ouaras, K. (2018). Tagging in Algeria: graffiti as aesthetic claim and protest. The Journal of North African Studies, 23(1-2): Violence and the politics of aesthetics: A postcolonial Maghreb without borders, 172-190.

Ouaras, K. (2015). Langues, identités et espace urbain à Alger. Cahiers d’Études Berbères, 43/44, 89-109.

Ouaras, K. (2015). L’espace urbain algérois à l’épreuve de ses graffiti. Année du Maghreb : Villes et urbanités au Maghreb, 12, 157-179.

Ouaras, K. (2011). Graffiti in Algiers: Portrait of inclusion and exclusion, Cahiers de Linguistique, 37 (1), 73-104.

Si Hamdi, N. (2014). La mise en mots à travers les graffiti et les slogans muraux dans la ville de Tizi Ouzou. Mémoire de Magister en Sciences du langage, Université de Tizi Ouzou, Algérie.

Van Dijk, T.-A. (2008). Discourse and Power. New York : Palgrave Macmillan.

Veron, E. (1994). De l’image sémiologique aux discursivités. Hermès, 13-14, 45-64.

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