Alger, une ville genrée à l'épreuve de la motilité

Khadidja BOUSSAÏD (Auteur)
Université d’Alger 2, Centre de Recherche en Economie Appliquée pour le Développement (CREAD), Alger, 16 000, Algérie. Université de Tunis, Centre Merian des Études Avancées au Maghreb (MECAM), 1000, Tunisie, Chercheure Associée, Université de Lausanne, CEG, 1015, Suisse, Lausanne.
109 – 131
Genre et espace public dans les villes algériennes
N° 109 — Vol. 29 — 01/01/2026

Dans les contextes urbains contemporains marqués par des mutations importantes et des recompositions territoriales permanentes, les mobilités pendulaires ne peuvent plus être analysées uniquement à travers les seuls prismes de l’accessibilité ou de la distance. La notion de motilité, empruntée aux sciences du vivant puis reconceptualisée en sciences sociales, permet aujourd’hui d’enrichir notre compréhension des trajectoires urbaines en tenant compte de la capacité différentielle des individus à se mouvoir, à choisir et à s’approprier les espaces.

Dans une ville comme Alger – dense, stratifiée, en tension permanente entre héritages historiques et mutations contemporaines – les mobilités prennent une dimension particulièrement révélatrice des inégalités socio-spatiales. L’analyse des mobilités à travers le prisme du Genre met en évidence des dynamiques différenciées d’accès à l’espace public, où les femmes, notamment, se heurtent à des contraintes structurelles, culturelles et symboliques dans leurs déplacements quotidiens. Le genre façonne ainsi de manière significative les parcours dans la ville, révélant des hiérarchies d’usage, de légitimité et de visibilité dans l’appropriation des espaces urbains.

Cet article propose d’examiner, à partir du concept de motilité, les formes multiples de l’expérience féminine à Alger, cette approche par la motilité offre un cadre d’analyse pertinent pour relire Alger à l’aune de ses fragmentations socio-spatiales et des rapports de pouvoir qui s’y rejouent au quotidien. Notre propos va s’articuler autour de Comment la motilité, conçue comme la combinaison entre accessibilité, compétences et aspirations, est-elle genrée à Alger, et de quelles stratégies de déplacement
et d’appropriation de l’espace public les femmes se saisissent-elles pour pallier les obstacles urbains à leur mobilité ?
Ce travail s’inscrit dans une méthodologie qualitative (avec l’analyse comparatives et cognitives des données récoltées), et issu d’une thèse de doctorat, basé sut un corpus d’entretiens approfondis (hommes et femmes), d’un focus group (entièrement féminin),
et une grille d’observation par système de Loop (lecture horizontale des espaces du centre vers les périphéries) s’étalant sur deux ans (2016-2017), compléter en 2019 par de l’observation participante et des entretiens flottants réalisés durant le mouvement populaire Hirak, de février à juillet 2019.

De la motilité : un concept pour une nouvelle lecture de l’urbain

La notion de « motilité » a été empruntée aux sciences naturelles (Biologie, médecine, bio physiologie…), pour rendre compte d'une capacité physiologique a effectué des mouvements, spontanés ou par réaction à un stimulus. Ce terme renvoi à plusieurs domaines notamment en médecine[1].

Cette notion rejoint le vocabulaire des sciences sociales, notamment celui de la sociologie et de la géographie, et ce pour appréhender la question des mobilités, des temporalités
et spatialités dans la ville et la problématique des flux urbains, dans le cadre de transformations des phénomènes d'étalement, de conurbation et de hub. En sciences sociales, la « motilité » relève de la reconceptualisation (Kaufmann, 2004) de phénomènes préexistants qui, du fait de leur développement, ne peuvent plus s'expliquer par certains concepts antérieurs[2] (Kaufmann, 2005).

En somme, la motilité est un ensemble de facteurs créatifs de potentialités diverses, qui peuvent être de l’ordre du physique, du technique, du professionnel, qui poussent à être mobile ou pas, ou parfois, ou partout, ici et ailleurs par le corps ou la pensée. Elle dépend également de l’offre urbaine qui va de l’infrastructure aux services de transport, en passant par les prestations culturelles
et les loisirs. En effet la motilité, en tant qu’outil transversal, permet de comprendre les interactions complexes entre différentes formes de mobilité spatiale. Elle dépend de trois facteurs corrélés qui influencent le potentiel de déplacement : l’accessibilité, les compétences et l’appropriation

Le schéma ci-dessus nous montre comment se met en place la Motilité qui peut aboutir sur un déplacement ou dirons-nous une mobilité effective, et/ou rester à l’état de potentiel, utilisable dans un autre espace-temps ou pour un autre type de mobilité ; soit un capital pensé pour tous types de projets de mobilité du court terme (mobilité pendulaire), au moyen terme (voyage) et au long terme (mobilité résidentielle, ou migration). La notion de Motilité est importante pour nous car elle met en exergue de nouvelles façons de penser le territoire à travers les mobilités et leurs contraintes.

Figure 1 : Schéma de fonctionnement du concept de motilité

Motilité

Accessibilité Compétences Appropriation

L’accès est élément central pour l’acquisition d’un potentiel. Cette idée est développée dans La société en réseaux
(Castells, 1998). Pour J. Rifkin (2000), l’accès est un concept clé qui dessine l'organisation capitaliste du futur. Il se privatise et se dématérialise, dans ce nouveau système organisationnel, le réseau remplaçant le marché, et l’accès détrônant la propriété. L’accès se pense en deux catégories ; la première est économique (monétaire), tandis que la seconde est temporelle (timing de déplacement
et maintien du lien social).

En sociologie, la notion de compétences a progressivement remplacé celle de connaissances, qui s'explique par la montée en puissance de la sociologie pragmatique, qui tente d’extraire les capacités des acteurs(ices) et accroitre leur capital culturel
et social (Bourdieu, 1979), ouvrant le champ à de nombreuses possibilités de mouvement et de déplacements. Ce champ permet de se mouvoir dans des espaces divers auxquels nous nous adaptons, au fur et à mesure des compétences et de l'expérience de l'individu ou du groupe, ainsi des capitaux différenciés produisent des inégalités d’accès. L'inégalité s’affiche quand des incapacités apparaissent, physiques, psychiques, langagières… etc. La compétence peut également palier à des déficits d’accès qui serait de l’ordre du monétaire (stratégies de contournement).

La notion d’appropriation, renvoi à l’idée de projet que l’acteur(ice) veut faire aboutir. Il s'agit là d’aspirations et de perspectives de réalisation. Cette notion de projet se pense dans une sociologie de l'expérience qui se caractérise par des principes socioculturels hétérogènes, permettant l'adaptation et l'intégration.

L’autre caractéristique est la distance aménagée par les individus entre leurs pratiques et les opportunités qu'ils rencontrent. Dans ce sens acquérir de la motilité et la transformer en pratiques concrètes commence par un projet. Il convient de noter que l'accès, la compétence et l'appropriation se recoupent
et se nourrissent entres elles, pour constituer des potentialités diverses. Pour mieux appréhender l'enchevêtrement de ces trois notions, J. Urry propose le terme Capital en réseau.

De la motilité aux mobilités

Du potentiel au déplacement effectif

Nous essayons à présent de comprendre comment on acquiert du potentiel en le transformant par la suite en mobilité effective.
Le potentiel se pense en termes de projet et d’accès à ce dernier.
Il s’agit des aspirations de chacun et chacune. Ce potentiel est mobilisé sous la forme d’expérience individuelle et collective. Lorsqu’il est question de collectif, dans la famille par exemple, il y a des zones de négociations, qui sont intermédiaires à la prise de décision quant à une mobilité effective, qui peut être en contradiction avec des motilités individuelles possibles. C’est ici que la notion « d’expérience » est importante parce qu'elle permet de faire le lien entre « un projet théorique et une sociologie empirique de l’action » (Dubet, 1994), qui se caractérise par l’hétérogénéité des principes de conduite, la distance que l’individu met entre lui et ses pratiques, et la non-pertinence d'un principe central qui organise la construction du social.

La motilité est donc une ressource qui a des enjeux territoriaux, implique des couts spatiaux et révèlent des inégalités d’accès accompagnées de stratégies de contournement de ces dernières.

La mobilité, un système multidimensionnel

De manière synthétique, la mobilité est l'espace-temps des programmes d'activités qui changent selon les conditions, dans des territoires évolutifs, selon des temporalités multiples et où des pratiques urbaines s'agencent.

La société des mobilités est une société qui s'articule entre mobilité quotidienne, hyper mobilité et mobilité exceptionnelle. Ces mobilités sont liées à l'augmentation permanente du potentiel de vitesse[3], cependant les études montrent que lorsque l’on augmente la vitesse aux habitants, ils ne s'en servent pas pour gagner du temps, mais essentiellement pour diversifier leurs activités, donc pour gagner de l'espace (travail, loisir…). Ici, le temps de transport n'est plus du temps perdu. C’est grâce à la fluidité qu’on peut prédire les temps de transports, ainsi l'étude des flux des nœuds et des hubs dans les espaces urbains, notamment, sont des éléments centraux de l'étude des mobilités. Depuis un peu plus d’une vingtaine d'années, la question de la mobilité qui se manifeste de manière prégnante dans les milieux urbains, est au cœur des études en sciences sociales.

Lussault (2009) affirme que les études sur la mobilité comportent deux biais : le premier est un indicateur de processus globaux liés à la mondialisation, à l'individuation et à la modernité, négligeant ce mouvement comme une expérience. Le deuxième est au contraire de se concentrer uniquement sur le déplacement, en négligeant la complexité des facteurs menant à celui-ci.

Un grand débat conceptuel autour de la mobilité est mené entre deux disciplines aux avant-postes de cette problématique, la sociologie et la géographie. Avant l’avènement de la mobilité dite généralisée, la géographie éclairait la connaissance sur les territoires et la sociologie celle sur les sociétés (Urry, 2005). La notion de mouvement ou de voyage par choix ou par contrainte est un des phénomènes les plus observable et remarquable, au passage du 20ème au 21ème siècle. Être mobile est un « style de vie », ce que Iyer (2000) appelle « tribu transnationale de nomades ». Les objets, les biens, les capitaux et les services sont aussi en mouvement constant. Cet univers de flux multiples, soumis à une mobilité permanente, engendre des connexions complexes et travaillent à ce que ces dernières soient de plus en plus fluides. Cette fluidité développe l’élasticité des échanges et le déploiement de mobilités qui redéfinissent les formes spatiales et réinventent le lien social.

Individuation, automobilité et mobilité généralisée

Dans son ouvrage « La métropole des individus » Bourdin (2005), associe la mobilité aux changements de position réelle ou virtuelle. Ainsi, élargie au mouvement physique social, affectif ou cognitif, Parsons (1937) y voit un phénomène global qui crée des acteurs entre le statut « d'adscrits » et de « conquis ».

La construction subjective de l’appropriation de l’espace entre souvent en tension avec les politiques publiques, fondées sur une construction objective avec un verrouillage du jeu social.

Les types d’appropriation sont liés à un processus d'individuation qui n'est pas un repli sur soi, ou une atomisation, mais un éloignement par rapport au grand groupe. On est dans une sociabilité de groupes diversifiés (Cooley, 1909).

Ainsi dans ce nouvel ordre, on ne parlera plus de centralité, mais de centration, laquelle regroupe des îlots de proximité qui participent de la mobilité quotidienne. Selon Kaufmann, (Kaufmann, 1997) le potentiel de mobilité permet une meilleure compréhension du jeu social[4] (Sorokin, 1959). L'intégration de la notion d’automobilité suppose un nouveau paradigme, une vision heuristique que peut nous offrir l'analogie cybernétique. Celle-ci nous permet d'intégrer un schéma d'intelligibilité global pour mieux comprendre comment un lien social nait dans un jeu collectif qui ne cesse de grandir.

Selon Bourdin, ce jeu collectif est marqué par une mobilité généralisée, caractéristique de la société de consommation qui, d’ailleurs, constitue un élément fondamental, car la logique de déplacement domine la consommation. En effet, nous consommons des biens matériels et immatériels, des services réels ou virtuels. Nous consommons l’espace et nous nous l’approprions pour pouvoir en jouir. Il y a une montée en puissance de la mobilité
et son observation est accrue au niveau de la ville, petite, moyenne et métropolitaine.

L’urbain redéfinit les sens et les orientations des choix rationnels et participent au renouvellement des principes, des valeurs et des identités.

En ce sens Bourdin (2005) définit la mobilité comme : la capacité et (secondairement le fait) de changer de position dans un espace réel ou virtuel, qui peut être physique, social, axiologique, culturel, affectif, cognitif. La mobilité dite généralisée est un système qui se construit à différentes échelles de mobilité socio spatiale. Elle permet dans la pendularité des mobilités professionnelles et de loisirs, dans l'exceptionnalité le franchissement de seuils symboliques et physiques par la mobilité résidentielle et le changement de statut social.

En étant virtuelle ou relationnelle, cette mobilité nous donne accès à l’information, aux flux et aux réseaux. Dans ce système en réseau, des liens faibles peuvent prendre place pour répondre à des contraintes immédiates ou conjoncturelles. Ainsi, la mise en réseau ou le suivi d’un flux se fait temporairement pour pouvoir accéder à certaines ressources. Cette mobilité généralisée a pris une place grandissante, du fait de la modification des modes de vie, tournés plus vers l’atome social qu’est l’individu, affirmant cette individuation. L’automobilité est au cœur de cette question. À titre d’exemple, Jean Rémy nous explique comment l’automobile privatise le déplacement et donne aux acteurs une sensation de liberté qui alimente l'individuation (Rémy, 1998).

L’automobilité est un élément central d’investigation de la motilité, car tout ce qui l’entoure constitue des potentiels. Le premier est bel et bien l’obtention du permis de conduire, qui est aussi un symbole fort du passage à l’âge adulte. L'automobile est aussi un espace (dedans-dehors), donnant la sensation à son/sa propriétaire d'un espace privatif, dans un plus grand espace qui est public. Cet outil donne au conducteur la possibilité d’aller plus loin et plus vite en maîtrisant le facteur temps. Il alimente aussi l'impression d'être maitre de son déplacement et des mouvements de son corps dans des espace-temps multiples, en ayant un sentiment de sécurité. L'automobilité alimente deux théories majeures, celle de l'individuation croissante dans un monde mondialisé et la théorie de la mobilité généralisée

La critique portée à la mobilité généralisée est d’ordre économique. En effet et malgré la libre circulation des personnes, tous les acteurs n'ont pas accès à la mobilité et s’encrent dans des échanges très restreints spatialement, du fait des disparités de revenus, de la non-accessibilité à l'offre et aux ressources de l'urbain. La mobilité n'est pas vécue par tous et n'est pas vécue de la même manière par tous (Cresswell, 2006). La deuxième critique est d'ordre politique, car la société urbaine moderne assimile la mobilité à la citoyenneté. Or du fait des enjeux autour de la ville, les politiques publiques ne participent pas toujours à améliorer l’accès aux droits pour tous les citoyens et notamment « le droit à la ville » (Lefebvre, 1968).

Alger, une ville genrée à l'épreuve de la motilité : quid de la mobilité à Alger ?

Alger, ville dense construite en amphithéâtre, s’est profondément transformée au cours des deux dernières décennies sous l’effet de l’étalement urbain, de la croissance démographique et de la généralisation de l’automobilité. Malgré une offre de transports collectifs diversifiée (métro, tram, bus, télécabine), les besoins dépassent largement les capacités existantes. Si les politiques d’aménagement (PDAU, SNAT 2030) ambitionnent d’inscrire la capitale dans la durabilité et la requalification urbaine (Baouni, 2015), la dimension du genre en demeure absente. Aucune étude, norme ou protocole ne prend en compte les inégalités d’accès, la sécurité ou les usages différenciés de l’espace public par les femmes. Depuis la dernière enquête mobilité
(Betur, 2004), les données sont quasi inexistantes, alors même que de nouvelles pratiques émergent – transport à la demande, mobilité numérique, extension périphérique – redéfinissant les rapports à la ville et les potentialités mobilitaires des Algérois.es.

De la sexuation de l’espace public 

Dans les années 70 en géographie et en sociologie, les réflexions sur les expressions genrées dans la ville se faisaient autour des la question de la quotidienneté des acteurs et actrices,
et leur rapport à l’espace public et privé. En effet, c’est en comparant entre activités masculine et féminine du quotidien, qu'un accès inégal à la ville est clairement apparu. Ainsi, l’urbain montrait les femmes souvent dans un enfermement dans l’espace résidentiel et les invisibiliser ailleurs dans le grand urbain.

Des travaux plus récents, s'intéressent aux types d’espaces et à la façon de se les approprier, bien au-delà du masculin et du féminin, se focalisant surtout sur la mobilité pour mieux appréhender la consommation de l'espace-temps urbain.

La sexuation de l’espace, c’est d'abord la façon dont sont aménagés les espaces, notamment récréatifs et de loisirs (espaces stationnaires), qui jouent un rôle important dans les expressions genrées des hommes et des femmes. Ces expressions sont souvent liées à la notion « d’anonymat » qu’offre l’aire métropolitaine,
et qui permet une mise en scène des corps de façons plus libre par un mouvement subtile va et vient entre le proche et le lointain. Cette quête d’anonymat a pour but de rompre la routine et de sortir de la quotidienneté liée aux activités, soit professionnelles, soit résidentielles, pour aller vers des rencontres, ou des échanges qui sont le fruit du hasard. Dans cet exercice, les corps (masculins
et féminins), revêtent de nouvelles identités et, pour un temps, échappent aux stéréotypes assignés à leur genre.

Cependant, les espaces qui n'appartiennent pas au quotidien peuvent avoir un effet anxiogène sur les corps qui les pratiquent
et cette anxiété est prégnante chez les femmes qui se méfient des espaces déserts et peu éclairés par exemple. Les femmes, plus que les hommes, cartographient mentalement les zones urbaines qu'elles considèrent comme dangereuses. De ce fait, des stratégies d'évitement se dessinent et un « mode d’emploi » est mis en place pour pratiquer la ville (Coutras 2008).

Se pose ainsi la question de l'égalité des sexes dans la sphère publique de manière générale, pas seulement dans un espace matériel qu’est la ville. Il s'agit de déconstruire la domination
et d’inscrire l’émancipation comme notion clé de la lutte contre les stéréotypes genrés, à travers des éléments tels que la résistance
et la subversion. En ce sens, le féminisme s’oriente actuellement vers une résistance, puis une destruction des images et des normes liées aux stéréotypes. Il s'agit également de se positionner de façon critique à l’égard des personnes et des institutions qui véhiculent des images normatives. Cette normativité est remise en cause par la revendication d’identités plurielles, aussi bien individuelles que collectives.

Individuellement, il est question de définir ce qu'est le « soi »
et le « soi-libéré », un « soi subversif ». Collectivement, il est question d'inscrire l'émancipation dans des combats, ou le genre se mêle à la race, à la classe, à la religion. Pour penser l’égalité des sexes, quel chemin faut-il dont emprunter ? D’après G. Fraisse, il faut saisir des moments forts de mobilisations, féministes et autres, qui peuvent s’y accoler pour percevoir la singularité des approches qui visent à déconstruire la domination et ouvrir les portes de l'émancipation (Fraisse, 2016). Pour comprendre la problématique des inégalités de sexe dans la ville, il faut se dire que l’espace urbain est éminemment sexué et lié autres espaces sociaux (Famille, travail, politique …). Ces espaces ont construit des représentations tenaces des corps masculins et féminins, mais avec des modèles genrés fluctuants qui apparaissent dans l’espace public (Coutras, 2005).

La motilité chez les femmes où l’enjeu de l’accès à l’espace public

Mobilités au féminin et franchissement des seuils

Depuis vingt ans, les femmes ont transforméleurs manières d’être et de faire en public, et plus largement leurs rapports avec la villetelle qu’elles la désirent où la rêvent. (Coutras, 2004).

La géographie des sexualités nous montre que l’espace public[5] urbain est un espace certes fait de diverses masculinités
et féminités, avec de la visibilité pour certains et de l’invisibilité pour d'autres (homme, femme, minorités sexuelle…). Sortant de la norme, cet espace est un terrain de jeu, fait de présence et de non-présence, de stratégies d’évitement et d’autres d’appropriation.

Partant également du postulat que l’espace public urbain est un espace de circulation mais aussi de ritualisation, (Goffman, 1977), rappelant que le corps des hommes et des femmes sont ritualisés, par des représentations et des pratiques.

On peut identifier et distinguer les différents espaces publics selon leurs degrés d’éloignement avec l’espace du dedans (espace intime). Pour Goffman l’espace public, est un espace qui donne à voir l’autre ou chacun est accessible aux perceptions de l’autre. L’espace public représente un lieu d’interaction ou plusieurs scènes se jouent, et où chaque acteur performe un ou plusieurs rôles, selon l'identité des lieux et des types d’échanges qui s’y pratiquent (Fijalkow, 2002). À partir de ce postulat, un jeu commence entre plusieurs espaces dits publics, entre celui qui se rapproche du quartier ou du lieu de résidence (El Houma/Eddar), et celui qui se trouve au loin dans le grand urbain et qui garantit une certaine forme d’anonymat. Dès lors, l’espace public est tantôt celui du voilement, tantôt celui du dévoilement, en fonction des normes préalablement intégrées.

En ce qui concerne le control social, j'en ai souffert surtout dans la famille, bon un peu le voisinage. Mais, bien sûr quand je rentre tard, quelquefois les gens me regardent, je marche en pleine rue Didouche, je dérange. (Anissa, 55 ans célibataire, institutrice).

Selon Dris (1999), en Algérie, les individus créent des rituels d’évitement qui cultivent une logique de flou dans l’espace public. Des arrangements se mettent en place pour faire partie de la masse. Mais pour les femmes, ou tout individu hors norme, le dehors est un espace masculin qui peut s’apparenter à de multiples dangers,
y pénétrer marque une transgression de l’ordre patriarcal maghrébin qui veut imposer une forte séparation du dedans (féminin) et du dehors (masculin), alimenté par les codes de l'honneur et de la Rodjla (forme de virilisme). Pour que les femmes soient admises dans les différents espaces du dehors, il y a une attribution de raisons à leur mobilité dans la ville : le travail, les études et le Care[6] également. Aussitôt les raisons du déplacement évoquées, une négociation pour se mettre en mouvement commence qui se construit dans un schéma que nous nommons, le franchissement des seuils symboliques (voir figure 3).

Figure 2 : Types de seuils à franchir pour les femmes

L’accès des femmes à l’espace public est souvent soumis à des négociations complexes, où chaque seuil constitue un enjeu en soi. Le premier seuil, celui du pas de la porte (El ‘atba), est marqué par la nécessité d’une autorisation masculine, soulignant la dépendance des femmes aux décisions d’un tiers pour franchir cette limite.

Le deuxième seuil, celui du quartier (El Houma), est un espace intermédiaire où l’intérieur et l’extérieur se croisent. Dans cet espace, les femmes adoptent une posture conforme aux normes domestiques, incarnant des valeurs de hechma (pudeur) et de horma (sacralité), qui régissent leur présence et leur comportement.

Le dernier seuil spatial, la ville (El Madina), représente un territoire où l’anonymat devient possible. Éloignées du cadre familial (Eddar) et de l’espace para-domestique (El Houma), les femmes peuvent y exprimer une identité plus fluide et diversifiée, libérée des contraintes immédiates du foyer et du voisinage.

Enfin, au-delà de ces seuils spatiaux, le coucher du soleil
(El Maghreb) introduit une frontière temporelle marquante. Il sépare symboliquement le jour et la nuit, un passage qui, dans les représentations collectives et les pratiques sociales, est associé à la domination masculine. La nuit est perçue comme un territoire masculin, contribuant ainsi à renforcer une masculinité hégémonique (Connell, 2014) par l’exclusion des femmes des espaces nocturnes, les confinant à la sphère privée.

Le soir, je termine à 16h00. Soit, je rentre directement à la maison, soit, je fais des achats ou je rencontre des amies sans dépasser l’heure de la prière d’El Maghreb
(Meriem, 25 ans, célibataire, étudiante en médecine).

Revenons à présent à l’espace le plus pertinent pour discuter la question de la sexuation des espaces, à savoir le quartier
El Houma. Il est certes un espace du dehors mais qui se pense comme première extension du dedans, avec un respect des valeurs familiales et morales. Ainsi Bent El Houma est respectée et a généralement le statut de « sœur » pour les jeunes hommes du quartier.

Dans cet espace, les deux sexes ont des assignations sexuées liées à la Horma, ainsi la Houma est pensée comme la continuité de El ‘ayla (la famille). C’est un espace sécurisé mais soumis à un fort contrôle social. Il est l’entre deux qui sépare l’espace privé
(El ʿatba tʿa Eddar) des autres espaces publics de la ville.

Cependant, nous pouvons apporter une critique aux expressions sociales qui se jouent dans cet espace singulier, tendant à rétrécir dans une ville comme Alger. Peut-on encore parler de Houma alors que les programmes de relogement depuis au moins deux décennies ont rebattu les cartes. Ces programmes ouvrent des formes hybrides de l’habiter, ou des populations venant de quartiers différents de la capitale expérimentent une nouvelle proximité spatiale, qui n’est pas forcément accompagnée de liens sociaux localement construits. Ce dernier élément nous montre également que la mobilité résidentielle impacte la mobilité quotidienne. Cette question est abordée avec pertinence dans les travaux de Safar-Zitoun, (2020), expliquant que lire la ville d’Alger doit se faire par une microsociologie des mobilités résidentielles, sachant que ces dernières sont souvent contraintes, créant une disjonction entre bassin de vie et bassin d’emploi. Cette disjonction implique des réaménagements dans les mobilités pendulaires qui sont à la charge des habitant.es. L’auteur met également en avant les effets de territoire, en adoptant la notion d’ « enclavement » au lieu de « ghetto ». Il aborde la thèse des
« ghettos » : plus que « l’ethnicisation » ou la seule standardisation architecturale, ce sont l’éloignement, l’enclavement et le faible lien aux réseaux urbains qui alimentent le sentiment d’exclusion
(Safar, 2021).

Les autres espaces en dehors du quartier, se présentent avec des centralités mixtes et ouvertes permettant l’altérité, la diversité de classe et de tenues vestimentaires. Ainsi, ces espaces offrent la possibilité de s’y inclure et une propension à se les approprier. Ils permettent également la mise en scènes de plusieurs types de mouvements et donnent une visibilité aux corps des deux sexes. La mobilité dans les espaces dits d’anonymat est fluctuante et s’adapte aux besoins des individus qui s’inventent des stratégies de contournement des normes en vigueurs (Boussaïd, 2024). Pour cause, l’espace public devient un lieu de transgression empreint de liberté, celui qui permet notamment aux femmes d'échapper au contrôle familial.

Depuis les années 2000, le centre-ville d’Alger n’est plus le seul lieu d’anonymat. De nouvelles centralités (phénomène de centration)[7] se sont inventées dans les périphéries de plus en plus étendues et pourvues en services (Cheraga, Sidi-Yahia,
Bab Ezzouar…). Ces centralités périphériques sont le résultat d’un étalement urbain et une requalification commerciale et culturelle des espaces.

En effet, ces nouvelles centralités offrent des possibilités diverses (shopping, restauration, activités de loisir…). Les femmes, comme les hommes, s’approprient ces nouvelles centralités attractives par l’invention de nouvelles activités et l'extension de certaines autres.

Selon Oussedik (1996), l’algéroise est un sexe et un lieu, ou dirons-nous un genre dans l'espace et un espace dans le genre. Alger est ce lieu où les femmes jouent entre le dedans et le dehors, leur identité sexuée est soumise à des normes et des valeurs délimitées par ce lieu qu’est la capitale. Ainsi, le féminin est un ensemble de rituels s’exprimant dans l’espace, tout en étant influencé par ce dernier.

Pour dire l’espace public à Alger, il faut comprendre le va
et vient entre le dedans et le dehors, ainsi que la distance qui se construit entre appartenance au groupe et aspirations individuelles. Quel comportement adopter pour être soi, tout en étant une ou une aut re dans la diversité ?

De nouveau, d’après Dris (2013), Les pratiques urbaines sont en opposition complexe ; on pense l’espace comme un territoire qui permet la mobilité et l’accès à l’anonymat et, inversement, il est aussi pensé comme un territoire fixe et inchangé, qui est de l’ordre du chez-soi ; l’espace public est de ce fait un ou plusieurs lieux où l’on invente et performe de multiples identités. Parmi ces lieux,
et selon nos observations de terrain, il y a ce que l’on appelle les Espaces dedans-dehors, qui se sont beaucoup développés à Alger ces dernières années. Pour rendre compte de ce qui se joue dans ces espaces, nous avons choisi d’emprunter au sociologue américain Ray Oldenburg[8] la notion de Tiers-lieux (1997), qui nous semble pertinente pour expliquer l'importance de ces espaces.

Restaurants, lounges, centres commerciaux, espaces
multi-loisirs et espaces de coworking sont autant de lieux où l’appropriation se fait à des niveaux différents. La première de nos observations est que ces tiers-lieux (qui se trouvent entre le lieu d'habitat et le lieu de travail) ne concernaient il y a quelques années essentiellement que l’Hyper centre et le centre (des rues comme Didouche, Hassiba et des quartiers comme Bab El Oued, Place des Martyres…). Cependant, leur extension est en forte progression dans les périphéries Est, Ouest et Sud-ouest de la capitale (Boussaïd, 2024). Certains de ces tiers-lieux sont plus actifs en périphérie qu’au centre-ville notamment en ce qui concerne leur temporalité. En effet, au centre, les activités s’inscrivent dans des temporalités nocturnes assez limitées, alors qu'en périphérie les activités se prolongent jusqu'à tard dans la nuit. Ainsi, ces périphéries offrent aux habitant.es de la capitale de nouvelles temporalités nocturnes qui font apparaitre de nouvelles pratiques de l'espace et de ce fait la mise en œuvre d’un ou plusieurs potentiels pour pouvoir y accéder.

Appropriation de l’espace public urbain : potentiels
et stratégies des femmes algéroises

Plusieurs travaux consacrés aux villes occidentales montrent que l’organisation urbaine produit des inégalités d’accès à l’offre matérielle et symbolique. Une cartographie genrée révèle ainsi chez les femmes des parcours -irréversibles-, caractérisés par un confinement dans l’espace public résidentiel et une faible pénétration du grand urbain. Les hommes, en revanche, bénéficient de mobilités -réversibles-, faiblement ancrées à leur lieu de résidence mais hautement visibles dans les espaces diversifiés de la cité.

L’observation de l’espace urbain algérien dessine une configuration sensiblement différente. On y relève, pour les hommes, une forte appropriation du quartier traditionnel, souvent désigné sous le terme El houma. Ce lieu devient à la fois foyer de socialisation et marqueur identitaire, témoignant d’un attachement prononcé au territoire résidentiel. Parallèlement, les femmes dévoilent une ouverture inédite vers les espaces urbains. Elles investissent le grand urbain à la recherche d’anonymat et de ressources propices à l’expression d’une identité libérée. À mesure qu’elles s’affranchissent des assignations traditionnelles, elles s’approprient le quartier tout en conquérant progressivement des marges de la ville autrefois réservées aux hommes. Cette redéfinition de l’espace public s’effectue néanmoins dans un contexte de négociation continue. Les hommes, tout en maintenant leur présence dominante, adaptent leurs pratiques à l’irruption croissante des femmes. Celles-ci, de leur côté, renforcent leurs stratégies matérielles et relationnelles pour contrevenir aux normes genrées et investir de nouveaux territoires urbains. Le contrôle moral et social des femmes repose encore sur des notions de
« vertu » et « d’honneur », comme le développe si bien le sociologue tunisien Bouhdiba[9] (Bouhdiba, 1984). Ces principes visent à maintenir un ordre moral dans l’ensemble des espaces urbains, limitant la circulation féminine à l’environnement résidentiel ou familial.

Pour dépasser ces barrières, des stratégies différenciées se mettent en place. Les hommes mobilisent leurs ressources matérielles – accès aux infrastructures, travail informel dans la rue – et exploitent un capital social constitué de réseaux forts et faibles, selon la typologie de Granovetter (1973). Les femmes, quant à elles, doivent d’abord négocier au sein de la famille leur passage de l’espace domestique vers la sphère publique, en valorisant des motifs « légitimes » tels que les études, l’emploi ou les tâches périphériques au domestique.

… Quand je sors c'est par nécessité comme pour chercher mes enfants, aller chez le médecin ou faire les courses. (Farida, 50 ans, mariée, femme au foyer).

Figure 3 : Typologie de stratégies et de potentiels (liste non exhaustive)

Stratégies (Mobilités)

Potentiels (motilité)

Le Care

Soins aux ascendants ou descendants au-delà de l’espace domestique

L’automobilité (Hidjab d’acier)

Permis de conduire, achat d’un véhicule

Générer des revenus (capital financier)

Études et travail (autonomisation financière)

L’inversion des temporalités sociales diurne et nocturne (notamment pendant la période du Ramadan)

Le religieux (s’approprier les temporalités du sacré)

TIC (mobilité virtuelle du numérique et du digital)

Maitrise de l’outil informatique, utilisation des réseaux sociaux pour raison communicationnelles ou marchandes.

Types de mouvements : la relativité des mobilités féminines

Il convient de distinguer ensuite les mouvements spécifiques aux catégories de femmes. Les célibataires recourent tant aux liens forts, via un voisinage protecteur, qu’aux liens faibles, grâce aux réseaux sociaux et à des incursions périodiques dans le grand urbain. Lorsque leur autonomie financière le permet, la récursivité de ces déplacements prime sur toute irréversibilité, offrant un moyen d’échapper aux contrôles sociaux et moraux
(Kauffmann, 2004).

Les catégories de femmes dans une situation matrimoniale d’épouse et de mère utilisent des forts accès sur des mobilités résidentielles (entre Eddar et la Houma étendue) et utilisent très souvent la légitimité du Care pour être dans l’espace public (Kauffmann, 2004). À travers ces parcours, elles développent un véritable « mode d’emploi » de l’espace public, jouant sur des spatialités et temporalités plurielles. Ces tactiques visent à contourner l’ordre genré hérité, décrit par R. Connell comme hégémonique et à instaurer une présence féminine visible et revendicatrice dans la ville.

L’agencement entre espaces publics et privés illustre des géographies genrées et un urbanisme sexué : ni les hommes ni les femmes ne se sentent naturellement légitimes partout. Cette organisation symbolique des lieux, selon Bourdieu, s’exprime par un mouvement féminin de proximité et un mouvement masculin de distanciation. Pourtant, l’urbain algérois apparaît aujourd’hui comme un possible terrain d’émancipation, où les femmes, grâce à l’automobilité, à la techno-sphère et tant d’autres potentiels, redéfinissent progressivement la représentation genrée de la ville.

Conclusion

L’étude des mobilités urbaines à travers la notion de motilité permet de renouveler en profondeur notre compréhension des dynamiques socio-spatiales qui façonnent les villes contemporaines. En articulant les dimensions d’accessibilité, de capacité individuelle à se déplacer et de possibilités d’appropriation des espaces, la « motilité » dépasse l’approche classique des mobilités réduites aux seuls flux physiques ou à l’offre en infrastructures. Elle introduit une lecture plus fine, sensible aux disparités sociales, aux formes d’inégalités spatiales
et aux pratiques différenciées selon les catégories sociales et les rapports de genre. Dans le cas d’Alger, cette approche s’avère particulièrement féconde pour analyser les recompositions territoriales à l’œuvre dans une métropole marquée par des politiques de relogement massives, une urbanisation éclatée, et des mutations rapides de ses centralités.

L’une des contributions majeures de cette approche consiste à rendre visibles les multiples formes d’inégalités genrées dans l’accès et l’usage de la ville. Loin d’être un espace neutre, l’espace public urbain est traversé par des normes sociales, des injonctions comportementales et des pratiques d’exclusion implicites qui tendent à assigner les femmes à certaines temporalités, ou à certains usages « autorisés ». Les trajectoires de mobilité des femmes sont ainsi façonnées par des logiques de prudence, d’évitement ou de contournement, souvent en décalage avec celles des hommes, révélant une fragmentation du vécu urbain. Comprendre ces différenciations genrées ne revient pas simplement à constater des disparités, mais à analyser en profondeur les mécanismes sociaux et spatiaux qui les produisent.

À Alger, les transformations successives du tissu urbain, couplées à une répartition inégale des services et des opportunités entre centre et périphérie, ont engendré des parcours de mobilité de plus en plus contraints pour de larges franges de la population
et notamment pour les femmes. Le déplacement n’est plus seulement une question de distance, mais devient un enjeu de pouvoir, d’autonomie et de reconnaissance. Le concept de motilité, en mettant en relation les capacités individuelles et les conditions structurelles d’accès à la ville, permet de saisir cette tension entre ce que les individus peuvent faire, ce qu’ils souhaitent faire et ce que le contexte leur permet effectivement d’accomplir.

En définitive, inscrire une perspective genrée dans l’analyse des mobilités urbaines ne constitue pas uniquement un choix méthodologique, mais un impératif pour repenser la fabrique urbaine dans une optique plus inclusive. Cela suppose de déconstruire les évidences de l’aménagement urbain, d’interroger les pratiques ordinaires de déplacement et d’appropriation
et d’intégrer pleinement les expériences différenciées dans les politiques publiques. À ce titre, la motilité se présente comme un outil conceptuel essentiel pour relire les dynamiques mobilitaires à Alger, pour comprendre les formes d’attachement ou de désaffiliation à l’espace urbain et pour penser autrement la question de la justice spatiale à l’ère des villes fragmentées.

Cite this article

BOUSSAÏD, K. (2026). Alger, une ville genrée à l'épreuve de la motilité. Insaniyat - Algerian Journal of Anthropology and Social Sciences, 29(109), 109–131. https://insaniyat.crasc.dz/en/article/alger-une-ville-genree-a-lepreuve-de-la-motilite