Les étudiants d’Afrique subsaharienne en mobilité universitaire en Algérie. Regards pluridisciplinaires

Coordonné par :
  • Mohammed Zakaria ALI-BENCHERIF (Université de Tlemcen, Laboratoire Dylandimed, 13 000, Tlemcen Algérie.)
  • Azzeddine MAHIEDDINE (Laboratoie Dylandimed, Université de Tlemcen, 13000, Algérie)
Statut : Ouvert
Date limite de soumission des articles : 01/06/2026 Langues acceptées : Arabe, Français, Anglais
Argumentaire :
Dans un contexte de mondialisation caractérisé par l’intensification des circulations migratoires et l’internationalisation des universités, la mobilité estudiantine constitue une réalité complexe qui mérite d’être (ré)interrogée suivant une approche pluridisciplinaire associant des disciplines comme la sociologie, la démographie, l’histoire, la sociolinguistique ‎et la didactique des langues. Cette mobilité internationale, soutenue essentiellement par les pays les plus développés (Amérique du nord et Europe notamment), à travers des stratégies d’attractivité (bourses, programmes d’échanges, internationalisation des établissements…) est une réalité qui comporte des enjeux politiques, économiques et socioculturels dont les apports ne sont plus à démontrer (Mazzella, 2009). Si la mobilité académique sud-nord (Afrique-Europe/Amérique) a fait l’objet de nombreux travaux (Hissard, 2022 ; Tarradellas & Landmeters, 2021 ; Sot, 2002, entre autres), en revanche, la mobilité étudiante intra-africaine a été relativement peu étudiée. C’est le cas notamment de la mobilité des étudiants subsahariens en Algérie. Cette dernière a fait l’objet de quelques recherches en sociologie ‎(Labdellaoui, 2019 ; Musette & Musette, 2021(‎, en démographie, en géographie ainsi qu’en sociolinguistique (Zarzi & Sadi, 2019 ; Zahi & Saidoun, 2024),‎ et en didactique des langues ‎(Maarfia & Ngirazi Kudzanai, 2022 et ce dans des contextes universitaires qui possèdent déjà une tradition d’accueil et de formation d’étudiants issus de différents pays, notamment mauritaniens et palestiniens (Rehail, 2009).

Depuis les années 1960, l’Algérie accueille chaque année un nombre non négligeable d’étudiants subsahariens, qui s’inscrivent principalement dans les filières scientifiques et techniques. Cette mobilité s’inscrit dans le cadre d’accords bilatéraux et de programmes de coopération éducative, appuyés par l’octroi de bourses d’études dans les trois cycles universitaires (licence, master, doctorat). Selon, le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, environ 3 000 étudiants internationaux sont ainsi reçus annuellement dans les universités algériennes. Cette politique d’accueil, qui s’inscrit dans une tradition panafricaine, constitue l’un des volets majeurs de la politique extérieure algérienne qui vise à apporter une contribution au développement de la ressource humaine du continent africain.

Ainsi, l’internationalisation de l’université algérienne a connu des avancées notables. Celles-ci sont d’autant plus importantes à considérer que des changements géopolitiques ont lieu rapidement au sein du continent africain devenu un vaste espace socio-politique où les marchés linguistiques se caractérisent par une concurrence accélérée des langues étrangères et un regain d’intérêt pour les langues nationales voire une valorisation de ces dernières au détriment des anciennes langues coloniales. L’Algérie, au travers de son université, gagne à s’ouvrir davantage sur l’espace subsaharien afin de renouer avec un panafricanisme nécessaire face aux défis contemporains. Il s’agit d’un ancrage que les étudiants algériens gagnent à mieux connaitre eu égard à l’histoire commune partagée par les pays du continent (Rondeleux, 2022).

Cet appel à contribution a pour but de rassembler des travaux empiriques ou des analyses théoriques portant sur la mobilité des étudiants d’Afrique subsaharienne en Algérie. Il s’adresse aux chercheurs en sciences humaines et sociales qui s’intéressent à cette thématique dans une perspective critique et pluridisciplinaire. Le croisement des données issues de différents champs de recherche aiderait à avoir une vue d’ensemble sur cette dynamique migratoire déjà ancienne en Algérie, et à cerner des aspects précis en lien avec des problématiques propres à chaque discipline. Un état de la recherche sur la question de la mobilité estudiantine subsaharienne s’avère aujourd’hui nécessaire eu égard aux défis que souhaite relever l’Université algérienne en matière d’amélioration des conditions d’insertion dans l’environnement social et de réussite des étudiants dans l’espace universitaire gagnant à être vu comme un espace d’étude et de socialisation. Par ailleurs, il serait particulièrement pertinent que les analyses des propositions s’appuient sur des comparaisons intra-africaine et maghrébines ainsi que sur des mises en perspectives entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique du Nord.
Axes thématiques :
Nous invitons les chercheurs à soumettre des propositions d’articles qui s’inscrivent dans un ou plusieurs des axes suivants :

1. Histoire, politiques et enjeux géopolitiques de la mobilité étudiante subsaharienne en Algérie
Ce premier axe s'intéresse aux dynamiques historiques, politiques et géopolitiques de la mobilité étudiante subsaharienne en Algérie. Il vise des contributions qui retracent l’évolution de cette mobilité en mettant en lumière la tradition d’accueil des étudiants étrangers dans le contexte postcolonial et les liens historiques entre l’Algérie et les pays d’Afrique subsaharienne. Il s’agit de s’interroger aussi sur les politiques publiques universitaires mises en place, les cadres de coopération bilatéraux et multilatéraux ainsi que les stratégies adoptées par l’Algérie pour renforcer l’attractivité de son enseignement supérieur. Enfin, les contributions attendues pour cet axe pourraient interroger les enjeux géopolitiques, économiques et symboliques que recouvre cette mobilité en lien avec les ambitions régionales de l’Algérie, ses partenariats stratégiques en Afrique et la dimension soft power de sa politique éducative.

2. Parcours, expériences et trajectoires des étudiants subsahariens
Ce deuxième axe porte sur les parcours, les expériences et les trajectoires des étudiants subsahariens en Algérie. Il s’attache à analyser des récits de mobilité, en mobilisant témoignages, entretiens et études de cas pour mieux comprendre les motivations, les obstacles et les dynamiques qui structurent ces trajectoires individuelles et collectives. L’attention est également portée sur les conditions d’inclusion sociale et universitaire, en examinant les stratégies d’adaptation mises en œuvre par les étudiants ainsi que les dispositifs d’accompagnement existants, tels que ceux proposés par le Centre d’Enseignement Intensif des Langues (C.E.I.L.) ou d'autres structures d'accueil. Cet axe vise à saisir la diversité des expériences vécues et les formes de résilience développées face aux défis de l'intégration.

3. Représentations et altérités
Cet axe traite des représentations et aux constructions de l’altérité autour des étudiants subsahariens en Algérie. Il vise à interroger les discours sociaux, médiatiques et littéraires qui façonnent l’image de ces étudiants dans l’imaginaire collectif ainsi que les stéréotypes ou les figures symboliques qui leur sont associés. Les recherches peuvent porter également sur les dynamiques interculturelles au sein des espaces universitaire et social, en examinant les formes d’interaction, de cohabitation ou de tensions en questionnant les perceptions réciproques de l’altérité. Cet axe vise ainsi à comprendre comment se construisent, se reproduisent / se transforment les rapports à l’autre dans un contexte de mobilité étudiante internationale.

4. Dynamiques sociolinguistiques en contexte de mobilité
Cet axe explore les dynamiques sociolinguistiques liées à la mobilité étudiante subsaharienne en Algérie avec une focalisation sur l’histoire linguistique individuelle et sociale des étudiants en question. Il s’intéresse aux répertoires plurilingues mobilisés par les étudiants et aux pratiques langagières qui émergent dans les contextes de formation, de vie quotidienne et d’interaction sociale. L’analyse porte également sur les représentations des langues – qu’elles soient d’enseignement, de communication ou d’identification – ainsi que sur les enjeux identitaires qui leur sont associés. Une attention peut être accordée aux processus d’appropriation des langues locales au sein du pays, notamment l’arabe algérien et le tamazight, en tant que vecteurs d’intégration sociale, de participation à la vie universitaire et d’ancrage dans le tissu socioculturel algérien.

5. Enjeux didactiques et apprentissages linguistiques en contexte de mobilité
Cet axe s’intéresse aux enjeux didactiques et aux apprentissages linguistiques en contexte de mobilité. Il examine les stratégies déployées par les étudiants subsahariens pour l’acquisition et la maîtrise des langues d’études, en particulier le français et l’anglais, dans un environnement académique multilingue. L’analyse porte également sur les pratiques pédagogiques mises en œuvre dans les institutions d’enseignement supérieur, ainsi que sur les dispositifs d’accompagnement linguistique visant à faciliter l’adaptation des étudiants aux exigences universitaires. Il s’agit ainsi de comprendre comment se construisent les compétences linguistiques dans un contexte de mobilité et quels leviers peuvent favoriser la réussite académique et l’insertion dans le milieu universitaire algérien.

6. Mobilités inversées et post-mobilité : expériences du retour et valorisation des acquis
Cet axe interroge les trajectoires des étudiants subsahariens à l’issue de leur séjour en Algérie, en s’intéressant aux dynamiques du retour dans leur pays d’origine ou à d'autres formes de mobilité secondaire. Il explore les modalités de réinsertion académique, professionnelle et sociale ainsi que la manière dont les compétences acquises, les diplômes obtenus et les expériences vécues sont mobilisés, reconnus et valorisés. Ce volet aborde également les tensions possibles entre attentes individuelles, opportunités locales et contraintes structurelles. Il permet ainsi d’analyser la portée des parcours de formation en Algérie dans une perspective transnationale et de mieux comprendre les effets à long terme de la mobilité sur les trajectoires personnelles et collectives.
Quelques repères bibliographiques :
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Zahi, A., & Saidoun, S. (2024). Exploration des dynamiques migratoires étudiantes entre représentation et altérité : cas des étudiants subsahariens en Algérie. Studii de Gramatica Contrastiva, (41), 100-115.
Zarzi, K., & Sadi, N. (2019). Le français en usage chez les étudiants subsahariens en Algérie. Studii de Gramatica Contrastiva, (32), 49-62.
Informations utiles :
Conditions et délais de réception :

Date de limite des soumissions : 1er juin 2026 sur l’adresse suivante https://asjp.cerist.dz/en/PresentationRevue/14.
Retour des évaluations : Début novembre 2026
Publication prévue de la parution du numéro : mars 2027.