La ville algérienne face à ses défis : de l’espace voulu à l’espace vécu. Une mise en perspective critique

73 – 93
La recherche en sciences sociales : approches par les contextes
N° 111 — Vol. 30 — 31/03/2026

La réflexion que je livre est l’aboutissement de plus de quatre décennies de recherche consacrées à la question urbaine en Algérie. Ce cheminement m’a permis d’accompagner les évolutions de la société algérienne, marquant le passage d’une société où prédominait encore la vie rurale - cadre de vie de l’immense majorité de la population au moment de l’indépendance - à une société urbaine.

En 1985, après avoir soutenu une thèse[1] portant sur la paysannerie des Hautes-plaines sétifiennes et sur les stratégies qu’elle mettait en œuvre entre maintien, tentative de reconquête foncière, déracinement et reconversion, j’ai poursuivi mes travaux en m’intéressant à son devenir en la suivant notamment dans son exode rural vers les villes où dans l’émigration en France. Par la même, la ville et la question urbaine sont ainsi devenus mes objets de recherche.

La ville, objet et laboratoire du changement social

Dans une société algérienne en pleine mutation, la ville s’est imposée comme l’objet et le lieu privilégiés permettant de suivre et d’analyser les transformations socio-économiques et les nouvelles configurations sociales. Véritable observatoire de la société et du changement social, au sens que lui donnaient les chercheurs de l’École de Chicago, j’ai étudié la ville comme un système social total, comme le lieu où se cristallisent les mutations sociétales[2], Faire une sociologie de l’Algérie au prisme de la question urbaine a été le fil conducteur de mes recherches[3].

Sétif, est la première ville où j’ai commencé mes investigations. Avec Denis Millet, un architecte urbaniste, nous avons choisi d’étudier deux quartiers de la ville pour appréhender les stratégies résidentielles mises en œuvre. D’une part, un quartier populaire, Tandja, longtemps considéré par les pouvoirs publics comme un « cancer urbain », espace stigmatisé par excellence. D’autre part, un grand lotissement pavillonnaire, réalisé dans les années 1980 et rapidement surnommé « Dallas » par la population, en référence au modèle de la réussite sociale que promouvait une célèbre série télévisée américaine du même nom.

Cette mise en comparaison fut riche d’enseignements. L’article intitulé « Les pratiques de détournement-retournement de l’espace urbain, architectural et urbain » (Belguidoum et Millet, 1985) montrait comment dans le cas du lotissement pavillonnaire, l’urbanisme institutionnel était réinterprété, détourné par les populations en fonction de leurs stratégies respectives. Inversement, l’urbanisme du bas, ou urbanisme populaire, celui dit de l’informel, fabriquait de la ville en fonction d’une approche pragmatique et d’un savoir-faire basé sur une entente entre voisins, contournant une réglementation rigide et peu encline aux réalités locales.

Dans les deux cas, la rencontre entre les stratégies résidentielles portées par les acteurs du bas et les politiques urbaines, donnaient lieu à des compromis et participaient à la fabrique de la ville réelle. Ce fut le point de départ pour une série d’investigations que j’allais poursuivre tout au long de ma carrière. Travaillant sur différentes villes algériennes – Biskra, El Oued, Touggourt et Ouargla dans le Bas-Sahara (Belguidoum, 2002 ; 2005a ; 2016), Oran (Belguidoum et Boudinar, 2015 ; 2016), Constantine (Belguidoum, 2021d)) mais aussi les petites villes de l’Est algérien (Belguidoum, 1992, 1994, 1995, 2015), ou encore El Eulma (Belguidoum et al., 2017) – je me suis efforcé de comprendre les logiques qui agissaient en soubassement à la fabrique de la ville réelle.

En m’appuyant sur une démarche constructiviste (Bourdieu, 1993), mon cheminement m’a permis de suivre et de vivre les mutations de la société algérienne et le rapport dialectique entre les pratiques sociales et le cadre spatial. Comprendre la ville, c’est d’abord la lire comme un produit sans cesse renouvelé de l’activité des agents, lesquels sont eux-mêmes le produit de conditions sociales et urbaines historiquement constituées. Les individus ne sont pas des entités abstraites, et les pratiques urbaines ne sauraient être réduites à une simple agrégation d’actes et de choix individuels. Elles sont celles d’agents sociaux dont les pratiques ne peuvent se comprendre que comme des pratiques collectives, c’est-à-dire celles de groupes sociaux dotés de capitaux économiques, sociaux, politiques et symboliques, leur permettant de mettre en œuvre des stratégies plus ou moins élaborées dans l’espace urbain.

D’abord perçues comme iconoclastes, ces recherches faisaient de la ville réelle l’objet central de l’analyse, un système social produit d’interactions entre les politiques du haut et les stratégies du bas. Deux articles synthétisent et illustrent ce parcours de recherche : « L’urbain informel et les paradoxes de la ville algérienne » (Belguidoum, 2010) et « La ville dans tous ses états » (Belguidoum, 2021a).

L’absence d’un champ des études urbaines

Mes travaux rejoignaient ceux développés au même moment par plusieurs chercheurs de différents champs disciplinaires : des sociologues - Rachid Sidi Boumedine (2002, 2005), Abdelkader Lakjaa (1998 ; 2009), des urbanistes (Semmoud N., 2007, 2010, 2015) et des géographes (Bendjelid, 1997, 2010 ; Semmoud B. et Prenant, 1978).

Mais de manière générale, la recherche souffrait de l’absence d’un champ structuré des études urbaines, susceptible de renouveler les approches et de dépasser les cloisonnements disciplinaires (Madani, 2008).

Prisonniers d’une vision formaliste et idéalisée de la ville, de nombreux travaux restaient cantonnés à des approches parfois « hors sol », déconnectées de la ville telle qu’elle se fabrique et se pratique quotidiennement. Nombre d’études partaient d’une modélisation initiale pour analyser la ville existante. Dans cette perspective, la ville modélisée ou la ville voulue s’opposait à la ville dite de « l’informel », sans que souvent la moindre distinction soit faite entre ces différentes formes auxquelles peut renvoyer cet urbanisme du bas (Belguidoum, 2010).

D’autres approches s’appuyaient sur une approche nostalgique de la ville historique, la ville « arabo-musulmane », érigée en modèle de la ville idéale. Or, à l’instar de la ville médiévale européenne, ces villes étaient avant tout des villes concrètes, traversées par des logiques d’ordre et de désordre, d’équilibres et de tensions. Rappelons-nous Ibn Battûta, au XIVᵉ siècle, pris de vertige en découvrant Le Caire, qu’il décrivait comme « une mer agitée d’hommes »[4]. La ville réelle contemporaine possède elle aussi sa logique propre, que le chercheur se doit de comprendre. De telles oppositions empêchent de voir qu’entre ces deux représentations, la ville voulue et la ville stigmatisée, il y a la ville réelle, la ville des usages et des usagers, la ville vécue, celle qui aujourd’hui est au cœur de la question urbaine. Rompre avec la ville modélisée et les approches formalistes constitue dès lors une nécessité scientifique.

L’absence d’un champ structuré des études urbaines a favorisé une recherche éparse, fragmentée, souvent redondante, captive de ses propres présupposés : monographies peu ou pas problématisées, présentées comme des « études de cas », portant sur les programmes urbains, les espaces publics, les extensions urbaines et surtout sur la dénonciation de l’informel, notion-valise englobant toute pratique sortant des normes réglementaires.

Or, un champ scientifique se définit par la constitution d’un ensemble cohérent d’objets, par l’existence de problématiques discutées et argumentées, par des échanges féconds - contradictoires et complémentaires - entre les chercheurs. Il suppose également l’existence de revues spécialisées, assurant un suivi et une diffusion de l’état de l’art et de la production scientifique. Un champ devient véritablement structuré lorsqu’il laisse des traces institutionnelles reconnues dans le champ académique : publications récurrentes, séminaires, réseaux de recherche, programmes collectifs.

La création du Pôle de la recherche urbaine en Algérie (PRUA), que j’ai initié entre 1992 et 1996, s’est voulue être une contribution, parmi d’autres, visant à favoriser l’émergence d’un champ des études urbaines. La constitution d’un réseau de recherche, s’appuyant notamment sur le réseau des Maisons des Sciences Humaine (France) et le Centre de Recherche en Économie Appliquée pour le Développement (CREAD, Algérie), l’organisation de journées d’études thématiques en France et en Algérie, ainsi que la réponse à un programme national de la recherche (PNR, populations et société) (Belguidoum et al., 2014), ont été autant d’initiatives allant dans ce sens. Par ailleurs, la direction que j’ai assurée de plusieurs dossiers de revue a permis de mobiliser et de mettre en valeur les travaux de jeunes chercheurs[5].

Nouvelles périodisations, nouveaux défis

Aujourd’hui, la ville algérienne est entrée dans une nouvelle phase de son développement et de nouvelles problématiques s’imposent appelant à des approches renouvelées. Tout en poursuivant ses extensions - à travers la création de nouveaux pôles urbains et de villes nouvelles-, elle est désormais engagée dans un processus de recomposition de ses tissus existants. La ville se refait ainsi sur elle-même, obligeant à repenser et à comprendre les processus de recomposition socio-spatiale à l’œuvre.

Dans le prolongement de nos propres investigations menées à Sétif et Oran, dans le cadre du PNR Populations et sociétés (Belguidoum et al., 2014), des recherches plus récentes se sont intéressées à la gentrification, un processus devenu central pour comprendre la ville contemporaine qui se recompose sur elle-même (Chebini, 2023). La gentrification est devenue l’un des mécanismes majeurs de la redistribution sociale et spatiale, révélatrice des nouvelles inégalités urbaines et de leurs inscriptions dans l’espace urbain.

Plus généralement, la ville est confrontée à de nouveaux défis, parmi lesquels la question environnementale et le réchauffement climatique occupent une place centrale. Sur ces enjeux, les travaux demeurent encore peu nombreux. Il convient néanmoins de souligner le caractère pionnier des recherches menées par Ammara Bekkouche (2014, 2024) qui ont ouvert des pistes importantes, notamment autour des relations entre morphologie urbaine, habitat, paysage et contraintes climatiques. Dans le même registre, l’urbanisation au Sahara interpelle à juste titre sur son impact environnemental et sur les conditions de vie (Bachar, 2021).

L’urbanisme, un champ disciplinaire au cœur des approches urbaines

Aujourd’hui, l’urbain s’impose comme le cadre de vie principal de la grande majorité de la population algérienne. Les villes structurent le territoire national à partir d’une armature urbaine où métropoles en formation, grandes, moyennes et petites villes concentrent l’essentiel des activités de services, de production et d’emploi.

Entrée au début du XXIᵉ siècle dans une nouvelle étape de sa transition urbaine, l’Algérie voit ses villes se développer à la croisée de deux dynamiques : la programmation publique et l’urbanisation spontanée. Le résultat est souvent une juxtaposition de tissus urbains hétérogènes, produisant un ensemble fragmenté et parfois désordonné. Portée par une dynamique sociétale (démographie, structures socio-économiques), la ville continue de croître tout en se remodelant sur elle-même.

L’État, acteur central de la fabrique urbaine, a longtemps répondu à une forte demande sociale par de vastes programmes de construction de logements. Cette démarche, qui consiste à « faire la ville par le logement », montre aujourd’hui ses limites : les attentes sociétales évoluent et appellent de nouvelles approches.

Les processus de reconfiguration urbaine, la gentrification des centres-villes et des quartiers péricentraux, la gouvernance et la gestion urbaine de proximité, le développement durable, la transition écologique et bien d’autres enjeux constituent autant de chantiers à ouvrir.

Ce constat sur les transformations urbaines qu’a connues l’Algérie depuis plusieurs décennies, oblige à interroger la place de l’urbanisme face aux défis auxquels la ville algérienne est confrontée. Il faut repenser l’urbanisme et son champ à l’aune de la résilience, de l’appropriation citoyenne et de la qualité environnementale, afin de construire des villes capables de conjuguer développement, adaptation et sensibilité aux besoins humains.

La ville algérienne. Un rapide état des lieux

L’Algérie a connu un processus d’urbanisation qui, sans être achevé, a profondément transformé les structures de la société et modifié les modes de vie de la population.

En l’absence de données statistiques actualisées, on peut raisonnablement estimer qu’en 2025, alors que la population totale a quadruplé depuis l’indépendance pour atteindre environ 47 millions d’habitants[6], la population urbaine a été multipliée par onze, passant de 3 à 33 millions d’habitants, soit près de 75 % de la population.

L’armature urbaine s’est densifiée. Trois villes dépassent aujourd’hui le million d’habitants (Alger, Oran et Constantine), et on compte près de 60 villes de plus de 100 000 habitants. Des logiques métropolitaines émergent, et les aires urbaines issues de conurbations et de la densification du réseau urbain deviennent de plus en plus nombreuses[7].

Métropoles nationales ou régionales (Alger, Oran, Constantine et Annaba), villes moyennes ou petites, pôles urbains issus de l’urbanisme programmé, ou encore nouvelles agglomérations produites par les dynamiques locales : les villes algériennes sont plurielles. La hiérarchie du réseau urbain se renforce, et la création de nouvelles agglomérations ne remet pas en cause la trame spatiale héritée de la période coloniale. Ainsi, 63,5 % des agglomérations urbaines - dont les quatre métropoles - sont situées au nord du pays, 27,4 % sur les Hauts Plateaux et 9,1 % dans le Sud (ONS, 2011).

Ce processus intense d’urbanisation s’est accompagné d’un étalement qui a revêtu différentes formes : l’urbanisme programmé ou de projets - création ex nihilo de villes nouvelles et, surtout, de zones d’habitat planifié et de pôles urbains - ainsi que l’urbanisation « d’émanation populaire » (Belguidoum, 2011).

Hybridité et fragmentation urbaine : une recomposition en cours

Ces mutations s’inscrivent dans un contexte où l’exode rural n’est plus le moteur principal de l’urbanisation. La croissance démographique, la décohabitation familiale et la généralisation du ménage nucléaire - générant une demande accrue en logements - constituent désormais les principaux facteurs de la dynamique urbaine. Les ambitieux programmes publics - 3 millions de logements entre 2010-2019 - (Belguidoum, 2021a) absorbent en partie cette demande, et l’habitat non réglementaire continue de compenser un déficit structurel.

L’urbain informel (Belguidoum, 2010), ou l’urbanisme d’émanation populaire (Deboulet, 1994), recouvre aujourd’hui une réalité composite. S’il s’exprimait autrefois principalement à travers les bidonvilles, il relève désormais moins de la précarité que du non-réglementaire. Son organisation ne procède plus uniquement de la spontanéité mais d’un véritable savoir-faire habitant. Les pratiques informelles, en contrevenant aux règles, soulèvent la question de la légitimité sociale face à la légalité institutionnelle (Sidi Boumedine, 2002). Combattu et stigmatisé par les pouvoirs publics, l’informel urbain constitue pourtant un urbanisme « par le bas », porteur d’une autre légitimité et susceptible d’inspirer les programmations futures.

Produit de l’articulation entre politiques publiques et urbanisation spontanée, les villes se présentent souvent comme des ensembles composites, où coexistent différents tissus formant une totalité fragmentée. Selon leur histoire, elles apparaissent comme une superposition de strates : la ville précoloniale (casbah, médina, ksar), la « ville coloniale » avec son plan orthogonal en damier, la « ville de l’auto-construction » ou de l’urbanisme populaire, et la « ville planifiée » issue des programmes d’aménagement : zones d’habitat urbain nouvelles (ZHUN), grands ensembles collectifs, lotissements pavillonnaires. À cela s’ajoutent, depuis quelques années, les ensembles résidentiels issus de la promotion immobilière privée.

Tout en continuant à se développer la ville se refait sur elle-même. Ces tissus, qui singularisent chaque ville selon son histoire, évoluent au gré des réappropriations successives, des reconstructions et des nouvelles architectures qui redessinent centres coloniaux, quartiers péricentraux, faubourgs et périphéries. Aucune ville algérienne, aucun territoire urbain n’échappe à ces recompositions.

Progressivement, se met en place une organisation spatiale marquée par l’émergence de nouvelles polarités et centralités qui redessinent la ville en reliant ou séparant les différents territoires urbains : grands ensembles collectifs (renforcés par les pôles urbains), quartiers résidentiels de l’entre-soi, quartiers d’urbanisme populaire (Belguidoum, Cattedra, Iraqi, 2015).

L’urbanisme de l’urgence - celui de la fabrique de la ville par le logement - est aujourd’hui dépassé. Les nouvelles aspirations sociales (qualité de vie, espaces publics, mobilité, durabilité, mixité fonctionnelle, etc.) appellent désormais à d’autres approches de l’urbanisme, un urbanisme qui devra être inclusif et en mesure de prendre en charge cette recomposition urbaine.

Le nouveau cadre de vie urbain introduit inévitablement des perturbations dans les systèmes de références et de socialisation et les situations anomiques (délinquance, incivisme, violences urbaines) apparaissent comme l’une des conséquences de ces transformations. Parallèlement, de nouvelles formes d’action collective, d’organisation et de revendication se manifestent sous des modalités diverses. Cette société urbaine en transition redéfinit ainsi les conditions du lien social (Belguidoum, 2021a).

Les modes de vie, les pratiques et temporalités urbaines, les représentations sociales et les imaginaires induits ou générés par la ville, le rapport entre l’espace conçu ou voulu et l’espace vécu, les appropriations de l’espace public, la gestion quotidienne des cadres de vie, les mobilités et ancrages résidentiels constituent autant de thèmes qui interrogent les urbanités en cours de construction. C’est dans ce cadre en pleine mutation que se déploient les rapports sociaux et que s’expriment ces manières d’être de la ville et dans la ville.

L’urbanisme, un champ en construction : savoirs, pratiques et légitimités

C’est dans ce contexte que l’urbanisme doté d’outils analytiques et opérationnels se doit d’être repensé : penser la ville réelle pour agir est devenu un impératif.

Le domaine d’action de l’urbaniste, celui de la maîtrise d’œuvre du cadre de vie, s’inscrit dans un champ spécifique de production de savoirs et de savoir-faire, combinant réflexions, méthodes et approches, propres à ce champ ou importées d’autres domaines (paysagisme, sciences de l’ingénieur, topographie, sciences sociales et humaines, etc.), pour constituer un ensemble articulant théorie et pratique.

Le concept de champ doit être compris au sens où l’entend Bourdieu, c’est-à-dire un espace social spécifique, structuré par des relations objectives entre des positions occupées par différents agents, dont les propriétés peuvent être analysées indépendamment des caractéristiques individuelles de ces derniers. Un champ est à la fois structuré et structurant : il organise, autour d’enjeux propres, des rapports de force (Bourdieu, 1976). Pour l’urbanisme, le champ se définit comme « l’espace de représentation », c’est-à-dire « tout à la fois un ensemble d’instruments, de pratiques, de symboles et même d’idées qui nous servent à représenter… C’est l’espace vide, ou que l’on a vidé pour le préparer à recevoir quelque chose, d’un matériel, d’une légitimité » (Raymond, 1984, p. 20).

La première spécificité de ce champ est de produire des savoirs pratiques permettant l’organisation des cadres de vie, de la ville au logement. C’est en effet à partir de cette compétence intellectuelle que l’urbaniste construit sa légitimité et affirme son domaine spécifique, qui fait de lui un expert. L’abstraction et la nécessaire conceptualisation sont les préalables à son intervention.

L’histoire du champ de l’urbanisme est riche et complexe (Frey, 2000). Ce champ, partagé et revendiqué par l’architecte, l’urbaniste, l’architecte-urbaniste, l’ingénieur urbaniste, l’aménagiste ou encore le paysagiste, n’est pas exempt de confusion. Les luttes internes qui le caractérisent sont vives. Depuis que Ildefons Cerda a proposé en 1867[8] le néologisme « urbanisme » pour distinguer une discipline « autonome », les luttes d’influence et les débats épistémologiques ont opposé architectes, ingénieurs et aménagistes. Aujourd’hui, le paysagisme s’impose également en revendiquant sa place dans le champ de l’urbanisme (Champy, 2000). Son autonomisation s’est opérée non sans tensions. Entre l’architecte et l’ingénieur, un espace de pratiques et de savoirs s’est progressivement constitué, jusqu’à s’imposer comme champ autonome.

Les conceptions produites par ces experts de l’organisation de l’espace sont appelées à s’inscrire durablement dans l’espace, façonnant le cadre de vie et impactant les pratiques sociales. L’organisation spatiale, son agencement, les constituants de l’espace urbain : bâti, artères, voies, places (Lynch, 1960), imprègnent et conditionnent le quotidien sur la longue durée, parfois pour plusieurs générations.

Dès lors, comment appréhender la place de l’urbanisme aujourd’hui, en tant que champ disciplinaire, et celle des urbanistes en tant qu’agents de ce champ ? Qui sont-ils et quelle place occupent-ils dans la société et dans les processus de fabrication de la ville ?

L’urbaniste (architecte, ingénieur, topographe), quand il n’est pas supplanté par le décideur, est devenu un acteur social incontournable. C’est à partir de son savoir expert, de ses compétences, que la ville s’élabore, même s’il n’est pas le seul à agir et que son rôle est sous le contrôle de la réglementation, des décideurs politiques et des promoteurs économiques.

Dans une société comme l’Algérie, marquée par une transition urbaine forte, la place et le rôle de l’urbaniste ne peuvent prendre qu’une dimension particulière. Toutefois, cette reconnaissance peine encore à s’affirmer. L’urbanisme, quand il n’est pas confisqué par le décideur, reste l’apanage de l’architecte. Seuls l’École Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme (EPAU), créée en 1970 et le département d’urbanisme de Constantine, délivrent un titre spécifique (option urbanisme), et les masters d’urbanisme sont du ressort des instituts d’architecture.

La réception sociale de l’urbanisme - De l’espace voulu à l’espace vécu (Belguidoum, 2014)

L’urbanisme de projet, qui se déploie à partir des années 1970, s’inscrit dans des logiques technicistes héritées de l’urbanisme fonctionnaliste européen du milieu du XXe siècle (Belguidoum, 2021d). Production à grande échelle de logements collectifs standardisés, distribués selon un zonage délimité par de grandes voies de circulation et faisant de l’unité de voisinage l’échelon de référence dans la distribution des équipements, cet urbanisme institutionnel prendra la forme de Zones d’Habitat Urbain Nouvelles (ZHUN), de pôles urbains et de villes nouvelles.

Cet urbanisme de tours et de barres, souvent mis en œuvre dans l’urgence, demeure cependant largement déficient (Sidi Boumedine, 2016) Dépourvu d’espaces verts et d’équipements de proximité, il confie implicitement aux habitants la responsabilité de pallier ces manques. Ce sont eux qui souvent, à travers des pratiques informelles, aménagent des espaces de sociabilité et compensent l’absence d’équipements commerciaux et de services à la personne.

Or, penser la ville uniquement par le logement, comme le fait cet urbanisme volontariste, s’avère insuffisant pour répondre durablement aux besoins de la population. L’habitat non réglementaire, dans ses formes diverses, apparaît dès lors comme une réponse parallèle, venant combler le déficit laissé par les politiques publiques.

Ce modèle de l’urbanisme fonctionnel, largement repris dans les programmes algériens, repose sur l’idée que les normes et les valeurs qui le sous-tendent sont légitimes et garantes de progrès et de bien-être. Institution et experts (architecte et urbaniste) se confondent dans un même projet pensant et décidant à la place des populations. La crise des grands ensembles dans les pays du Nord, qui a conduit à repenser un urbanisme fondé sur la proximité, est ignorée en Algérie, où la production massive de logements se poursuit à grande échelle.

La compétence de l’expert (l’architecte et/ou l’urbaniste) lui confère un rôle d’interface entre les besoins et les aspirations des populations et les exigences de la société, entre le passé, le présent et le futur. « Homme de synthèse », l’expert doit articuler le voulu et le vécu, oubliant souvent que tout dessin urbain porte en lui un dessein social (Prado, 1983). L’espace de représentation conçu par l’expert a pour finalité de produire un cadre de vie. En se matérialisant, il devient espace vécu, support d’appropriations attendues ou inattendues, dépendantes des usages sociaux.

L’espace voulu et l’espace vécu forment ainsi un couple en tension permanente, opposant institutions et habitants, vision de l’extérieur et expérience de l’intérieur. Les grands ensembles, solution adoptée pour répondre aux besoins en logement, deviennent, dès lors qu’ils sont habités, des lieux de vie, d’expériences quotidiennes, de banalité et d’invention, de convivialité et de mémoire, mais aussi de tensions et de conflits. Autant d’éléments qu’il convient de comprendre pour en tirer les enseignements nécessaires et nourrir de nouvelles interventions urbaines. Ces territoires produits par un urbanisme normatif, se transforment, une fois appropriés, en espaces sensibles, traversés par la diversité des expériences et des mémoires. C’est dans cette rencontre que se révèle l’écart entre un urbanisme froid, techniciste, et la richesse de la ville vécue.

Les villes algériennes sont aujourd’hui le produit de la rencontre entre des logiques de production « programmée » et des logiques de production « spontanée », issues à la fois de leur confrontation et de leur complémentarité. Entre la règle et les pratiques s’invente ainsi un urbanisme de fait, un urbanisme de compromis, comme en témoignent les nombreux quartiers des différentes villes. Résultant de pratiques de transgression, ces espaces, tout en s’intégrant au tissu urbain, sont devenus des lieux dynamiques et attractifs.

Depuis quelques années, les études urbaines adoptent des approches novatrices, qu’il faut poursuivre, déplaçant..., déplaçant l’analyse vers des objets et des phénomènes encore peu explorés. Alors que la question des processus de fabrication de la ville a longtemps occupé une place centrale, l’attention portée aux pratiques urbaines et aux dynamiques issues « par le bas » constitue à la fois un renouvellement et un prolongement de cette réflexion (Belguidoum, 2021c).

Le passage d’un urbanisme fonctionnel à un urbanisme du développement durable

Les enjeux environnementaux sont devenus incontournables, notamment face aux impératifs de durabilité, aux effets du réchauffement climatique et à l’impact de l’urbanisation sur les écosystèmes. Cela impose aujourd’hui une redéfinition profonde des pratiques urbanistiques. Concentrant plus de la moitié de la population mondiale, les villes consomment près de 70 % de l’énergie et génèrent une part majeure des émissions de gaz à effet de serre, ce qui les place au cœur de la transition écologique (Paquot, 2021).

L’Algérie fait partie des pays en première ligne face à ces nouvelles vulnérabilités. Les effets y sont considérables. Qu’il s’agisse des villes du Sud (qui regroupent environ 10 % de la population) ou de celles du Nord, elles ont toutes été conçues et produites selon les principes de l’urbanisme du milieu du XXᵉ siècle, sans réelle prise en compte des impacts sur les écosystèmes et la qualité de vie.

Les défis sont pluriels. Sur le plan environnemental, l’enjeu consiste à limiter les îlots de chaleur, optimiser la gestion des ressources (eau, énergie), réduire les pollutions, préserver la biodiversité et renforcer l’efficacité énergétique. Sur le plan social, le changement climatique accentue les vulnérabilités, aggrave les inégalités et interroge la qualité de vie urbaine. Enfin, sur le plan institutionnel, l’évolution de la gouvernance appelle à une planification de long terme, une coordination accrue des acteurs et une participation citoyenne élargie.

Aujourd’hui, les problématiques environnementales sont largement identifiées, mais leur intégration effective dans les projets urbains demeure un enjeu crucial. Les approches doivent être multiscalaires, de l’organisation des tissus urbains jusqu’au logement. L’étalement urbain et l’artificialisation des sols génèrent des impacts directs sur la qualité de vie et le climat : imperméabilisation, réduction des surfaces végétalisées, amplification des îlots de chaleur. De même, l’urbanisation « par le béton » produit de nouvelles vulnérabilités, accentuées par l’augmentation des pollutions atmosphériques et la raréfaction des espaces verts, essentiels à la régulation écologique. À l’échelle du bâti, l’amélioration de la performance énergétique constitue désormais un impératif, ce qui passe par la mise aux normes des logements, dont de nombreux sont de véritables passoires thermiques.

En résumé, l’urbanisme contemporain doit conjuguer résilience et durabilité : résilience par l’adaptation aux aléas climatiques, durabilité par la réduction de l’empreinte écologique. Cela suppose la mise en œuvre de solutions concrètes - végétalisation, architecture bioclimatique, sobriété énergétique, mobilité douce et co-construction des projets - afin de redéfinir les villes comme espaces de soutenabilité et d’innovation socio-écologique.

Approches sensibles des territoires du quotidien

Les recherches sur la ville et l’urbanisme ont longtemps privilégié des approches fonctionnalistes et technicistes, centrées sur l’organisation spatiale et les logiques d’aménagement (Choay, 1965 ; Lefebvre, 1974). Cette conception globalisante d’une population perçue comme homogène ne correspond pas au vécu et aux représentations des habitants. Ces territoires dès lors qu’ils sont habités, deviennent des lieux de vie, d’expériences, de quotidienneté, de banalité, d’invention, de convivialité, de diversité, de mémoire et de tensions : autant de terrains à comprendre pour en tirer les leçons nécessaires qui pourront se traduire dans les nouvelles interventions urbaines. Car la ville vécue est une ville sensible où la qualité du cadre de vie et le bien-être des habitants deviennent centraux.

La qualité des modes de vie se mesure à travers les ambiances et les perceptions sensorielles. L’intégration de ces dimensions sensibles constitue un tournant important dans la compréhension des territoires du quotidien. Loin d’être anecdotiques, elles participent de la construction de l’identité des lieux, de leur appropriation sociale et de leur durabilité.

L’étude des territoires du quotidien ne peut se limiter à une analyse strictement fonctionnelle ou morphologique. Elle requiert une prise en compte des dimensions sensibles et sensorielles, qui conditionnent la manière dont les habitants perçoivent, ressentent et s’approprient leur environnement. Ces approches, longtemps marginalisées dans les études urbaines, constituent aujourd’hui un champ de recherche et d’action incontournable, à la croisée de l’urbanisme, de l’anthropologie, de la sociologie et des approches cognitivistes. Les travaux de Kevin Lynch (1960) sur l’image de la ville ont montré combien les éléments constitutifs de l’espace (voies, limites, quartiers, nœuds,) structurent la perception urbaine. Ces repères, chargés d’une valeur sensible et cognitive, participent à la lisibilité et à l’appropriation des lieux. Dans cette perspective, les approches sensibles enrichissent la compréhension des mécanismes d’orientation, de mémoire et d’attachement au territoire. Ce type de démarche rejoint les travaux en anthropologie de l’espace (Augoyard, 1979 ; Sansot, 1988) et en géographie sociale (Frémont, 1999), qui insistent sur la nécessité de coconstruire la connaissance des lieux avec leurs usagers.

Produire des démarches et des outils valorisant les perceptions sensibles implique d’élaborer des supports variés - visuels, sonores, audiovisuels ou numériques - susceptibles de rendre compte de la complexité des expériences vécues (Martouzet, 2013 ; A ‘Urba, 2019). Il s’agit non seulement d’analyser les territoires avec les habitants, mais aussi de construire avec eux des formes de représentation qui traduisent leurs ressentis. Cette co-construction favorise une meilleure compréhension partagée des espaces et renforce la dimension participative des projets urbains.

La perception de l’espace urbain mobilise l’ensemble des sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher. Chacun joue un rôle spécifique dans la construction des représentations et des pratiques de l’espace. La dimension sensorielle ne peut toutefois être dissociée du ressenti cognitif et affectif : les habitants interprètent leur environnement à travers un filtre culturel, social et émotionnel. L’analyse sensible des territoires du quotidien doit également intégrer la temporalité (Lefebvre, 1992 ; Grosjean & Thibaud, 2001). Les ambiances urbaines se transforment au fil de la journée, de la semaine ou des saisons. L’avenue commerçante, animée et lumineuse le jour, peut se charger d’autres significations la nuit, oscillant entre attractivité et insécurité. De même, un espace résidentiel ou un centre commercial (mall) offre des expériences distinctes selon les heures et les usages. Ces variations mettent en évidence la nécessité de saisir les dynamiques temporelles de l’espace.

L’expérience urbaine peut ainsi être envisagée à travers une grille d’analyse articulant les cinq sens et trois registres d’interprétation : le sensoriel (ce qui est immédiatement perçu), le cognitif (ce qui est compris, analysé, mémorisé) et l’affectif (ce qui est ressenti émotionnellement). Cette triple lecture permet de dépasser les descriptions morphologiques et froides de l’espace pour accéder à une compréhension fine des pratiques et des significations du quotidien (Martouzet, 2013).

L’intégration des approches sensibles et sensorielles dans l’analyse urbaine ouvre la voie à un renouvellement des pratiques d’aménagement. En reconnaissant la valeur des perceptions habitantes et en construisant avec elles des dispositifs de représentation, il devient possible de concevoir des territoires plus justes, inclusifs et durables. Loin d’être marginales, ces approches participent à la réinvention des politiques urbaines, en faisant de l’expérience quotidienne des habitants une ressource essentielle pour penser la ville contemporaine.

Conclusion : La ville inclusive, une utopie ?

La société est aujourd’hui confrontée à de nouvelles vulnérabilités liées au changement climatique, qui s’ajoutent aux fractures sociales et les amplifient. La prise en charge conjointe de ces deux types de fractures - sociale et environnementale - est un impératif. À la fragmentation socio-spatiale héritée de l’urbanisme fonctionnel doit se substituer une ville inclusive, où prédominera une approche privilégiant la durabilité et la mixité fonctionnelle. Il n’est pas du ressort de l’urbaniste d’éliminer les inégalités sociales, mais il peut contribuer à les atténuer en proposant des modèles de villes fondés sur la mixité fonctionnelle, l’habitat à l’échelle humaine, des lieux de sociabilité et de rencontre, ainsi qu’un cadre de vie pensé pour toutes les catégories sociales et d’âge (enfants, adultes et personnes âgées).

La ville est un organisme vivant, complexe et en perpétuel mouvement. Elle ne peut être figée dans des modèles hérités des décennies passées. Penser la ville résiliente implique, au contraire, d’anticiper les mutations, de s’adapter aux nouveaux risques et de répondre aux vulnérabilités qu’elles soient sociales, sanitaires, économiques ou environnementales.

La ville de demain devra être inclusive et fondée sur la mixité fonctionnelle. Elle devra placer au cœur de son développement la mobilité douce, la présence du végétal, la qualité de l’habitat et le bien-être des habitants. C’est la réconciliation entre espace voulu et espace vécu. Penser la ville inclusive ouvre de nouvelles perspectives que l’urbanisme doit saisir.

Augoyard, J.-F. (1979). Pas à pas. Essai sur le cheminement quotidien en milieu urbain. Seuil.

Agence d’urbanisme de Bordeaux Aquitaine (a’Urba). (2019). Éprouver la ville par les 5 sens, les promenades sensibles de l’a-Urba. https://www.aurba.org/productions/eprouver-la-villepar-les-5-sens-les-promenades-sensibles-de-la-urba/

Bachar Keira. (2021). La vallée du M’Zab : mutations urbaines et préoccupations socio-environnementales. Insaniyat, (91), 45-70.

Bekkouche, A. (Dir.). (2014). Architecture, paysage, urbanisme. Pour quelle qualité de vie ? ENAG/CRASC/DGRSDT.

Bekkouche, A. (2024). L’urbanisme écologique, enjeux et limites, une anthologie. Éditions universitaires européennes.

Belguidoum, S. (1985). Les Righas d’Aïn Oulmène : politiques agraires et stratégies paysannes [Thèse de doctorat, Université Paris Nanterre].

Belguidoum, S., & Millet, D. (1987). Détournements et retournements des modèles urbains et architecturaux à Sétif. Dans N. Haumont & A. Marie (Dir.), Politiques et pratiques urbaines dans les pays en voie de développement (p. 228-247). L’Harmattan.

Belguidoum, S. (1995). Mobilités résidentielles et stratégies sociales dans les petits centres urbains sétifiens (Algérie). Dans R. Escallier & P. Signoles (Dir.), Les nouvelles formes de la mobilité spatiale dans le monde arabe (Vol. 2, p. 303-322). Urbama.

Belguidoum, S. (1994). Citadins en attente de ville. Maghreb-Machrek, (143), 42-55.

Belguidoum, S. (1995). Recompositions sociales et nouvelles formes urbaines : la réappropriation du champ urbain à Sétif (Algérie). Dans R. Gallissot & B. Moulin (Dir.), Les quartiers de la ségrégation, Tiers-monde ou Quart-monde ? Karthala.

Belguidoum, S. (2002). Urbanisation et urbanité au Sahara. Méditerranée, 99(3-4), 55-62.

Belguidoum, S. (2005). La ville et le désert, le Bas-Sahara algérien (Chapitres X-XIV). Dans M. Côte (Dir.), La ville et le désert, le Bas-Sahara algérien (p. 203-287). Karthala/IREMAM.

Belguidoum, S., & Mouaziz, N. (2010). L’urbain informel et les paradoxes de la ville algérienne : politiques urbaines et légitimité sociale. Espaces et Sociétés, (143), 101–116.

Belguidoum, S., Boudinar, A., & Chouadra, S. (2014). Analyse des dynamiques urbaines et processus de reconfiguration des villes algériennes. Enquête sur les pratiques d’habiter à Oran et Sétif (Rapport de recherche du Programme National de Recherche – Populations et société). HAL. https://shs.hal.science/halshs-03760765

Belguidoum, S. (2014). L’abeille et l’architecte. Pour une sociologie de la pratique de la pratique architecturale et urbanistique en Algérie. Dans A. Bekkouche (Dir.), Architecture, paysage, urbanisme, pour quelle qualité de vie ? (p. 39-54). CRASC/DGRSDT.

Belguidoum, S., Cattedra, R., & Iraqi, A. (Dir.). (2015). Villes et urbanités au Maghreb [Numéro spécial]. L’Année du Maghreb, (12). CNRS Éditions.

Belguidoum, S., & Boudinar, A. (2015). Dynamique marchande et renouveau urbain à Oran. Médina J’dida et Choupot deux quartiers du commerce transnational. Les Cahiers d’EMAM, (26). https://doi.org/10.4000/emam.1027

Belguidoum, S. (2015). Le dynamisme des nouvelles places marchandes de l’Est algérien : reconfiguration urbaine et nouvelles donnes sociales. Dans V. Peralva & T. da Silva (Dir.), Ilegalismo na globalização, migrações, trabalho, mercados (p. 271-286). Editora UFRJ.

Belguidoum, S., Chouadra, S., & Alikhodja, N. (2017). El Eulma (Algérie), anatomie d’une place emblématique du commerce transnational. Les Carnets de l’IREMAM.

https://iremam.hypotheses.org/6456

Belguidoum, S., & Boudinar, A. (2016). Les cités du Bas-Sahara. Éléments d’histoire urbaine. Revue des Sciences Sociales et Humaines de l’Université de Ouargla, (22).

Belguidoum, S. (2021a). Transition urbaine et nouvelles urbanités : la ville algérienne dans tous ses états. Moyen-Orient, (40), 62–68.

Belguidoum, S. (2021b). Un urbanisme de compromis. Urbanisme, (451), 61.

Belguidoum, S. (dir.). (2021c). Vivre et (re)penser la ville – nouvelles perspectives (Tomes 1 & 2). Insaniyat. Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, (91-92). https://insaniyat.crasc.dz/fr/91-92

Belguidoum, S. (2021d). Ali Mendjeli (Constantine), une ville nouvelle à la recherche de son identité. Ambiances commerciales et nouvelles urbanités. Insaniyat. Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, (91), 29-44. https://doi.org/10.4000/insaniyat.24564

Bendjelid, A. (1997). Anthropologie d’un nouvel espace habité : enjeux fonciers et spatialités des classes moyennes à Oran et sa banlieue (Algérie). Insaniyat. Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, (2), 41–56. https://doi.org/10.4000/insaniyat.11486

Bendjelid, A. (Dir.). (2010). Villes d’Algérie. Formation, vie urbaine et aménagement. CRASC.

Bourdieu, P. (1976). Le champ scientifique. Actes de la recherche en sciences sociales, (2-3), 88–104. https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1976_num_2_2_3454

Bourdieu, P. (1993). La misère du monde. Seuil.

Braudel, F. (1967). Civilisation matérielle et capitalisme. Armand Colin.

Champy, F. (2000). Les architectes, les urbanistes et les paysagistes. Dans T. Paquot, M. Lussault & S. Body-Gendrot (Dir.), La ville, l’urbain : l’état des savoirs (p. 215–224). La Découverte.

Chebini, N. (2023). Productions, acteurs, et stratégies de la promotion immobilière privée dans le renouvellement des espaces péricentraux à Annaba (Est Algérien). Géocarrefour, 97(3). https://doi.org/10.4000/geocarrefour.22306

Choay, F. (1965). L’urbanisme, utopies et réalités : une anthologie. Éditions du Seuil.

Deboulet, A. (1994). Vers un urbanisme d’émanation populaire. Compétences et réalisations des citadins. L’exemple du Caire [Thèse de doctorat, Université Paris XII Val de Marne]. Institut d’Urbanisme de Paris (IUP).

Frémont, A. (1999). La région, espace vécu. Flammarion.

Frey, J.-P. (2000). La ville des architectes et des urbanistes. Dans T. Paquot, M. Lussault, & S. Body-Gendrot (Dir.), La ville, l’urbain : l’état des savoirs (p. 106-114). La Découverte.

Lefebvre, H. (1974). Le droit à la ville. Anthropos.

Lefebvre, H. (1992). Éléments de rythmanalyse : introduction à la connaissance des rythmes. Syllepse.

Lynch, K. (1960). The image of the city. MIT Press.

Lakjaa, A. (1998). La ville : creuset d’une culture nouvelle (Villes, cultures et société en Algérie). Insaniyat, (5), 39–59. https://insaniyat.crasc.dz/fr/table-of-contents/villes-algeriennes

Lakjaa, A. (2009). Les périphéries oranaises : urbanité en émergence et refondation du lien social. Les Cahiers d’EMAM, (18), 29–43. https://doi.org/10.4000/emam.184

Madani, M. (2008). 25 ans de sociologie urbaine en Algérie. Dans Actes du colloque : Penser la ville – approches comparatives (p. 1-15). HAL Open Science.

Martouzet, D. (Dir.). (2013). Sentir et ressentir la ville. Norois, (227). https://doi.org/10.4000/norois.4633

Office National des Statistiques (ONS). (2008). Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH).

Office National des Statistiques (ONS). (2011). Armature urbaine (Collections statistiques n° 163/2011, Série S : Statistiques sociales).

Office National des Statistiques (ONS). (2024). Démographie algérienne (Rapport n° 1030).

Paquot, T. (Dir.). (2021). Écologie des territoires : transition & biorégions. Éditions Terre urbaine.

Prado, P. (1983). Espaces voulus, espaces vécus. Sociologie du travail, 25(2), 195–205.

Prenant, A., & Semmoud, B. (1978). Les nouvelles périphéries urbaines en Algérie. Dans Urbanisation au Maghreb (ERA 706). Université de Tours.

Raymond, H. (1984). L’architecture, les aventures spatiales de la raison. CCI ; Centre Georges Pompidou.

Sansot, P. (1988). Poétique de la ville. Payot.

Semmoud, N. (2007). Habiter et types d’habitat à Alger. Autrepart, (42), 163-180.

Semmoud, N. (2010). Mobilités résidentielles, pratiques de mobilités et constructions territoriales en périphérie(s) des grandes villes. Les Cahiers d’EMAM, (19), 15–31.

Semmoud, N. (2015). Les marges urbaines : un analyseur privilégié de l’urbanisme d’Alger ? Les Cahiers d’EMAM, (47).

Sidi Boumedine, R. (2002). Désordres ou « des ordres » urbains. Naqd, (16), 27–44.

Sidi Boumedine, R. (2016). Bétonvilles contre bidonvilles : cent ans de bidonvilles à Alger. APIC Éditions.

[1] Les Righas d’Aïn Oulmène : politiques agraires et stratégies paysannes. Thèse de doctorat, sous la direction d’Henri Mendras, Paris Nanterre, 1985.

[2] La référence à l’école de Chicago est importante. Non pas qu’il faille partager toutes les analyses produites par ces chercheurs pionniers de la sociologie urbaine (Wirth, Burgess et Park), mais c’est à eux que nous devons ce type d’approche de la ville comme système social total ouvrant un champ d’investigation particulièrement fécond. Les conditions qui ont présidées à l’avènement de cette école ne peuvent nous laisser indifférents. Simple bourgade en 1830 au début de la révolution industrielle, Chicago comptera près de trois millions d’habitants en 1930. Autant dire que dans cette période de profonds changements sociétaux, Chicago devient un laboratoire du changement social. À une autre échelle, les changements sont aussi spectaculaires en Algérie et nous invitent au même effort d’investigation, d’innovation méthodologique et de découverte.

[3] Une sociologie de l’Algérie au prisme de la question urbaine, entretien avec Saïd Belguidoum (Aix-Marseille Université), par Bastien Sepulveda, Kexin Zhang (INALCO). 2024. ⟨hal-04796641⟩.

[4] Cité par Fernand Braudel (1967), p. 370.

[5] Voir par exemple, « Vivre et (re)penser la ville – nouvelles perspectives ». Tome 1 – « Urbanisation et urbanité ». Tome 2 – « Ville du bas – Ville par le bas », Insaniyat. Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, n° 91-92, juin 2021.
(avec Abdelkader Khelifa), « Les mutations de la ville saharienne. Approches croisées sur le changement social et les pratiques urbaines », Revue des sciences sociales et humaines, Université de Ouargla, janvier 2016.
(avec Raffaele Cattedra et Aziz Iraqi, dir.), « Villes et urbanités au Maghreb », L’Année du Maghreb, 2015-I, n° 12.
(avec Olivier Pliez) « Made in China. Commerce transnational et espaces urbains autour de la Méditerranée », Les Cahiers d’EMAM. Études sur le Monde arabe et la Méditerranée, n° 26/15.

[6] ONS, 2024, Démographie algérienne, n° 1030.

[7] ONS, 2011, Armature urbaine, Collections statistiques N° 163/2011. Séries S : statistiques sociales, Alger.

[8] CERDÀ Ildefons, 1867, Teoria general de la urbanización y aplicación de sus principios y doctrinas a la reforma y el ensanche de Barcelona. Madrid, Imprenta española, 2 vol. 

Citer cet article

(2026). La ville algérienne face à ses défis : de l’espace voulu à l’espace vécu. Une mise en perspective critique. Insaniyat - Revue algérienne d'Anthropologie et de Sciences Sociales, 30(111), 73–93. https://insaniyat.crasc.dz/fr/article/la-ville-algerienne-face-a-ses-defis-de-lespace-voulu-a-lespace-vecu-une-mise-en-perspective-critique