Kamel LOUAFI, (2022). Fascination de la chorégraphie du paysage. L’Orient rencontre l’Occident – si proche et si lointain - Kamel LOUAFI, (2024). Imaginations paysagères en Algérie 1996 – 2019. Batna, Baie d’Alger, Blida, Biskra, Pavillon Algérien

Ammara BEKKOUCHE (Auteur)
177 – 180
Extensions urbaines et défis environnementaux
N° 108 — Vol. 29 — 30/09/2025

Kamel LOUAFI, (2022). Fascination de la chorégraphie du paysage. L’Orient rencontre l’Occident – si proche et si lointain, Éd. Alternatives Urbaines, Alger, 108 p. 
(en langues arabe, allemand, anglais, français)

Kamel LOUAFI, (2024). Imaginations paysagères en Algérie 1996 – 2019. Batna, Baie d’Alger, Blida, Biskra, Pavillon Algérien EXPO 1998 Lisbonne, Ed. Alternatives Urbaines-Alger, 202 p. 

Les deux ouvrages autobiographiques que Kamel Louafi porte à notre connaissance nous ouvrent à son approche singulière 
et poétique du paysage, envisagé comme espace culturel, lieu de mémoire et territoire d’échange. Ils traduisent d’abord, comme il le suggère dans le premier titre, sa fascination pour la chorégraphie du paysage, qu’il explore dans ses multiples dimensions géographiques, culturelles et symboliques. Mais également, ils racontent son cheminement personnel et professionnel, ponctué de rencontres, de défis et de remises en question, depuis ses premiers travaux de terrain en Algérie jusqu’à sa reconnaissance internationale.

Dans Fascination de la chorégraphie du paysage. L’Orient rencontre l’Occident – si proche et si lointain (2022), Kamel Louafi confie le rôle que le paysage a joué dans son éveil sensible et intellectuel. Dès son activité de cartographe dans les forêts de Batna, il observe les formes naturelles, les espaces façonnés par l’homme, les variations de lumière et de relief, nourrissant une réflexion qui s’affinera en Allemagne, où il deviendra architecte-paysagiste. Son départ en Allemagne, assumé et fécond, fut pourtant marqué par des résistances et des discriminations, notamment face à la dénomination de « jardin oriental-islamique », longtemps considérée comme problématique. Louafi relate comment, dans un cadre européen où l'on accepte sans objection les termes de « jardin chrétien » ou « jardin juif », il a dû défendre la légitimité et la valeur patrimoniale des jardins islamiques, en démontrant leur richesse historique, esthétique et philosophique. Cette lutte pour la reconnaissance culturelle et sémantique occupe une place essentielle dans son témoignage et participe à la compréhension de son œuvre.

L’auteur relate également son émerveillement devant la diversité des formes paysagères à travers le monde et son désir constant de les croiser. Il revendique une esthétique métissée où l’Orient et l’Occident dialoguent dans des compositions hybrides. Sa méthode repose sur la fusion d’éléments décoratifs issus de traditions variées, où se côtoient motifs floraux, arabesques, calligraphies et installations contemporaines. À cela s’ajoute un goût marqué pour les références littéraires et artistiques, qu’il intègre dans ses créations : Proust, Saint-Exupéry, Kateb Yacine, Paul Klee ou encore Mohammed Racim sont autant de compagnons d’imaginaire qu’il convoque dans ses projets. Il conçoit ainsi des jardins comme des récits sensibles, tissés de souvenirs, de textes et de formes.

Dans Imaginations paysagères en Algérie 1996-2019 (2024), Louafi revient de manière plus spécifique sur ses interventions algériennes. Ce recueil de 202 pages présente, sous forme d’un florilège illustré, une série de projets de places publiques, jardins
et parcs qu’il a conçus dans différentes villes du pays : Batna, Alger, Blida, Biskra, ou encore le pavillon algérien de l’Exposition universelle de Lisbonne en 1998. L’auteur y explicite ses choix graphiques et paysagers, en précisant les intentions symboliques et les dialogues instaurés entre le site, la mémoire et les usages. La couverture de l’ouvrage en donne un bel exemple : le plan des Allées Ben Boulaïd à Batna, réalisé avec l’architecte Sif Kadri, traduit cette volonté d’articuler modernité et patrimoine, en rendant hommage aux figures historiques et à la structure urbaine locale.

Ces deux ouvrages sont également l’occasion pour Kamel Louafi de rappeler l’importance du travail collectif et des collaborations internationales. Il consacre de longues pages de remerciements aux partenaires, architectes, ingénieurs, artistes
et institutions qui l’ont accompagné dans ses projets. Cette reconnaissance traduit sa conviction que la conception paysagère est une œuvre collective, nourrie par l’échange et le dialogue.

Par ailleurs, le livre que lui consacre Steffan Lepert, Jardins entre Alger et Berlin. Kamel Louafi, un architecte-paysagiste algéro-allemand en Allemagne et dans le monde (2024), éclaire
et complète cet itinéraire en replaçant l’œuvre de Louafi dans un contexte plus large. L’auteur y analyse notamment des projets majeurs comme les Jardins suspendus de l’EXPO Berlin 2022, le Musée Juif de Berlin ou les Jardins de l’aéroport de Doha, soulignant la capacité de Louafi à transposer des motifs orientaux dans des contextes contemporains et à proposer des paysages symboliques porteurs de sens. Lepert met en lumière la constance de Louafi à conjuguer esthétique et mémoire, à élaborer des jardins comme des narrations paysagères où le visiteur est invité à déambuler et à interpréter.

Dans cet ouvrage, on perçoit aussi la dimension militante de son travail : Louafi défend une vision du paysage comme lieu de réconciliation culturelle et de valorisation des identités multiples. Il insiste sur la nécessité d’intégrer la notion de paysage dans les politiques urbaines et éducatives, rappelant que les enjeux écologiques et mémoriels qu’elle recouvre sont désormais essentiels. Cette perspective rejoint les préoccupations contemporaines des écoles d’architecture et d’urbanisme, qui commencent à intégrer des modules sur le paysage dans leurs programmes, bien que les moyens humains et pédagogiques restent encore limités en Algérie comme ailleurs.

On retiendra enfin, au fil de ces publications, l’extrême soin apporté par Louafi à la qualité des rendus graphiques
et photographiques. Ses ouvrages sont conçus comme de véritables livres-objets, où chaque image, chaque plan, chaque croquis contribue à la compréhension de sa démarche. La présence discrète mais constante de son épouse Andréa, architecte-urbaniste elle aussi, dans plusieurs projets, atteste de cette dimension familiale
et affective du travail de création, rarement mise en avant dans les ouvrages d’architecture contemporaine.

En définitive, les écrits de Kamel Louafi dépassent le cadre du simple récit autobiographique pour constituer une réflexion approfondie sur le rôle du paysage dans la fabrication des villes
et des imaginaires collectifs. Son parcours, entre l’Algérie, l’Allemagne et le reste du monde, témoigne d’une capacité
à construire des ponts culturels à travers l’espace végétal. Son œuvre constitue une référence précieuse pour les étudiants, les chercheurs et les professionnels de l’aménagement, à l’heure où les villes cherchent à redéfinir leurs espaces publics en intégrant les préoccupations environnementales et patrimoniales. On peut ainsi espérer que ses réalisations et ses écrits inspireront durablement les futures générations d’architectes et de paysagistes, contribuant à faire du paysage un levier essentiel de réconciliation des sociétés et des mémoires.

Citer cet article

BEKKOUCHE, A. (2025). Kamel LOUAFI, (2022). Fascination de la chorégraphie du paysage. L’Orient rencontre l’Occident – si proche et si lointain - Kamel LOUAFI, (2024). Imaginations paysagères en Algérie 1996 – 2019. Batna, Baie d’Alger, Blida, Biskra, Pavillon Algérien. Insaniyat - Revue algérienne d'Anthropologie et de Sciences Sociales, 29(108), 177–180. https://insaniyat.crasc.dz/fr/article/kamel-louafi-2022-fascination-de-la-choregraphie-du-paysage-lorient-rencontre-loccident-si-proche-et-si-lointain-kamel-louafi-2024-imaginations-paysageres-en-algerie-1996-2019-batna-baie-dalger-blida-biskra-pavillon-algerien